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Une semaine de 17 octobre à la télé, et beaucoup de choses à reprocher aux chaînes

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Médias 23/10/2026 07:00 Actualisé le 23/10/2026 09:22

Contextualisation, fake news, propos racistes, virulences des échanges… Retour sur plusieurs jours de couverture controversée des mobilisations (et des violences, surtout) par les chaînes télé.

France Télévisions épinglé pour ce reportage « Au coeur des violences », diffusé au lendemain des manifestations sur France 2.

Capture d’écran France TV

France Télévisions épinglé pour ce reportage « Au coeur des violences », diffusé au lendemain des manifestations sur France 2.

EN BREF • Le traitement du 17 octobre par les chaînes de télévision a suscité de nombreuses critiques, notamment sur la focalisation faite sur les violences, occultant les revendications des manifestants.
• France Télévisions a été critiquée pour un reportage sur les violences du 17 octobre, jugé décontextualisé et sensationnaliste.
• BFMTV et CNews ont été accusées de diffuser des fake news et des propos racistes tandis que LCI a suspendu une chroniqueuse après des propos virulents.

« Nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu’il n’y ait pas de confusion. » Ces mots, ce sont ceux de Philippe Corbé. Ce mardi 20 octobre, le patron de l’information de France Télévisions a pris la parole pour réagir aux reproches des téléspectateurs sur un reportage qui revenait sur les évènements du 17 octobre, diffusé deux jours plus tôt à l’antenne.

« À l’heure où les réseaux sociaux diffusent souvent des images sans suffisamment de contexte, le JT doit-il faire de même ? », s’est pour sa part interrogé le médiateur du groupe, Pascal Doucet-Bon, sur le blog duquel le billet du directeur a été publié. En interne, précise aussi le président de la SDJ à Télérama, « on est tous unanimement heurtés par cette séquence ».

La séquence en question, c’est un reportage diffusé, le dimanche 18 octobre, dans le 20 Heures de Laurent Delahousse : une « immersion » de 12 minutes au milieu des violences sans parole, qui non seulement « décrédibilise les manifestants », mais avait tout d’un « clip de propagande » ou de « film trash », selon la CGT dans un communiqué.

Quid du focus sur les violences ?

Depuis, France TV a tenté un mea culpa, expliquant qu’ils auraient dû être plus clairs, contextualiser davantage. Mais les interrogations ne s’arrêtent pas là. Dans son billet, le médiateur interpelle plus généralement aussi sur le poids accordé à la couverture des violences par rapport à celle des revendications des manifestants.

Si les exigences et les attentes autour du service public sont naturellement plus fortes, l’herbe n’est pas beaucoup plus verte sur le reste des chaînes télé, où à ces mêmes images de voitures calcinées en boucle, les altercations, fake news et polémiques se sont ajoutées.

Sur BFMTV, Sonia Mabrouk a comparé à demi-mot l’élue de Révolution permanente Elsa Marcel à une « racaille », un terme d’abord employé par l’avocate contre Charles Consigny. Des erreurs déontologiques ont été pointées, comme l’absence de mention dans une interview de l’identité d’un gérant de café à Lyon, « très critique envers le maire » de la Ville « et ses troupes, LFI et black blocs ». Il s’agissait de Christophe Cédat, masculiniste et opposant à l’édile lyonnais de longue date, rappelle le journaliste Sylvain Chazot sur X.

Fake news sur CNews

Sans surprise, CNews n’a pas hésité à utiliser ses dangereux ressorts habituels, ceux de la désinformation. Ce lundi, une journaliste du JDD, Lara Tchekov, a assuré que des kalachnikovs et des pistolets-mitrailleurs avaient été retrouvés « entre les mains d’émeutiers ». Sans surprise (bis), c’est faux. La DGSI, que la chroniqueuse citait comme source, a « complètement » démenti.

L’éditorialiste, elle, maintient sa version. À Libération, elle a assuré détenir des photos, des preuves. « Le principe même de sources internes est précisément de ne pas s’exprimer officiellement au nom de l’institution auxquelles elles appartiennent », a-t-elle déclaré, tandis que sa chaîne a pris ses distances, et n’a « jamais été informée de telles choses ».

En revanche, la chaîne de Vincent Bolloré n’a rien dit sur l’affaire des octogénaires « dépouillés » en pleine rue. Comme sur BFMTV et les réseaux sociaux, une image montrant un couple de personnes âgées en sous-vêtements entourés de manifestants masqués a alimenté bien des discussions et théories sur la chaîne d’extrême droite. Elle était en fait générée par IA.

Charles Consigny et Isabelle Saporta

Au-delà des fake news, c’est également le niveau de polarisation des débats qui a été notable sur les plateaux télé. Dans un long et virulent monologue, Charles Consigny, cette fois sur RMC Story, a estimé que les violences observées des derniers jours sont le fruit « de la politique de la gauche depuis des années », et notamment de « l’immigration de masse ». Un sous-entendu raciste qui lui a valu de sévères critiques de Sandrine Rousseau, qui a eu bien du mal à être entendue sur un plateau peu modéré.

Sur LCI, l’éditorialiste Isabelle Saporta a pour sa part vivement interpellé Prisca Thévenot, ex-porte-parole du gouvernement, l’accusant d’avoir fait « couler la France » depuis deux décennies au pouvoir. « Vous faites partie de la même vague saumâtre dans laquelle nous sommes et qui a mis le pays depuis dix ans à genoux », a-t-elle dénoncé avec véhémence.

La séquence n’est pas passée inaperçue. En réponse, la chaîne du Groupe TF1 a décidé de suspendre une semaine sa chroniqueuse, mais pas de Bonjour !, la matinale de la Une où elle officie chaque matin dans le cadre d’un billet d’humeur sur la vie de tous les jours et les sujets d’actu, comme le couple, ou plus récemment le piratage des frigos.

L’Arcom saisie

L’Arcom, elle, a été saisie, cette fois pour des propos - toujours sur LCI - prononcés par Éric Zemmour. Le candidat d’extrême droite à la présidentielle n’est pas si éloigné que ça de Charles Consigny, il dit avoir vu dans les manifestations « le visage du grand remplacement », « celui d’une horde de barbares maghrébins et africains qui rentrent dans les villes ».

Derrière cet autre cas de figure, plusieurs questions demeurent. Que fait le gendarme de l’audiovisuel ? Outre de potentielles sanctions contre les diffuseurs et les auteurs de propos racistes et stigmatisants, peut-il se prononcer sur l’emballement médiatique et la focalisation autour des pillages et violences ? La recherche d’audimat justifie-t-elle tous les choix, même les plus sensationnalistes ?

Tout ceci n’est pas propre au 17 octobre. Magasins détruits, poubelles vandalisées… Ce traitement médiatique occultant le fond de revendications légitimes avait déjà été pointé du doigt depuis le début des blocus. « Le mouvement lycéen dégénère », s’inquiétait Jean-Baptiste Marteau, le joker de Léa Salamé, sur France 2. « Jusqu’où ira la violence ? » s’interrogeait Gilles Bouleau sur TF1, tandis qu’Appolline de Malherbe déplorait sur BFMTV de telles attaques contre sa chaîne avec, derrière elle, des flammes en guise d’illustration.

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