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Une partie d’une circonscription électorale provinciale du Québec est située à Terre-Neuve-et-Labrador. Un résident de la province atlantique pourrait-il aller voter à l’élection générale québécoise du 5 octobre?
La circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord, inclut une bande de territoire du sud du Labrador. Cette zone fait officiellement partie de la province de Terre-Neuve-et-Labrador.
Duplessis s’étend sur 249 090,96 kilomètres carrés. Il s'agit de la deuxième plus grande circonscription au Québec, après Ungava. Un peu plus de 48 000 personnes y vivent, la majorité à Sept-Îles et Port-Cartier. Selon Élections Québec, il y a 37 073 électeurs inscrits à la liste électorale cette année dans Duplessis.
En regardant d’un peu plus près une carte de cette région, on remarque que la frontière entre le Québec et le Labrador, à cet endroit, est souvent illustrée d’un trait pointillé — du moins sur la carte officielle du gouvernement du Québec. Celui-ci y ajoute la mention : Tracé de 1927 du Conseil privé (non définitif).

Sur cette carte officielle du gouvernement québécois, on remarque qu'une grande partie de la frontière entre la Côte-Nord et le sud du Labrador est décrite comme étant issue du « Tracé de 1927 du Conseil privé (non définitif) ».
Photo : https://frontieres.portailcartographique.gouv.qc.ca/
Gabriel Sauvé-Lesiège, porte-parole d’Élections Québec, souligne dans une déclaration que cette portion du territoire fait l’objet d’une dispute depuis bientôt un siècle
En 1927, le Conseil privé, à Londres, a défini la frontière terrestre entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador — une frontière que les gouvernements du Québec n’ont jamais formellement reconnue, indique-t-il.
D’après Kathryn Furlong, une professeure de géographie à l’Université de Montréal qui est originaire du Labrador, le tracé en pointillé et le message qui l’accompagne représentent un message constant et subtil que la bande de territoire en question appartient en réalité au Québec, de l’avis de cette province.
Elle explique que le Québec considère que la décision prise en 1927 était ultra petita. Ce terme latin décrit une chose qui est accordée dans une décision légale, en supplément de ce qui était initialement demandé dans la démarche.
Un différend entre le gouvernement du Canada et celui du Dominion de Terre-Neuve — qui ne faisait alors pas encore partie du Canada et était un dominion de l’Empire britannique — a commencé à prendre de l’importance vers la fin du 19e siècle, à cause du développement croissant de l’industrie de la pâte à papier. Terre-Neuve avait délivré des permis pour faire de l’exploitation forestière dans cette zone (nouvelle fenêtre).
Le Conseil privé a rendu une décision (nouvelle fenêtre) définissant la frontière. Quand Terre-Neuve est devenue une province du Canada en 1949 (rebaptisée Terre-Neuve-et-Labrador en 2001), cette frontière est devenue enchâssée dans la Constitution canadienne.

Sur cette photo prise à la conférence impériale du 4 novembre 1926, à Londres, on voit le premier ministre du Dominion de Terre-Neuve, Walter Stanley Monroe (debout à gauche), le premier ministre du Canada, W. L. Mackenzie King (assis à droite) et le roi George V (assis au centre).
Photo : Bibliothèque et Archives Canada
À l’époque, le gouvernement du Canada a très mal défendu les intérêts du Québec, ce qui a conduit à une décision injuste, illogique, voire ultra petita, c’est-à-dire au-delà de ce qui était demandé par les parties, lit-on dans le Livre bleu sur l’indépendance du Québec que le Parti québécois (PQ) a dévoilé en juin.
Dans le document, le PQ reconnaît qu’il n’y a pas de recours légaux pour invalider la décision prise à Londres il y a un siècle. Malheureusement, il n’existe pas de recours pour contester la décision du Conseil Privé de 1927, écrivent ses auteurs.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, le 15 novembre 2025, à Sherbrooke.
Photo : La Presse canadienne / Thomas Laberge
Le Livre bleu est un document décrivant plusieurs aspects du projet de souveraineté du Québec, et des étapes menant à l’indépendance si les Québécois choisissaient cette voie dans un éventuel référendum.
Pour le Québec, la seule façon de réparer cette injustice serait de proposer un règlement politique, voire une compensation financière. Ainsi, un Québec indépendant soumettrait une demande de réparation de cette injustice dans le cadre de la négociation globale avec le Canada, y écrit-on au sujet de cette dispute frontalière.
Si la zone fait toujours l’objet d’un désaccord, ce serait aussi parce que cinq réseaux fluviaux qui s’écoulent vers le sud, en direction du golfe du Saint-Laurent, s’y trouvent, avance Kathryn Furlong.
Il y a donc un clair potentiel hydroélectrique. Pour le Québec, le refus de le reconnaître comme faisant partie de Terre-Neuve-et-Labrador serait un outil d’influence politique et économique, affirme-t-elle.

Tony Wakeham (à gauche), premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, aux côtés de Christine Fréchette, alors ministre québécoise de l’Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, le 17 novembre 2025 à Saint-Jean de Terre-Neuve.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Si les gouvernements du Québec maintiennent que ce territoire appartient à la province, de l’autre côté de la frontière, on ne compte rien changer.
Dans une déclaration écrite, le bureau du premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, déclare que la question n’est pas sujette à débat.
Les frontières de Terre-Neuve-et-Labrador sont claires et reconnues, renchérit le premier ministre. La question a été réglée il y a longtemps par une décision légale et contraignante.
Puisqu’un résident de Terre-Neuve-et-Labrador qui se trouve du côté labradorien de la frontière est aussi dans la circonscription québécoise de Duplessis, cette personne pourrait-elle voter à l’élection générale québécoise du 5 octobre?

Un bureau de vote à Rivière-du-Loup, le 30 septembre. L'élection générale au Québec est le 5 octobre.
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
C’est un scénario hypothétique, répond le porte-parole d’Élections Québec.
Présentement, aucune personne vivant dans cette partie du territoire n’est inscrite sur la liste électorale permanente du Québec, déclare Gabriel Sauvé-Lesiège, porte-parole d’Élections Québec.
Si une telle situation survenait, une analyse minutieuse serait nécessaire, dit-il.
D’après le reportage d’Annabelle Olivier (CBC)


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