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Une première baleine noire de l’Atlantique Nord a été repérée empêtrée dans un engin de pêche du golfe du Saint-Laurent. La situation dans laquelle se retrouve ce jeune mâle illustre d’ailleurs bien à quel point l’espèce est menacée par l’activité humaine, puisqu’il fait partie d’une lignée familiale qui a souvent souffert du même sort.
Selon les informations publiées mardi par Pêches et Océans Canada, cette baleine âgée de 5 ans a été observée empêtrée dans le golfe du Saint-Laurent près de Shippagan, au Nouveau-Brunswick, lors d’un vol de surveillance.
On ignore pour le moment où l’empêtrement a pu avoir lieu. Il est possible que l’animal se soit pris dans un engin de pêche en eaux américaines avant de migrer en direction du Canada. Pêches et Océans Canada précise que les experts souhaitent repérer de nouveau ce jeune mâle afin de voir s’il sera possible de tenter une opération de désempêtrement.
Il s’agit du premier cas de baleine noire empêtrée observée dans le golfe du Saint-Laurent cette année. Il faut savoir que cette espèce « en voie de disparition », dont il ne subsiste qu’en 380 individus, passe l’hiver le long de la côte est américaine, notamment au large de la Floride. L’hiver dernier, 22 baleineaux sont nés, ce qui constitue une rare bonne nouvelle pour l’espèce.
Espèce vulnérable
Les baleines noires remontent ensuite vers le nord au printemps. Elles étaient autrefois bien présentes dans le secteur de la baie de Fundy, mais elles sont aujourd’hui nombreuses à passer la saison estivale dans le golfe du Saint-Laurent pour s’alimenter, possiblement en raison du réchauffement des eaux, qui a modifié la disponibilité de la nourriture.
D’ailleurs, en 2017, pas moins de 12 baleines noires adultes ont été trouvées mortes en eaux canadiennes, sur les 17 retrouvées sans vie cette année-là. Un total de 10 baleines noires sont aussi mortes en 2019, dont neuf en eaux canadiennes.
Comme ces baleines sont réputées pour nager près des côtes et souvent près de la surface, notamment lorsqu’elles se nourrissent, elles sont particulièrement vulnérables aux empêtrements dans les engins de pêche, dont les cordages de casiers de homards, mais aussi aux collisions avec les navires.
Le jeune mâle qui vient d’être repéré empêtré dans le golfe du Saint-Laurent illustre bien les difficultés de l’espèce et sa grande vulnérabilité à l’activité humaine en milieux marins. Il fait partie d’une lignée familiale qui a déjà subi pas moins de 40 empêtrements et au moins trois collisions avec des navires au fil des ans, révèlent les données très précises récoltées par les scientifiques américains qui étudient l’espèce.
Sa mère, nommée « Millipede », a subi elle-même quatre empêtrements et une collision avec un navire. Elle en garde aujourd’hui de nombreuses cicatrices. Les chercheurs du New England Aquarium estiment d’ailleurs qu’il est possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des conséquences importantes de leurs blessures sur leur santé.
Pour tenter de réduire les risques de mortalités des baleines noires qui passent une partie de l’année dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement canadien a mis en place, après 2017, des mesures de surveillance de leur présence dans les voies de navigation commerciale et dans les zones de pêche.
Mesures de protection
Encore cette année, le gouvernement fédéral a réactivé récemment ces mesures au moment où les baleines noires arrivent de leur migration. Cela a mené à des fermetures temporaires de nombreuses zones de pêche lorsque des cétacés sont présents dans ces secteurs.
Transports Canada a également mis en œuvre une liste de limite de vitesse obligatoire qui s’applique sur une partie du territoire du golfe du Saint-Laurent. D’autres restrictions temporaires peuvent être mises en place si une baleine est repérée dans une voie de navigation empruntée par les navires commerciaux qui naviguent sur le Saint-Laurent.
Au-delà de la possibilité d’éviter la disparition de la baleine noire, ces mesures sont aussi nécessaires pour protéger l’accès à un marché américain vital pour les pêcheurs canadiens de crabe des neiges et de homard. Le Marine Mammal Protection Act américain impose à l’industrie de la pêche, des États-Unis et d’ailleurs, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si cette démonstration n’est pas faite, les Américains sont en droit de « bannir les importations » des produits de la pêche. Or, un tel scénario pourrait être désastreux pour les pêcheurs du Québec et des Maritimes.
Les mesures du gouvernement canadien sont en place alors que le gouvernement de Donald Trump souhaite au contraire retirer ou retarder des mesures de protection de l’espèce qui ont permis de lui éviter l’extinction.


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