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Une fille de 13 ans, un couple et un réveillon qui finit devant la justice : “L’enjeu n’est pas de savoir si c’est un bon père, ça, on a la réponse”

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On n'a jamais deux fois l'occasion de faire une bonne première impression. C'est certainement ce que Robin* a dû se dire en arrivant en retard à son audience, devant la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles. L'air gêné, le crâne encore transpirant de sa course, l'homme d'une petite quarantaine d'années, lunettes sur le nez et veste militaire sur le dos, s'excuse en s'avançant vers le président. "On ne dit pas "'excusez-moi', le reprend sèchement ce dernier. On dit 'veuillez m'excuser'!"

En ce matin pluvieux d'octobre, Robin n'est pas le seul à devoir répondre de ses actes. Il prend rapidement place sur le banc des prévenus, à un bon mètre de Théo*, emmitouflé dans une grosse doudoune noire pour affronter le froid du palais de justice. Lui a évité les remontrances : accompagné de ses grands-parents, il était déjà là quinze minutes avant le début de l'audience. De quoi réussir sa première impression.

Un Réveillon qui tourne mal

Pour comprendre ce qui amène les deux hommes devant la justice, il faut remonter à un réveillon du Nouvel An. Ce soir-là, Robin accepte que sa fille passe la soirée à l'étage de sa maison avec Théo et sa petite amie. Entre alcool et fumette, des actes sexuels auraient eu lieu entre les trois jeunes gens. Problème : la fille de Robin n'a que treize ans. Son père savait-il ce qui se passait à l'étage ? Il est poursuivi pour avoir mis une chambre de sa maison à disposition pour l'exercice de la débauche. Théo, lui, doit répondre de viol sur mineure de moins de 16 ans.

Une grand-mère incestueuse risque cinq ans de prison, dont deux ferme, pour ses "actes ignobles"

"L'enjeu de ce procès n'est pas de savoir s'il est un bon père, car nous avons la réponse, lance l'avocat de Robin, qui hoche la tête à chaque argument de sa défense. C'est de savoir s'il était au courant de cette relation entre sa fille et ce couple."

"Ils étaient là pour fêter le réveillon, explique Robin, sans trop savoir où mettre ses mains. Je pensais qu'ils allaient juste fumer, mais rien de plus… Moi, on m'a dupé !"

Alors que d'autres prévenus patientent sagement au fond de la salle, l'avocat de Robin réclame l'acquittement de son client. "Il n'a pas agi comme il devait agir, conclut-il. Mais aucun élément du dossier ne démontre une infraction. Il n'y a que des suppositions."

Aveux en audience

Jusque-là silencieux, le regard vide, Théo demande soudain la parole. Après avoir toujours nié tout rapport sexuel, le jeune homme proche des 25 ans reconnaît cette fois une pénétration digitale.

— "Vous avez donc menti ?", l'interpelle le président.

— "Non, je n'ai pas menti…"

— "Vous nous dites que vous n'avez rien fait, puis vous nous dites maintenant qu'il y a 'juste' eu une pénétration digitale… C'est quoi, un mensonge ?"

—"Je n'avais rien dit jusqu'ici car j'avais honte…"

Dès les premiers mots de sa plaidoirie, l'avocate de Théo ne cherche pas à minimiser les faits. "Nous sommes dans la banalité du mal, lance-t-elle. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre." Elle revient ensuite sur le parcours de son client, abandonné très jeune par ses parents avant d'être recueilli par ses grands-parents. Assis l'un contre l'autre, trois rangées derrière leur petit-fils, ces derniers suivent les débats sans laisser transparaître la moindre émotion. Seul un hochement de tête de la grand-mère vient rompre cette impassibilité lorsque l'avocate évoque le léger retard mental de Théo.

"Si mon client avait reçu une salve de coups de poing, le bilan aurait été moins lourd"

"Il a des regrets, conclut-elle. Il comprend que, même si la fille de 13 ans est consentante, ce n'est pas acceptable. Je vous demande de lui accorder le bénéfice d'un sursis probatoire."

Lorsque vient son tour, le procureur du Roi s'attarde surtout sur Robin et son avocat, qui a beaucoup insisté sur les déclarations changeantes de Théo. Une manière d'attaquer pour mieux se défendre ? "C'est facile de dire que les déclarations de Théo sont fluctuantes, rétorque le magistrat. Mais celles de Robin le sont aussi : il nous explique d'abord qu'il a été contraint de laisser entrer le couple venu sonner à sa porte. On apprend ensuite qu'il est en fait allé chercher Théo et sa copine à la gare…"

En fin d'audience, lorsque le président offre aux prévenus la possibilité de s'exprimer une dernière fois, seul Théo prend la parole.

— "Je regrette tout ce qui s'est passé", souffle-t-il, la tête baissée.

— "Les gens regrettent souvent leurs actes quand ils sont ici. Ce serait mieux de n'avoir rien à regretter…", lui répond le président, avant de fixer le prononcé du jugement au 17 novembre.

Robin, lui, se tourne vers sa compagne, venue l'accompagner ce matin-là. Il lui adresse un regard interrogateur, comme pour connaître son avis sur ce qui vient de se jouer dans la salle d'audience. Reste à savoir si, contrairement à la première impression, la dernière aura été la bonne…

*Prénoms d'emprunt

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