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Une attaque américano-saoudienne contre l’Irak élargit le théâtre de la guerre impérialiste au Moyen-Orient

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Les frappes conjointes américano-saoudiennes de la semaine dernière contre les Forces de mobilisation populaire (FMP) – une coalition de milices pro-iraniennes formellement intégrées aux forces de sécurité irakiennes – marquent une escalade significative dans la guerre d'agression criminelle menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran et ses alliés régionaux.

Ce que Washington a qualifié de « frappes de précision » constituait une extension manifeste de la guerre en Iran à l’Irak, menée avec la participation de l'Arabie saoudite et qui ne peut plus être dissimulée derrière le prétexte de « mesures défensives ».

Des Irakiens inspectent des structures endommagées sur le site d'une frappe aérienne contre une base des Forces de mobilisation populaire à Mossoul, en Irak, le 29 juillet 2026. [AP Photo/Farid Abdulwahed]

Des articles de presse parus en mai dernier ont révélé que l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) avaient mené des frappes secrètes contre l'Iran au début du conflit, apparemment en représailles à des attaques perpétrées contre eux. Les monarchies du Golfe se sont comportées comme des belligérants actifs dès le départ, tout en se faisant passer pour des observateurs passifs.

L'Arabie saoudite a affirmé que les frappes contre les installations des FMP étaient des représailles aux attaques de drones contre ses installations pétrolières, prétendument lancées depuis l'Irak. Ces frappes, qui visaient de « multiples sites logistiques et d'armement terroristes », ont tué au moins 20 combattants et en ont blessé des dizaines d'autres dans sept provinces. Il s'agit de l'une des plus importantes escalades de ces dernières semaines : une tentative délibérée de casser les FMP et de réaffirmer le contrôle américain sur l'Irak.

Trump a affirmé que l'opération était coordonnée avec Bagdad et a qualifié les milices de « cancer sur le monde ». Le Conseil national de sécurité irakien, présidé par le Premier ministre Ali al-Zaidi, l'a contredit, déclarant que les frappes avaient eu lieu alors que Bagdad menait des discussions diplomatiques pour répondre aux préoccupations saoudiennes et américaines.

Al-Zaidi a dénoncé les frappes comme « une agression inacceptable », tandis que le président irakien les a décrites comme « une violation flagrante de la souveraineté de l'Irak » et « une attaque contre ses institutions de sécurité officielles ». Al-Zaidi a annulé une visite prévue jeudi à Riyad, où il devait rencontrer le dirigeant de facto Mohammed ben Salmane.

L’offensive de Washington contre la souveraineté et l’indépendance politique de l’Irak

Les frappes américano-saoudiennes font suite à la visite d’al-Zaidi à la Maison-Blanche, où il a annoncé un ultimatum au 30 septembre pour « limiter les armes au contrôle de l’État » – date à laquelle Washington prévoit de retirer ses forces de combat d’Irak, ne laissant subsister que la base d’Erbil comme plaque tournante opérationnelle avancée pour la Syrie, un moyen de pression sur le gouvernement régional du Kurdistan et une surveillance continue de l’Iran.

Les FMP – une coalition d’environ 67 factions armées comptant 238 000 combattants enregistrés et bénéficiant d’un financement public annuel de 3,5 milliards de dollars intégré à la législation irakienne – se sont fracturées sous la pression. Certaines unités ont accepté de désarmer. Mais les principales formations alignées sur l’Iran, notamment Kataib Hezbollah et Harakat Hezbollah al-Nujaba, ont refusé. L'attaque américano-saoudienne était un ultimatum sans détour : se désengager ou disparaître. Elle coïncide avec une intensification des manœuvres des entreprises américaines, notamment la volonté de Chevron d'accroître son rôle dans le secteur énergétique irakien et la recherche par d'autres firmes américaines de contrats gaziers, électriques et d'exportation.

Washington a déjà démontré sa volonté d'utiliser la guerre financière pour remodeler le paysage politique irakien. En avril dernier, les États-Unis ont gelé un transfert de 500 millions de dollars provenant des recettes pétrolières irakiennes – qualifié à Bagdad d'« option nucléaire » – menaçant de faire s'effondrer l'économie irakienne, fortement dépendante des transactions en espèces, alors que les revenus pétroliers ont chuté suite à la fermeture du détroit d'Ormuz. Cette action visait à installer un Premier ministre qui prendrait ses distances avec l'Iran.

Les États-Unis ont accusé les banques irakiennes de transférer des dollars à Téhéran, sapant ainsi les sanctions. Des milices pro-iraniennes ont riposté par des attaques contre les intérêts américains en Irak, en représailles à la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Trump a alors menacé de retirer tout soutien si Nouri al-Maliki, ancien Premier ministre dont les liens avec l'Iran s'étaient renforcés durant son mandat, revenait au pouvoir. Quelques jours plus tard, le Parlement irakien approuvait la nomination d'Ali al-Zaidi, un ancien banquier de 41 ans, novice en politique, au poste de Premier ministre.

Escalade saoudienne dans la région : le Yémen et la mer Rouge

Le porte-parole du ministère saoudien de la Défense, le général de division Turki al-Malki, a affirmé que les frappes étaient une riposte limitée à des attaques spécifiques, déclarant : « Le royaume confirme qu'il ne recherche pas l'escalade, mais qu'il répondra à toute agression. »

Pourtant, Riyad reprend simultanément les hostilités contre les Houthis au Yémen, faisant voler en éclats le fragile cessez-le-feu de 2022.

Le 20 juillet, les Houthis ont décrété un blocus des pétroliers saoudiens en mer Rouge, puis ont attaqué des sites de transport pétrolier « sensibles » en Arabie saoudite, reliant les champs pétrolifères de la province orientale à un centre d'exportation de la mer Rouge. Ils ont également revendiqué l'attaque de drone contre l'usine de traitement de pétrole brut d'Abqaiq, la plus grande du royaume appartenant à Saudi Aramco, que Riyad a imputée à des milices irakiennes alliées à l'Iran. Une autre attaque a contraint Saudi Aramco à fermer sa raffinerie de Jazan, d'une capacité de 400 000 barils par jour.

Suite aux attaques saoudiennes contre l'aéroport international de Sanaa après sa réouverture par les Houthis aux vols directs en provenance d'Iran, un vol transportant des commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), des conseillers militaires et du matériel lié aux missiles et aux drones a été contraint de se diriger plutôt vers Hodeïda, ville portuaire de la mer Rouge.

Les Houthis ont affirmé que le blocus ne concernait que l'Arabie saoudite et prendrait fin lorsque celle-ci lèverait le sien. Face à la situation économique catastrophique du Yémen, conséquence de la guerre – les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 20 à 30 % ces derniers mois, tandis que la fermeture du détroit d'Ormuz a perturbé les livraisons de pétrole iranien, dont certaines sont gratuites –, les Houthis font pression sur les Saoudiens pour obtenir un nouvel accord financier. Ils exigent la levée des restrictions sur l'aéroport de Sanaa et une part des revenus des champs pétroliers contrôlés par le gouvernement yéménite internationalement reconnu.

Riyad a réagi par une escalade militaire et politique. Après la rencontre, mercredi, entre le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, et le président Trump et le vice-président JD Vance, l'Arabie saoudite a convoqué une réunion de représentants militaires de 43 nations afin de promouvoir une « coalition de défense maritime » pour sécuriser les routes commerciales de la mer Rouge face aux forces alignées sur l'Iran.

Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth (à droite), participe à une cérémonie d'accueil avec le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, le 24 février 2025 au Pentagone à Washington. [AP Photo/Jacquelyn Martin]

Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la mer Rouge est devenue encore plus vitale : environ 10 à 14 % du commerce maritime mondial, dont près de 4,1 à 4,2 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers, transitent par la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb et le golfe d'Aden par jour. La guerre a considérablement réduit le trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb, faisant chuter le trafic quotidien de plus de 70 à 75 navires avant le conflit à environ 28 à 31 navires.

Le PIB de l'Arabie saoudite a reculé de près de 5 % en glissement annuel au deuxième trimestre, soit la plus forte baisse trimestrielle enregistrée depuis le début de la pandémie de COVID-19, l'activité du secteur pétrolier s'étant effondrée de près de 25 %. L'activité non pétrolière n'a progressé que de 0,6 % au cours de cette période, contre 2,9 % au trimestre précédent.

Riyad s'efforce de stabiliser sa position. Le ministère saoudien de la Défense a annoncé que 14 États, dont la Turquie, le Pakistan, l'Égypte, le Soudan et Djibouti, avaient approuvé sa proposition de création d'une coalition de défense maritime, dont le quartier général serait situé à Riyad. L'Arabie saoudite a également sollicité la participation des États-Unis et des principales puissances européennes.

Des informations indiquent que l'Arabie saoudite pourrait préparer une offensive terrestre majeure au Yémen central, illustrant la manière dont la guerre américano-israélienne contre l'Iran se propage à travers la région, impliquant les monarchies du Golfe, redessinant l'équilibre des forces en Irak et faisant craindre une nouvelle phase de conflit à grande échelle de la mer Rouge au Tigre.

Accord nucléaire et accord de défense : consolidation de l’axe États-Unis – Arabie saoudite – Israël contre l'Iran

Parallèlement à ces opérations militaires, Washington cherche à construire un bloc stratégique américano-saoudien à long terme, fondé sur la coopération nucléaire et les transferts d'armements sophistiqués, qui lierait l'Arabie saoudite à l'axe américano-israélien, marginaliserait les puissances concurrentes et constituerait un bloc régional durable pour affronter l'Iran.

Washington a signé un « accord de coopération nucléaire pacifique » avec Riyad, qui autoriserait l'Arabie saoudite à construire des réacteurs nucléaires utilisant la technologie américaine et, surtout, à enrichir ses vastes réserves d'uranium sans accepter le régime de vérification complet de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Dans une région où l'Iran et les Émirats arabes unis exploitent des réacteurs nucléaires mais importent leur combustible sous stricte surveillance, l'enrichissement d'uranium autorisé par l'Arabie saoudite, sous l'égide des États-Unis, déclencherait une série de projets nucléaires en Turquie, en Égypte et chez d'autres puissances régionales émergentes, ainsi qu'une renégociation de l'accord entre les Émirats arabes unis et les États-Unis.

Le département américain de l'Énergie a décrit cet accord comme le fondement d'un «partenariat pluriannuel de plusieurs milliards de dollars ». Des dizaines de milliards de dollars seront versés à des entreprises américaines pour la construction et le développement du programme nucléaire civil du royaume, marginalisant ainsi la France, l'Allemagne, la Corée du Sud et la Chine – malgré le mémorandum d'entente signé par Riyad en 2022 avec Pékin en vue du développement d'un programme nucléaire. Cet accord nucléaire constitue le volet économico-industriel des efforts visant à consolider un ordre régional dominé par les États-Unis.

Les négociations ont délibérément exclu toute discussion sur l'adhésion de l'Arabie saoudite aux accords d'Abraham ou la normalisation de ses relations avec Israël – des mesures profondément impopulaires au niveau national, alors même que Riyad est complice du génocide à Gaza. L'accord nucléaire jette plutôt les bases d'une alliance de défense américano-saoudienne qui inclurait la vente de F-35 et de technologies militaires de pointe, liant ainsi plus étroitement Riyad à la stratégie de guerre de Washington.

Ces questions étaient déjà au cœur des discussions en novembre dernier, lors de la rencontre entre Mohammed Ben Salmane et Donald Trump à la Maison-Blanche. Trump a alors désigné l'Arabie saoudite comme un « allié majeur non membre de l'OTAN », signé un accord de défense stratégique et, selon certaines sources, conclu un accord pour l'acquisition d'une flotte d'avions de chasse F-35. L'accord nucléaire officialise ce bloc militaire.

Le président Donald Trump s'entretient avec le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, Elon Musk, le PDG de Nvidia, Jensen Huang, et d'autres personnalités, lors du Forum sur l'investissement saoudien au Kennedy Center, le mercredi 19 novembre 2025 à Washington. [AP Photo/Evan Vucci]

Israël s'est opposé à cet accord, car il menace son monopole nucléaire et son avantage militaire qualitatif. Dans un message publié ultérieurement sur Truth Social, Trump affirmait que l'accord interdirait l'enrichissement d'uranium et exigerait une normalisation des relations entre l'Arabie saoudite et Israël – une affirmation que Netanyahou a saluée comme une victoire. Mais il est fort improbable que Trump sabote un accord qui génère d'énormes profits pour les entreprises américaines et qui intègre l'Arabie saoudite à la coalition militaire de Washington afin d'apaiser les objections israéliennes.

Les frappes contre les Forces de mobilisation populaire en Irak, la coalition maritime, la reprise de l'offensive saoudienne au Yémen et l'accord sur le nucléaire sont indissociables des efforts de l'impérialisme américain pour consolider sa domination sur le Moyen-Orient, soumettre les monarchies du Golfe à l'autorité de Washington et intégrer l'Arabie saoudite à l'axe américano-israélien dans la confrontation avec l'Iran.

(Article paru en anglais le 2 août 2026)

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