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Plus de 4000 agents de bord de WestJet en grève partout au Canada contre le travail non payé

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Le personnel de cabine de WestJet en grève le 14 juillet 2026 [Photo: CUPE Local 8125]

Quelque 4285 agents de bord de WestJet ont débrayé tôt dimanche matin après près de onze mois de négociations infructueuses, n’ayant abouti ni à une convention collective ni à une entente de principe. Membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), section locale 8125, ils protestent contre les tâches au sol non rémunérées, une rémunération insuffisante et des horaires exténuants.

WestJet, le deuxième transporteur aérien du Canada, avait annulé 309 vols jusqu’à dimanche soir, suspendant l’exploitation de ses Boeing 737 et 787 durant l’un des week-ends les plus achalandés de l’été.

Le principal point de désaccord concerne le travail non rémunéré effectué par les agents de bord avant et après le vol. Le personnel de cabine se présente avant le départ, effectue les vérifications de sécurité, aide à l’embarquement, gère les retards et reste responsable des passagers lors du débarquement. Pourtant, il ne reçoit aucun salaire direct pour ce travail. La « compensation » qu’ils reçoivent est basée sur un système de « crédits horaires » truqué qui regroupe le temps de vol, les tâches au sol et les retards en un seul calcul, le temps passé à effectuer des tâches avant et après le vol étant largement sous-évalué.

Résumant le mécontentement des employés face à un système qui les prive en moyenne de 1100 $ par mois et pénalise particulièrement les agents de bord les moins bien payés et ceux ayant le moins d’ancienneté, les pancartes des grévistes proclament : « Le travail non payé c’est du vol.»

WestJet a refusé de céder à la demande des employés d’être rémunérés intégralement pour tout le travail effectué, insistant sur le fait que le travail non rémunéré avant et après le vol est la norme dans le secteur aérien en Amérique du Nord.

Selon les médias, WestJet a fait une nouvelle offre, peu avant le début de la grève, qui, selon la compagnie, prévoit un « salaire horaire » pour tout le travail avant et après le vol. Cependant, ce salaire serait nettement inférieur. L’augmentation salariale « à deux chiffres » de la compagnie aérienne sur quatre ans ne compense pas la forte inflation enregistrée depuis 2021, année où le SCFP a négocié une entente de quatre ans et dix mois remplie de reculs en pleine pandémie.

« Nous avons tout tenté jusqu’à la dernière minute pour obtenir une entente équitable qui reconnaisse la valeur du travail des équipages de cabine », a déclaré Alia Hussain, présidente du SCFP 8125. « L’offre de WestJet était insuffisante. »

Hussain a indiqué que les travailleurs sont prêts à reprendre les négociations et a exhorté le gouvernement libéral fédéral à ne pas intervenir pour mettre fin à la grève. « Le travail non rémunéré est une de nos principales priorités, mais nous négocions une convention collective complète », a-t-elle affirmé.

Le milieu des affaires canadien exige déjà du gouvernement libéral, dirigé par l’ancien dirigeant d’entreprise et gouverneur de la Banque centrale du Canada, Mark Carney, qu’il mette fin à la grève. La Chambre de commerce du Canada a déclaré que « chaque heure compte » et exhorte Ottawa à utiliser « tous les moyens à sa disposition » pour rétablir le service aérien.

L’arme dont dispose immédiatement la ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, est l’article 107 du Code canadien du travail. Les gouvernements libéraux de Trudeau et de Carney ont « réinterprété » cette disposition jusque-là obscure pour la transformer en un mécanisme permettant d’interdire les grèves et d’imposer un arbitrage exécutoire par l’intermédiaire de la Commission canadienne des relations industrielles (CCRI), un organisme non élu. Ils se sont ainsi débarrassés de toute forme de validation démocratique, même celle d’un vote parlementaire sur une loi de retour au travail.

Depuis 2023, Ottawa a invoqué l’article 107 à dix reprises, dont neuf fois pour faire cesser ou suspendre des grèves et des lock-out, ou pour imposer un arbitrage exécutoire. Les travailleurs d’Air Canada, de Postes Canada, des principaux ports et des deux principales compagnies ferroviaires du pays ont été visés, de même que les mécaniciens de WestJet.

Hajdu a refusé d’exclure le recours à l’article 107 et à la CCRI pour interdire la grève des agents de bord, son cabinet se contentant d’affirmer que le gouvernement privilégie un « règlement négocié ». Il convient de préciser que le gouvernement libéral envisage actuellement de modifier le Code du travail afin d'élargir la désignation de « travailleurs essentiels » – pour qui il est légalement interdit de faire grève – aux employés des secteurs du transport privé et des télécommunications, et de limiter par ailleurs le recours à la grève.

Steven Tufts, expert en droit du travail à l'Université York, a déclaré à CBC News qu'il s'attend à une intervention gouvernementale si la grève dure plus d'un ou deux jours. Il a établi un lien entre la préoccupation d'Ottawa pour la « stabilité de l'emploi » et sa volonté d'attirer les investissements internationaux. Cela inclut les efforts de Carney pour rendre les infrastructures aéroportuaires publiques attrayantes pour les investisseurs privés. « Si vous voulez obtenir le meilleur prix pour ce type de vente d'infrastructures [...] vous devez faire preuve de discipline syndicale », a déclaré Tufts. « Dans ce secteur, le gouvernement est toujours présent. »

Les travailleurs de WestJet doivent tirer les leçons cruciales de la grève d'Air Canada de l'année dernière, lorsque les agents de bord ont défié un ordre de retour au travail du gouvernement, pour ensuite voir l'appareil syndical du SCFP mettre fin à leur grève au moment même où elle galvanisait le soutien des masses et où le gouvernement libéral était en position de faiblesse. Surtout, l’expérience démontre l’urgence pour le personnel de cabine de WestJet d’établir des organisations de lutte dirigées démocratiquement – des comités de grève de la base – afin qu’ils puissent contrecarrer les plans de la bureaucratie du SCFP qui va inévitablement saboter leur lutte.

Le 16 août 2025, plus de 10 500 agents de bord d'Air Canada ont débrayé en raison du travail non rémunéré et de la baisse des salaires réels – les mêmes enjeux pour lesquels les travailleurs de WestJet font grève aujourd'hui – lançant leur première grève nationale depuis près de quatre décennies.

Moins de douze heures après le début de la grève, Hajdu a invoqué l’article 107. Mais les travailleurs ont défié l’ordre de retour au travail du CCRI, révélant ainsi la fragilité de l’opération anti-grève du gouvernement.

Les dirigeants du SCFP ont répondu par des discours en apparence militants tout en entamant des négociations à huis clos supervisées par un médiateur nommé par le gouvernement. Quelque 36 heures après l'entrée en vigueur de l'ordre de retour au travail, la direction du SCFP a ordonné aux agents de bord de retourner au travail sans aucun vote ni aucune connaissance de l'accord.

Il est vite apparu que les affirmations de la bureaucratie syndicale concernant la «victoire » et la « fin » du travail non rémunéré étaient une supercherie totale. Selon les termes de l'entente négociée par le SCFP, les tâches avant le vol étaient initialement rémunérées à seulement 50 pour cent du salaire régulier, tandis que le travail après le vol demeure impayé.

De plus, le SCFP a conclu une entente avec Air Canada et le gouvernement en vertu de laquelle les agents de bord se sont vu refuser le droit de voter sur le nouveau système de rémunération pour le travail avant et après le vol. La seule partie du contrat sur laquelle ils étaient autorisés à voter – le calendrier des augmentations de salaire – a été rejetée par une écrasante majorité de 99,1 pour cent.

Mais encore une fois, le SCFP leur avait lié les mains. Faisant ainsi respecter l’interdiction de grève imposée par le gouvernement, le syndicat a renoncé au droit de grève des travailleurs et a accepté que l’accord salarial soit soumis à un arbitrage exécutoire au cas où les agents de bord le rejetteraient.

Cette trahison ne peut être séparée de l’intégration du SCFP dans l’alliance nationaliste « Équipe Canada » avec le gouvernement Carney. Les dirigeants du SCFP, le Congrès du travail du Canada (CTC) et le Nouveau Parti démocratique se sont ralliés à Carney au nom de la « défense du Canada » contre la guerre commerciale et les menaces d’annexion de Donald Trump. Le nationalisme est le ciment politique qui lie la bureaucratie syndicale à l’État capitaliste et garantit qu’elle appliquera les diktats du gouvernement, quelle que soit la posture militante des dirigeants syndicaux.

Pendant la grève d'Air Canada, le CTC a convoqué une réunion « d'urgence » des principaux bureaucrates syndicaux pour contenir la confrontation et protéger le gouvernement d'un mouvement ouvrier plus large. Il affirmait que Carney avait été «élu pour lutter contre Trump » et pour « protéger nos emplois et nos communautés », présentant la guerre commerciale, l’austérité et le réarmement comme une défense des travailleurs.

L’appel du SCFP en faveur de « négociations collectives libres » chez WestJet doit être compris dans ce cadre. En demandant à Ottawa de permettre la poursuite des négociations, la bureaucratie négocie les conditions de son rôle continu de garant de la discipline du travail. Il accepte le Code du travail pro-patronal, le CCRI et le système de négociation réglementé par l’État, utilisé à plusieurs reprises pour réprimer les grèves, parce que c’est la source de ses privilèges.

Les mêmes enjeux se posent à 300 travailleurs des transmissions et des communications du CPKC représentés par la FIOE, qui se sont mis en grève le 31 mai pour protester contre les salaires, les dépenses et les horaires de garde contraignants. Le CPKC a maintenu ses opérations par l'intermédiaire de sous-traitants, exploitant les échappatoires des dispositions fédérales anti-briseurs de grève.

Ces luttes se déroulent alors que Carney engage le Canada à consacrer 5 % de son produit intérieur brut à l’armée et aux infrastructures de « sécurité » connexes d’ici 2035, ce qui portera ces dépenses annuelles à environ 150 milliards de dollars. Des dizaines de milliards doivent être prélevés sur les soins de santé, l’éducation, les services publics et le niveau de vie des travailleurs pour financer le réarmement de l’impérialisme canadien.

Les agents de bord de WestJet doivent créer des comités de base indépendants de l'appareil du SCFP afin de reprendre le contrôle de la grève aux mains de la bureaucratie, garantir un contrôle démocratique de chaque entente proposée et se préparer à défier toute injonction anti-grève du gouvernement. Ils devraient faire appel aux travailleurs d'Air Canada, aux pilotes, aux mécaniciens, aux employés d'aéroport, aux employés des postes et aux cheminots, y compris aux grévistes du CPKC, pour mener une lutte commune dans la défense du droit de grève et du niveau de vie des travailleurs.

Cet appel doit s'étendre aux agents de bord et aux employés des compagnies aériennes aux États-Unis, au Mexique et à l'international. Le travail non rémunéré est un problème qui touche l'ensemble du secteur et qui est imposé par les compagnies aériennes multinationales et soutenu par les gouvernements au-delà des frontières. Les travailleurs ne peuvent vaincre cette offensive coordonnée que par l'unité internationale de la classe ouvrière.

Le bilan du SCFP laisse présager une capitulation imminente, soit par une soumission à l'article 107, soit par l'imposition d'une entente truffée de concessions après une brève période de faux militantisme. L’organisation de la base et une stratégie politique socialiste-internationaliste sont nécessaires pour vaincre cette trahison et mobiliser la classe ouvrière contre le programme d’austérité, de guerre et d’attaques contre les droits démocratiques du gouvernement Carney.

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