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Un total de 19 bélugas trouvés morts en 2025 sur les rives du Saint-Laurent

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Un total de 19 bélugas ont été trouvés morts en 2025 sur les rives du Saint-Laurent, mais, contrairement aux années passées, les scientifiques n’ont pas recensé de femelles décédées au moment de donner naissance. Le suivi de l’espèce soulève par ailleurs de plus en plus de questions sur les changements qui s’opèrent dans les secteurs du Saint-Laurent fréquentés par les bélugas.

Selon les données publiées par le Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM), le nombre de bélugas trouvés morts l’an dernier s’inscrit dans la moyenne des dernières années. En 2025, 10 femelles, 8 mâles et un individu impossible à classifier ont été recensés.

Contrairement à ce que les scientifiques constataient chaque année depuis maintenant plus de 10 ans, aucun cas de dystocie — décès provoqué par des complications lors de la mise bas — n’a été répertorié dans le cadre des nécropsies des bélugas, transportés à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe, qui visaient à déterminer les causes de la mort de l’animal.

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins et coordonnateur du RQUMM, Robert Michaud, s’interroge sur cette absence de dystocies, un phénomène qui inquiète les spécialistes de cette espèce classée « en voie de disparition ». Lors des dystocies, la femelle et son veau meurent.

« C’est peut-être un peu trop tôt pour générer une tendance, mais ça pourrait indiquer une diminution de l’occurrence de cette problématique, ce qui est en soi une bonne nouvelle. Cependant, la diminution des dystocies pourrait aussi être une conséquence d’une diminution des naissances », explique pour sa part Stéphane Lair, professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages.

M. Michaud ajoute que les données des relevés aériens effectués par les scientifiques fédéraux montrent une diminution du nombre de jeunes et de veaux bélugas observés au cours des dernières années. Il précise toutefois qu’il est difficile d’évaluer la situation de la reproduction de l’espèce, qui occupe un grand territoire de l’estuaire du Saint-Laurent.

Changements d’habitat ?

Qui plus est, les experts constatent que des individus et des groupes de bélugas sont de plus en plus présents dans des régions de l’estuaire et même du golfe du Saint-Laurent où ils étaient moins présents auparavant, voire absents, par exemple en période estivale.

L’été dernier, un groupe estimé à plus d’une centaine de bêtes a passé une bonne partie de la saison au large de la pointe de la Gaspésie, soit en dehors de leur habitat estival, qui est principalement au cœur du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

Est-ce que les bélugas modifient leur utilisation du Saint-Laurent dans un contexte de bouleversements climatiques et de changements dans cet écosystème, notamment en ce qui a trait à la disponibilité des proies ? « Les signes se multiplient », résume Robert Michaud. « Il sera important de suivre ces phénomènes. Il est clair que l’estuaire et le golfe changent de façon importante. »

Il faut savoir qu’en vertu de la Loi sur les espèces en péril, le gouvernement fédéral a l’obligation de protéger l’« habitat essentiel » du béluga. Pour le moment, le parc marin couvre à peine 40 % de l’habitat estival du mammifère. Le projet d’expansion de cette aire marine protégée, en cours d’élaboration par Québec et Ottawa, doit permettre qu’elle en couvre la totalité. Cela ne comprend toutefois pas l’habitat essentiel pour le reste de l’année, en plus de ne pas tenir compte des changements récemment observés dans l’occupation du territoire marin.

Spécialiste de l’espèce depuis plus de 40 ans, M. Michaud estime que les changements dans les secteurs fréquentés par les bélugas « risquent de complexifier notre travail de conservation de l’espèce. Et ça illustre bien nos défis face au climat qui change ».

Dans le parc marin, il est interdit d’approcher les bélugas à moins de 400 mètres de distance. Or, dans le golfe du Saint-Laurent, cette distance est réduite à 100 mètres. « C’est insuffisant », souligne Robert Michaud. Ce dernier appelle donc à la prise en compte du besoin de protéger les bélugas où qu’ils se trouvent dans le Saint-Laurent. « Il est important de leur laisser de l’espace pour assurer leur protection », résume-t-il.

En plus du dérangement et de la pollution sonore dans leur habitat, les bélugas sont en effet exposés à plusieurs menaces, dont la pollution, les conséquences de la crise climatique et les bouleversements dans leur régime alimentaire. Des projets industriels, comme celui de Marinvest Energy, provoqueraient aussi une augmentation du trafic commercial dans leur habitat. Dans ce contexte, malgré le fait que l’espèce est protégée depuis des décennies, elle ne montre aucun signe de rétablissement.

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