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"Un taxi coûte bien moins cher qu’un procès": le sévère rappel d’un procureur après un drame lié à l’alcool au volant

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Au tribunal de police, on plaide ce matin-là un dossier avec mort d'homme qui date de juin 2023. Un conducteur a mal négocié un virage serré et a provoqué une collision frontale. Le conducteur d'en face est mort. Il n'avait que 55 ans.

Le responsable de l'accident est policier et, cruelle ironie du sort, a une carrière exemplaire derrière lui à la police de la route.

Les plaidoiries se déroulent en l'absence des parties civiles, représentées par leur avocat. Celui-ci décrit un tableau apocalyptique. La veuve devait fêter trois mois plus tard leurs 30 ans de mariage, elle a dû se résoudre à quitter l'immeuble conjugal qui lui rappelait trop de souvenirs et vit maintenant avec ses enfants. Elle vit un deuil pathologique, avec un état de stress post-traumatique.

Le jour de l'accident, elle est partie à la recherche de son mari, a été sur les lieux de l'accident et a attendu toute la nuit à l'hôpital avant qu'on lui annonce, vers 3 heures du matin, qu'il n'y avait plus aucun espoir. Outre la veuve, l'avocat représente aussi les autres parties civiles, notamment les enfants, beaux-enfants et petite-fille de la victime. Cette dernière, dit-il, a besoin d'un traitement psychologique car elle était très attachée à son grand-père.

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Pas le moindre mot d'excuse

En outre, fustige l'avocat, le prévenu n'a jamais eu le moindre mot d'excuse et a commencé par nier sa responsabilité alors qu'il l'admet aujourd'hui. Bref, il veut le maximum autorisé par la loi, notamment 45 000 euros pour la veuve et 20 000 pour la petite-fille.

Le procureur, adepte déclaré de la tolérance zéro, estime que tout le monde a tendance, en Belgique, à banaliser la conduite sous influence et que l'alcool au volant bénéficie d'une certaine tolérance sociale. "On nous demande d'être de plus en plus stricts, alors que plusieurs pays européens ne tolèrent pas un gramme d'alcool et que la Belgique est un des mauvais élèves de la classe. Les statistiques parlent : l'alcool a une influence sur les réactions aux événements imprévisibles. Avec son taux d'alcool, le prévenu a multiplié par 20 son risque d'accident. On devrait tous assister à ce genre d'audience et subir de plein fouet la détresse des victimes. On ne répétera jamais assez qu'un taxi coûte bien moins cher qu'un procès".

L'accusé va terminer sa carrière de conducteur à brève échéance, car, à son âge, il est très difficile de réussir les 4 examens qui l'attendent. C'est, dit le ministère public, un signal fort envoyé à la population.

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Un virage accidentogène

L'avocat de la défense fait observer que ce genre de dossier est toujours chargé d'émotion. "Mais mon client a tenté de s'excuser en cherchant l'adresse de la victime, ce qui lui a été refusé. C'est moi qui lui ai dit de s'abstenir, car on aurait pu croire que les excuses, c'était juste pour faire bien. Pour ce qui est de la responsabilité, mon client a perdu connaissance après l'accident et ne se souvient plus de rien. Il a donc attendu le rapport de l'expert avant d'admettre l'évidence. Il éprouve un terrible sentiment de culpabilité depuis. Le lieu de l'accident présente un virage raide consécutif à une longue ligne droite, ce qui provoque un déport en cas de très légère distraction du conducteur. Sur place, en un quart d'heure, on a pu constater que quatre véhicules ont fait la même chose que le prévenu, heureusement sans conducteur arrivant dans l'autre sens : il s'agit donc d'un virage extrêmement accidentogène."

Désormais, je ne consomme plus une goutte d'alcool pour donner l'exemple à ma famille. Hélas, je ne peux ramener cette personne à la vie

Il ne va jamais au café et ne conduit pas quand il a bu. D'ailleurs, dans son métier, il aurait été viré à la moindre incartade. On apprend tout de même qu'il avait bu deux vins blancs, un rosé et deux Leffe entre 11 h 45 et 14 heures avant de prendre la route quelques heures plus tard.

L'ancien policier s'est par contre comporté en héros durant sa carrière, tentant d'intercepter un individu très dangereux qui l'a blessé avec sa voiture, entraînant une incapacité de 90 %. "Il a toujours donné l'exemple dans sa vie et il est condamné à porter ce fardeau pour tout ce qu'il en reste. Faut-il vraiment lui infliger un an de prison avec sursis ?" L'avocat penche plutôt pour une suspension du prononcé.

Le prévenu est à son tour invité à prendre la parole. D'une voix chargée d'émotion que l'on sent non feinte, il explique n'avoir découvert le nom de la victime qu'à l'audience. "Je vis aussi un enfer. J'ai perdu un pied, je vis sous antidépresseurs et somnifères, mais je fais des cauchemars toutes les nuits et je me réveille trois ou quatre fois. Désormais, je ne consomme plus une goutte d'alcool pour donner l'exemple à ma famille. Hélas, je ne peux ramener cette personne à la vie".

Jugement le 26 mars.

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