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Un rongeur de 9 kg importé pour sa fourrure creuse des galeries sous les digues françaises, et les chemins s’effondrent

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Le long d’un chemin de halage ou d’une digue de protection, une simple ouverture ronde, à peine visible, trahit parfois un désastre en cours. Cette bouche de terrier, percée au ras du courant, accélère l’érosion à la base des berges et son effondrement provoque le ravinement des parties hautes. À l’intérieur, le réseau peut s’étirer sur plusieurs mètres : 6 à 8 mètres de long en moyenne, avec des entrées immergées, et jusqu’à 15 ou 20 mètres pour les terriers les plus développés, creusés pour loger des familles nombreuses.

Le responsable pèse rarement plus de neuf kilos.

Sur une digue de protection contre les crues, le mécanisme prend une tout autre dimension. Une digue percée par des terriers devient le siège de pertes d’eau, généralement faibles mais qui peuvent devenir catastrophiques en cas de rupture. Par temps calme, on ne voit rien ; lors d’une crue, l’ouvrage peut céder au moment précis où l’on en a le plus besoin. C’est cette latence, invisible en surface, qui rend le problème difficile à budgétiser pour les gestionnaires de zones humides.

À retenir

  • Le ragondin a été importé vers 1882 pour la pelleterie, puis s’est échappé massivement des élevages lors de la crise de 1929.
  • Ses terriers peuvent mesurer 15 à 20 mètres et accélèrent l’érosion des berges et l’effondrement des digues de protection.
  • Sans prédateur naturel et se reproduisant deux à trois fois par an, l’éradication est impossible ; seule la régulation par piégeage et stérilisation est envisagée.

Sommaire

  1. Des cages ouvertes, un siècle de prolifération
  2. Le prix d’une digue qui fuit
  3. Cultures, roselières et un risque sanitaire mesuré
  4. Piéger, sans jamais gagner

Des cages ouvertes, un siècle de prolifération

Le ragondin a été importé en France vers 1882 pour la pelleterie, avant que l’élevage commercial de sa fourrure ne démarre en 1927. L’animal séduit alors les éleveurs pour la douceur de son poil, vendu sous le nom de castorine.

La crise économique de 1929 a vidé les cages en quelques années.

Le commerce des peaux s’effondre avec la crise financière des années 1930, et des milliers d’éleveurs ruinés n’ont plus les moyens d’entretenir leurs bêtes. Aux ragondins qui s’échappaient déjà régulièrement des enclos viennent s’ajouter tous ceux que leurs propriétaires en faillite relâchent délibérément. Une fois libre, l’animal ne trouve aucun frein biologique : dans les pays où il a été introduit, il n’a aucun prédateur naturel à l’état adulte, seuls les jeunes finissant parfois dans le bec d’un busard des roseaux ou les crocs d’une fouine.

Des sous-espèces avaient même été sélectionnées pour leur prolificité, deux à trois portées annuelles de cinq à sept petits, dès l’âge de six mois. Le climat a fini d’ouvrir la voie : la raréfaction des hivers rigoureux après le milieu des années 1980 a permis aux populations de survivre plus facilement, provoquant une explosion démographique dans les milieux aquatiques.

Le prix d’une digue qui fuit

En Italie, les dommages causés entre 1995 et 2000 ont été estimés à 11 millions d’euros pour les seuls ouvrages hydrauliques. En France, aucune digue de Loire ou du Rhône n’est officiellement tombée à cause du seul ragondin, mais les gestionnaires de zones humides multiplient les alertes sur l’accumulation de micro-fragilités. Sur l’Île-d’Aix, en Charente-Maritime, la population de ragondins est devenue plus nombreuse que les 175 habitants permanents de l’île, avec environ 500 individus recensés dans les cultures et les fossés, obligeant la commune à organiser des campagnes de piégeage. Le maire résumait ainsi le paradoxe climatique de l’espèce : « ce qui décime la population de ragondins, c’est la queue qui gèle ».

Le curage des berges rongées revient cher aux syndicats.

Le curage et le re-calibrage des voies d’eau, rendus nécessaires par l’envasement, comptent parmi les effets secondaires les plus fréquents et les plus coûteux du minage des berges. Face à cela, le ministère soutient les initiatives locales portées par les groupements de défense contre les organismes nuisibles et les syndicats de rivière. Le décret n° 2016-115 permet aux préfets de classer le ragondin parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, ouvrant la voie à des arrêtés de régulation.

Dans le Marais poitevin, l’invasion des années 1980 a rendu la lutte contre la prolifération obligatoire. En Deux-Sèvres, c’est le FDGDON 79 qui coordonne aujourd’hui les opérations sur le terrain.

Cultures, roselières et un risque sanitaire mesuré

Les dégâts ne s’arrêtent pas aux seuls ouvrages hydrauliques. Sur le maïs, les céréales, le colza ou le tournesol, les pertes dépassent localement 500 euros par hectare selon les chambres d’agriculture de Charente-Maritime et de Vendée. Le rongeur s’attaque aussi aux roselières et détruit les couvées d’oiseaux d’eau comme les canards, foulques et râles, tout en entrant en concurrence avec le campagnol amphibie et en participant à la propagation de la douve du foie chez le bétail.

Certains ouvrages n’ont pas résisté. L’animal crée par ailleurs des plages d’abroutissement en consommant intensivement la végétation des abords de plans d’eau, transformant peu à peu des berges vertes en talus dénudés.

Sur le plan sanitaire, le sujet mérite d’être posé sans dramatisation. Le ragondin est parfois porteur de la leptospirose, ce qui représente un risque non négligeable pour l’homme. En 2014, dernière année de forte incidence recensée, 628 personnes avaient été contaminées en France. Le ragondin n’est cependant pas le seul vecteur, le rat musqué ou le hérisson pouvant aussi transmettre la maladie, mais la croissance de sa population augmente le risque global de contamination.

L’absence de régulation naturelle augmente mécaniquement ce risque pour les usagers de l’eau.

Piéger, sans jamais gagner

Sur le terrain, les outils n’ont guère changé depuis des décennies. Capture et chasse encadrée restent les deux solutions prônées par l’ONCFS et les fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles. Des techniques de prévention existent, comme boucher les terriers ou gêner l’installation des colonies, mais elles restent insuffisantes pour une régulation significative en l’absence de prédateurs. Dans le Marais poitevin, le piégeage vivant permet de filtrer et de relâcher les animaux non ciblés capturés par erreur.

L’éradication, elle, n’est même plus envisagée comme un objectif sérieux. La stratégie démographique du ragondin le rend impossible à éradiquer, contrairement à l’ours ou au loup dont la reproduction obéit à une logique totalement différente. Certains gestionnaires misent désormais sur la prévention plutôt que sur l’extermination.

Fin 2025, la mairie écologiste de Lyon a illustré ce changement de méthode : confrontée à la prolifération de ragondins dans le quartier de la Confluence, elle a demandé à la préfecture du Rhône une dérogation pour remplacer la chasse à l’arc, méthode d’éradication préconisée, par une stérilisation des animaux. D’autres pistes, comme les barrières physiques ou la stérilisation chimique, sont aujourd’hui testées ailleurs en France. Le piège-cage, lui, continue de tourner chaque matin le long des mêmes berges, sans qu’aucun département n’ait encore trouvé la formule pour s’en passer.

Sources : antinuisiblepro.com | france3-regions.franceinfo.fr

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