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Après avoir passé des années à tondre ses clients, une banque découvre l’horreur : son mouton se fait déshabiller sur Internet.
Buck, le mouton qui devait faire aimer les banques
Tout commence en juillet 2026. Kiwibank, établissement bancaire appartenant à l’État néo-zélandais, présente Buck, une adorable brebis verte aux grands yeux marron. Sa mission ? Incarner une banque différente, proche de ses clients, capable de bousculer les habitudes.
Dans les publicités, Buck prend le bus, boit son café et se fait couper la laine chez le coiffeur. Un quotidien passionnant qui doit certainement donner envie d’ouvrir un livret d’épargne.
Mais Internet, cet endroit merveilleux où les campagnes publicitaires échappent parfois à leurs créateurs, décide de lui réserver un autre destin.
Un internaute publie un message exprimant sans aucune subtilité son attirance sexuelle pour la mascotte. La publication dépasse les quatre millions de vues.
D’autres plaisantins embrayent. Dessins suggestifs, détournements obscènes et plaisanteries sur les relations entre les Néo-Zélandais et leurs moutons envahissent les réseaux sociaux.
Buck est devenue célèbre. Pas exactement comme prévu.
I WANT TO FUCK THE KIWIBANK SHEEP https://t.co/ZK8phxeG18
— lulu (@ehukuu) July 23, 2026
Kiwibank appelle ses avocats : interdiction de fantasmer sur le mouton
Face à cette déferlante, la banque prend une décision particulièrement inspirée : envoyer les juristes.
À partir du 16 septembre, le cabinet MinterEllisonRuddWatts adresse, au nom de Kiwibank, des demandes de suppression à X et Bluesky pour violation du droit d’auteur.
Au moins dix comptes X et plusieurs artistes sur Bluesky voient des publications disparaître, selon les informations reprises par la Free Speech Union néo-zélandaise.
Le plus savoureux ? Certains dessins supprimés représenteraient de simples moutons sans rapport avec Buck.
Manifestement, quand une banque possède une brebis verte, le reste du cheptel mondial devrait se tenir à carreau.
Kiwibank justifie son intervention par la volonté de lutter contre des contenus « explicites et préjudiciables ». Une explication qui laisse perplexes les défenseurs de la liberté d’expression.
L’établissement possède effectivement des droits sur sa mascotte. Mais peut-on utiliser le droit d’auteur pour faire disparaître des plaisanteries embarrassantes ?
C’est précisément ce que conteste la Free Speech Union dans une lettre ouverte adressée à la direction le 8 octobre 2026.
Effet Streisand : le mouton devient incontrôlable
La suite était prévisible pour quiconque fréquente Internet depuis plus de cinq minutes.
Chaque publication supprimée provoque de nouveaux détournements. Plus Kiwibank tente d’effacer les plaisanteries, plus elles circulent.
C’est le fameux effet Streisand : vouloir faire disparaître une information et finir par lui offrir une publicité gigantesque.
L’affaire traverse même le Pacifique pour atterrir dans l’émission américaine de John Oliver, Last Week Tonight.
La Free Speech Union résume parfaitement la situation :
« Kiwibank détient les droits d’auteur sur Buck, pas sur les moutons. »
L’organisation rappelle que la Nouvelle-Zélande compte plus de vingt millions de moutons. Ses 5,3 millions d’habitants ont-ils apprécié d’être pris pour des moutons ?
Une précision zoologique devenue nécessaire dans un conflit juridique opposant une banque à des plaisantins.
Elle demande le retrait des signalements et soutient une modification de la législation protégeant davantage les parodies.
Car contrairement à plusieurs pays anglophones, la Nouvelle-Zélande ne dispose pas d’exception générale au droit d’auteur spécifiquement consacrée à la parodie et à la satire.
Une banque qui voulait défier le système, mais surtout pas les internautes
L’ironie est magnifique. Kiwibank avait imaginé Buck comme une mascotte anticonformiste, censée bousculer les codes du secteur bancaire.
À la première plaisanterie gênante, voilà pourtant l’établissement qui sort le droit d’auteur pour remettre les internautes dans le rang.
Une méthode de contrôle des contenus qui rappelle les critiques régulièrement formulées contre la censure sur les réseaux sociaux : au nom de la protection, on cherche parfois surtout à décider ce que les autres ont le droit de publier.
La banque a finalement fait parler sa mascotte dans une nouvelle vidéo diffusée sur Instagram. Buck s’y déclare profondément choquée par ce qu’elle a découvert sur Internet.
De quoi donner une idée à la direction : plutôt que de payer des avocats pour courir après les plaisanteries, pourquoi ne pas simplement encaisser les moqueries ?
Après tout, les banques savent généralement très bien encaisser.
Moralité : Kiwibank voulait un mouton pour sortir du troupeau. Elle a surtout réussi à se faire tondre sa réputation.


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