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Dossier itinérance sur la Côte-Nord

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Itinérance : un campement est visible près de Baie-Comeau. Photo Karianne Nepton-Philippe
L’itinérance trouve écho dans la société québécoise avec le travail de sensibilisation non partisan de l’ex-première ministre Pauline Marois et de son conjoint, qui depuis un an, ont fait de cette « crise humanitaire » une affaire personnelle. À peine porté au pouvoir, Paul St-Pierre Plamondon a annoncé 28 M$ le 23 octobre, dont 671 079 $ pour la région. Mais concrètement, où ira cet argent ? Sur le terrain, personne ne sait encore vraiment. Or, une chose est certaine, tout le monde en a besoin, car avec l’arrivée du froid sur la Côte-Nord : c’est une question de vie ou de mort.
Les bons emplois ne mettent pas une communauté à l’abri de l’itinérance. À Havre-Saint-Pierre, où vivent 3 337 personnes, le manque de logements abordables et l’absence de ressources d’hébergement d’urgence compliquent la situation des personnes qui se retrouvent sans toit.
Pour certaines, le manque de soutien local pousse même à chercher de l’aide ailleurs.
C’est le cas d’une personne en situation d’itinérance rencontrée au Rond-Point de Sept-Îles, qui venait de Havre-Saint-Pierre. Faute de ressources suffisantes dans sa municipalité, elle s’est retrouvée à devoir se déplacer pour tenter de trouver du soutien.
« À Havre-Saint-Pierre, il n’y avait pas vraiment de ressources pour m’aider. J’ai dû venir à Sept-Îles pour essayer de trouver quelque chose », raconte-t-elle. « Quand t’as pas de place où aller, tu finis par regarder ailleurs. Je viens de Havre-Saint-Pierre, mais à un moment donné, il faut essayer de trouver des solutions, même si ça veut dire partir. »
Son déplacement ne signifie pas pour autant que les difficultés sont derrière elle. « C’est pas parce que tu changes de ville que tes problèmes disparaissent. Tu essaies de te débrouiller avec ce que t’as, mais quand t’as pas de ressources, c’est compliqué », ajoute-t-elle.
Cette réalité illustre les difficultés auxquelles peuvent faire face les petites communautés, lorsqu’une personne perd son logement et qu’elle ne dispose pas d’un réseau ou de services capables de répondre à ses besoins.
« C’est sûr que c’est tout nouveau pour nous autres », reconnaît le maire André Thériault, qui constate que le phénomène bouscule les perceptions dans cette municipalité de la Minganie.
Plus à l’ouest, la préfète de la MRC de la Haute-Côte-Nord, Micheline Anctil, abonde dans le même sens.
« Dans les dernières années, on voyait davantage que c’était les grands centres urbains. Maintenant, c’est très clair qu’il y en a au niveau des régions, mais on a très peu de données », dit-elle. « Je pense qu’elle est sous-estimée, elle est encore cachée. »
Le logement au cœur du problème
Les difficultés personnelles, les séparations et les problèmes de santé peuvent contribuer à précipiter une personne dans la rue. Or les élus sont unanimes : le manque de logements abordables vient aggraver la situation.
« Le fait que l’on manque de logements, ça joue aussi sur le fait qu’il y a des citoyens qui se ramassent dans la rue », souligne M. Thériault.
Une étude réalisée à l’échelle de la MRC de la Minganie a d’ailleurs relevé des besoins importants en logements abordables, notamment chez les 18 à 55 ans. Pour les personnes à faible revenu, trouver un toit peut devenir particulièrement difficile.
Un réseau local
Havre-Saint-Pierre ne dispose pas de halte-chaleur. Lorsqu’une personne se retrouve sans endroit où dormir, le Centre d’action bénévole, la Maison des jeunes, les travailleurs sociaux de l’hôpital et la police peuvent être appelés à intervenir.
« Quand on intervient, nous autres, on les met toujours en relation avec les services communautaires qui existent ici, c’est l’enchaînement », indique M. Thériault.
La municipalité participe également à des démarches avec Santé Québec pour faire valoir les besoins de la région et améliorer l’accès aux services.
En Haute-Côte-Nord, on souhaite plus d’accompagnements, de services et de l’aide pour les personnes en situation d’itinérance. « Les situations de pauvreté, ça me préoccupe particulièrement », conclut Micheline Anctil.
Elle est partout
L’itinérance n’est plus un phénomène qui touche uniquement les grands centres et la Côte-Nord n’y échappe pas, alors que de plus en plus de communautés constatent son apparition.
« Il y a de l’itinérance partout sur la Côte-Nord, même dans les petits milieux », indique Jennifer Lavallée, directrice des programmes santé mentale, dépendance et itinérance chez Santé Québec Côte-Nord.
L’itinérance est beaucoup plus visible à Sept-Îles et Baie-Comeau, tandis que dans les petits milieux, on constate beaucoup plus de l’itinérance cachée. Il s’agit de gens sans domicile fixe qui vont être accueillis chez des proches ou qui vont à l’hôtel.
Jennifer Lavallée, directrice des programmes santé mentale, dépendance et itinérance chez Santé Québec Côte-Nord. Photo Vincent Rioux-Berrouard
Santé Québec Côte-Nord joue un rôle de coordination, notamment avec les
organismes des différents milieux, pour offrir des services aux personnes en situation d’itinérance. Une table régionale en itinérance regroupant plusieurs partenaires a été mise en place, il y a plusieurs années.
« On est vraiment mobilisés depuis plusieurs années, même s’il n’y avait pas autant d’itinérance visible », dit Mme Lavallée. « Est-ce qu’on est prêts ? On n’est jamais assez prêts et il faut qu’on s’adapte d’année en année, parce que le profil de l’itinérance change. »
Les solutions pour offrir une aide temporaire aux personnes en situation d’itinérance notamment avec l’approche de l’hiver varient selon les particularités des régions. Par exemple, à Sept-Îles, un service de halte-chaleur a été identifié. En Haute-Côte-Nord, il y a plutôt des organismes qui peuvent louer une chambre d’hôtel pour offrir une nuitée, parce que le volume et le type d’itinérance sont différents.
Pour Mme Lavallée, l’enjeu de l’itinérance n’est pas seulement une question sur laquelle il faut penser uniquement durant la période hivernale en raison du froid : il faut y travailler à l’année.
Rapport attendu
Santé Québec Côte-Nord est en attente du rapport sur le portrait de l’itinérance qui devrait être publié cet automne.
« Le rapport va venir nous préciser qui sont ces personnes qui sont en situation d’itinérance », affirme Mme Lavallée. Le plan d’action de Santé Québec Côte-Nord pourra aussi être mis à jour afin de bien répondre aux besoins constatés sur le terrain.
– Avec la collaboration de Pierre Bister et de Vincent Rioux-Berrouard
Léo Langlois
Originaire de Sept-Îles, Léo Langlois est diplômé en journalisme de l’École supérieure en arts et technologies des médias. Passionné par l’actualité sous toutes ses formes,... Lire la suite
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