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Devant une hausse particulièrement marquée des surdoses mortelles et non mortelles sur son territoire depuis le début de l'année, Santé Québec Capitale-Nationale ouvrira un service de consommation supervisée d'urgence au centre-ville.
Selon des informations obtenues par Radio-Canada, la Direction régionale de santé publique attend des autorisations du ministère de la Santé et des Services sociaux afin d'ouvrir un centre de besoins d'urgence.
Pour répondre à la crise des surdoses, le centre en question prendra la forme d'un lieu de consommation supervisée. Selon le Dr Philippe Robert, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le lieu sera extérieur et temporaire. Il devrait ouvrir rapidement, d'ici la fin de l'été, et demeurer en service jusqu'au début de l'hiver.
On a un besoin assez urgent d'augmenter et d'améliorer les services de consommation sécuritaire et d'intervention [en cas de surdose], explique-t-il en entrevue.

Le Dr Philippe Robert, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Des intervenants de Santé Québec Capitale-Nationale auront la responsabilité d'accueilir les consommateurs dans un lieu sécurisé.
En vertu d'exemptions accordées dans le cadre de telles activités, les usagers pourront consommer des substances illicites sous la surveillance de travailleurs de la santé, prêts à intervenir et à sauver des vies.
Le lieu temporaire sera spécifiquement dédié aux drogues par inhalation, comme le crack et la méthamphétamine en cristaux (crystal meth). L'emplacement exact du centre n'est pas connu. Le Dr Robert confirme cependant qu'il sera au centre-ville, là où la majorité des usagers potentiels se trouvent.
Les partenaires de Santé Québec évaluent présentement différents sites, idéalement loin des écoles, des services de garde et d'immeubles résidentiels ou commerciaux. L'endroit doit également offrir suffisamment d'espace pour aménager un lieu de consommation, mais aussi de repos pour se déposer avant de repartir.
Depuis ce printemps, on constate davantage de surdoses dans les populations vulnérables.
Les objectifs du centre d'urgence
- Intervenir lors de surdoses pour sauver des vies
- Déplacer la consommation de l’espace public vers une zone encadrée
- Garder contact avec des personnes en situation précaire et faciliter l’accès aux services de santé, sociaux ou communautaires
Source : Santé Québec Capitale-Nationale
Mauvais bilan
L'ouverture du centre de besoins d'urgence arrive au moment où la région de Québec fait face à un volume élevé de surdoses, mortelles comme non mortelles, depuis le début de l'année. La situation s'explique notamment par la contamination de plusieurs substances par des opioïdes.
En mai, Santé Québec Capitale-Nationale mettait notamment en garde les organismes communautaires et les consommateurs de la présence de médétomidine dans plusieurs substances psychoactives. Le produit ne réagit pas à la naloxone, un antitode aux surdoses d'opioïdes comme le fentanyl.
Après un printemps particulièrement difficile, le bilan risque de s'alourdir au cours des prochains mois, anticipe-t-on. On a déjà 43 signalements de surdoses mortelles en investigation par le coroner. Certaines pourraient être infirmées [...], mais on anticipe une hausse par rapport aux autres années, indique une porte-parole de Santé Québec Capitale-Nationale.
En comparaison, 29 surdoses mortelles ont été confirmées en 2025 et 24 surdoses mortelles en 2024. Le précédent record a été établi en 2020 avec 37 surdoses mortelles. Au rythme où cont les choses, l'année 2026 pourrait s'en approcher.
Triste printemps à L'Interzone
Les voyants sont également au rouge à L'Interzone, seul centre de consommation supervisée à desservir le vaste territoire de la Capitale-Nationale. Situé dans le quartier Saint-Roch, le lieu ouvert en 2021 fonctionne à plein régime et ne compte que cinq cubicules pour sa clientèle.
Les équipes d'intervention viennent d'y connaître leur pire printemps en cinq ans d'activités. En trois mois seulement, 22 surdoses non mortelles survenues dans les locaux de l'organisme ont été signalées aux autorités de santé publique. C’est plus que l’année passée au complet [avec 20 surdoses non mortelles], confirme le Dr Philippe Robert.

L'Interzone est le seul lieu de consommation supervisée à Québec depuis 2021. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Frederic Vigeant
Marie-Christine Leclerc, infirmière clinicienne à la coopérative de solidarité SABSA, gestionnaire de L'Interzone, atteste de la crise en cours à Québec. On a un achalandage en constante augmentation. Les surdoses sont en augmentation. Les contaminants dans les substances sont présents. Ce sont plusieurs facteurs qui nous disent que la situation est très préoccupante et que ça prend une réponse, résume-t-elle.
L'Interzone enregistre 45 000 visites au cours de la dernière année seulement, un record depuis son ouverture. La tendance demeure la même et Mme Leclerc milite pour une expansion des lieux de consommation supervisée dans la région. Le lieu temporaire est accueilli positivement, mais elle croit qu'il faudra aussi des solutions plus permanentes si la crise se poursuit.
Santé Québec Capitale-Nationale reconnaît le problème et travaille depuis plus de trois ans à trouver des solutions pour ajouter des services.
Aucun décès n'est encore déploré dans un service de consommation supervisée au Canada, ce qui milite pour de tels services, selon la Direction régionale de Santé publique de la Capitale-Nationale.


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