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La bataille de la région de Québec, où tous les partis politiques peuvent espérer faire élire des députés, n’est pas qu’une impression. Un sondage SEGMA–Radio-Canda–Le Soleil place le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec à égalité avec 27 % des intentions de vote.
Ce coup de sonde réalisé auprès de 713 électeurs de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec place la Coalition avenir Québec (CAQ) en troisième position à 21 %. Le Parti libéral du Québec (PLQ) suit à 13 % et Québec solidaire (QS) ferme la marche à 12 %.
C'est surprenant de voir qu'on n'a aucun parti qui atteint le seuil du 30 %. On est vraiment divisé, note le président de SEGMA Recherche, Raynald Harvey.
Même si les intentions de vote régionales sont ex aequo entre le PQ et le PCQ, la concentration du vote dans certaines circonscriptions donne un avantage aux conservateurs qui pourraient faire élire leurs premiers députés dans la région.
Les circonscriptions de la Rive-Sud leur sont particulièrement favorables, comme ceux de plusieurs circonscriptions de la couronne nord de Québec. Dans les banlieues et les endroits un peu plus ruraux, dans la MRC de Portneuf, il y a possiblement des gains qui pourraient être réalisés par le Parti conservateur, avance Reynald Harvey.
Avec 13 % des intentions de vote dans la grande région de Québec, les libéraux sous-performent par rapport à leur moyenne provinciale et pourraient demeurer absents de la région pour une deuxième élection générale consécutive.
Québec solidaire, à l’image des conservateurs, profitent eux aussi d’une concentration de leurs votes dans les circonscriptions de Taschereau et Jean-Lesage. À 12 %, ils peuvent espérer conserver leurs deux sièges, mais la lutte sera serrée.
Raynald Harvey juge que la montée du PQ dans ces deux circonscriptions est plus menaçante que la CAQ ne l’était pour Québec solidaire aux dernières élections. La différence avec 2022, si on parle de Taschereau, c'est la force du PQ. C’est une option qui a davantage de chance de lever.
Deux rives, deux solitudes
Le sondage révèle d’importantes différences d’opinions entre les électeurs de la Rive-Nord et ceux de la Rive-Sud.
Au sud du Saint-Laurent, les résidents sont particulièrement favorables au PCQ, avec 35 % des intentions de vote, suivi de 31 % pour la CAQ et 21 % pour le PQ.
La troisième place du PQ sur la Rive-Sud s'explique possiblement par un très faible appui à la souveraineté, à 16 %, bien en deçà des 27 % qui appuient le projet de pays de l’autre côté du fleuve.
Sur la Rive-Nord, c’est d’ailleurs le PQ qui arrive en tête avec 28 % des intentions de vote, contre 25 % pour le PCQ et 19 % pour la CAQ.
Le sondeur Raynald Harvey voit une manifestation du fameux mystère Québec.
Une des explications du mystère Québec, c’est cette espèce de dichotomie entre une population plus scolarisée qui a tendance à être plus à gauche, forcément plus favorable au secteur public et autre, puis la banlieue, avec la Rive-Sud, qui a tendance à être plus cols bleus, tendance à être plus à droite.
Sondage SEGMA–Radio-Canda–Le Soleil dans la RMR de Québec
Le sondage SEGMA-Radio-Canada-Le Soleil a été réalisé du 9 au 17 septembre auprès de 713 électeurs de la région métropolitaine de recensement de Québec, un ensemble géographique qui regroupe Québec, Lévis, l’île d’Orléans et plusieurs municipalités limitrophes. Les répondants ont été contactés en ligne et au téléphone. À titre indicatif, un échantillon probabiliste de la même taille aurait une marge d’erreur de plus ou moins 3,5 %, et ce, 19 fois sur 20.

La région métropolitaine de recensement de Québec comprend 26 municipalités.
Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy
Il y a clairement une bataille
Le PCQ détient aussi un autre avantage avec 73 % de ses électeurs qui affirment que leur choix est définitif, contre 56 % pour la CAQ et 52 % pour le PQ.
Raynald Harvey avance que le principal défi pour Éric Duhaime sera de s’assurer que ces électeurs convaincus remplissent leur bulletin de vote. Il cite en exemple les défaites du chef conservateur à l'élection partielle d'Arthabaska en 2025.
Le PCQ a eu tendance à beaucoup moins bien performer le jour du vote que dans les sondages. À cause, entre autres choses, qu'il a un électorat plus jeune.
Parmi les électeurs plus enclins à changer d’idée d’ici le 5 octobre, ceux du PQ arrivent en tête à 29 %, comparativement à ceux de la CAQ à 22 % et ceux du PCQ à 18 %.
Autant pour les libéraux que les solidaires, plus de la moitié de leurs électeurs dans la grande région de Québec affirment qu’ils pourraient encore changer d’idée.
Sur l'ensemble des électeurs sondés, 8 % affirment être toujours indécis et 3 % ont l'intention d'annuler leur vote ou de ne pas voter.
On est proche de la moitié des gens qui sont indécis ou qui peuvent changer d'idée, donc évidemment, je ne déclarerais aucun vainqueur aujourd'hui. Il y a clairement une bataille.
Fracture générationnelle
Les efforts de la CAQ pour courtiser les aînés, avec de multiples annonces en début de campagne, semblent porter leurs fruits. Christine Fréchette récolte 44 % des appuis chez les 65 ans et plus, une frange de la population qui affiche généralement un taux de participation supérieur à la moyenne.
Raynald Harvey y voit une fracture générationnelle alors que, chez les moins de 55 ans, les appuis de la CAQ sont en chute libre dans la région.
Chez les 35 à 64 ans, l’avantage est aux conservateurs avec des appuis qui dépassent les 35 %, mais ceux-ci chutent à 9 % chez les 65 ans et plus.
Le PQ, de son côté, tire des appuis pratiquement égaux parmi toutes les tranches d’âge, oscillant entre 24 % et 28 %. Québec solidaire, comme c’est le cas historiquement, tire mieux son épingle du jeu chez les jeunes avec des appuis de 23 % chez les 18 à 34 ans.
Raynald Harvey observe une fragmentation de l’électorat marquée en fonction de l’âge. De plus en plus, les choix et les opinions sont motivés par les intérêts personnels, dans ce cas-ci, on pourrait dire plutôt les intérêts générationnels.
Si le coût de la vie domine au sommet des préoccupations de 44 % des électeurs, les opinions sur les meilleures façons d’aider les Québécois varient selon les tranches d’âge.
Un meilleur accès à la propriété ou au logement arrive en tête de liste pour 40 % des répondants de 18 à 34 ans alors que les baisses d’impôts sont privilégiées chez 40 % des 35 à 54 ans. Chez les aînés, l’accès aux soins de santé dépasse largement le coût de la vie au chapitre des enjeux prioritaires.
Je pense que ça reflète aussi le fait que les gens réfléchissent de plus en plus comme des clients de l'État que comme des citoyens, résume Raynald Harvey.


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