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Le dernier classement des milliardaires publié par Forbes confirme une tendance lourde : la richesse mondiale atteint des sommets historiques, portée par l’innovation technologique et les marchés financiers. Mais pour le Canada, l’événement mérite une lecture plus stratégique que morale.
Car pour la première fois, un Canadien — Changpeng Zhao — entre dans le très sélect club des fortunes dépassant les 100 milliards de dollars.
Une économie mondiale en accélération
Selon les données relayées par Daily Hive, les milliardaires n’ont jamais été aussi riches, avec une fortune combinée dépassant les 20 000 milliards de dollars. L’intelligence artificielle, les technologies numériques et la financiarisation de l’économie ont accéléré la création de richesse à un rythme inédit.
Au sommet, Elon Musk domine largement, suivi de figures comme Jeff Bezos et Mark Zuckerberg.
Plutôt que d’y voir uniquement une dérive, il faut aussi y reconnaître une réalité : les économies qui gagnent aujourd’hui sont celles qui permettent à ces fortunes de se créer.
Changpeng Zhao : un parcours canadien… mondialisé
Le cas de Changpeng Zhao est particulièrement révélateur.
Arrivé au Canada dans les années 1980, formé en informatique à Université McGill, il incarne une trajectoire typique d’intégration réussie dans l’économie du savoir. En fondant Binance en 2017, il a bâti en quelques années la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde.
Sa fortune atteint aujourd’hui 112 milliards de dollars, en forte hausse malgré les controverses juridiques des dernières années — incluant une amende majeure et une peine de prison aux États-Unis, suivies d’une grâce présidentielle accordée par Donald Trump.
Mais au-delà des controverses, une réalité s’impose : cette richesse existe, et elle s’est construite en grande partie hors du Canada.
Le vrai enjeu : capter la richesse, pas la dénoncer
Le problème n’est pas qu’il y ait des milliardaires. Au contraire, leur existence est souvent le symptôme d’économies dynamiques, innovantes et capables de générer de la valeur à grande échelle.
La vraie question est ailleurs : pourquoi ces fortunes ne se construisent-elles pas davantage au Canada — et surtout, pourquoi ne s’y investissent-elles pas davantage?
Contrairement aux États-Unis, où les grandes fortunes réinvestissent massivement dans des infrastructures technologiques (centres de données, IA), des projets industriels, des écosystèmes d’innovation. Et le Canada demeure souvent en périphérie de ces dynamiques.
Le Canada : un pays de talents… mais pas de leviers
Le parcours de Zhao illustre une contradiction bien connue : le Canada forme des talents de haut niveau, mais les grandes entreprises et les grandes fortunes se développent ailleurs.
Ce n’est pas un hasard si des figures comme Elon Musk ou Jeff Bezos ont pu bâtir des empires industriels dans des environnements politiques et économiques favorables à la prise de risque.
À l’inverse, le Canada — et plus encore le Québec — se distingue par une lourdeur réglementaire, une incertitude énergétique et une méfiance culturelle envers la grande richesse
Résultat : même lorsqu’un milliardaire « canadien » émerge, son impact réel sur l’économie nationale demeure limité.
Et si le Québec jouait enfin offensif?
Plutôt que de regarder cette montée des fortunes avec suspicion, il serait plus productif d’en tirer des leçons concrètes.
Le Québec dispose d’atouts majeurs : une énergie abondante (hydroélectricité, potentiel gazier, pétrolier, etc.), un potentiel industriel sous-exploité, une main-d’œuvre qualifiée ainsi qu’une position stratégique entre l’Europe et l’Amérique
Mais pour transformer ces atouts en richesse réelle, encore faut-il attirer les capitaux, sécuriser les grands projets et permettre l’émergence d’entreprises de grande envergure
Autrement dit, créer un environnement où les futurs milliardaires peuvent non seulement émerger, mais aussi investir localement.
De symbole à opportunité
L’entrée de Changpeng Zhao dans le club des 100 milliards ne devrait pas être perçue comme une anomalie ou une provocation. C’est un signal que la richesse mondiale se redéfinit rapidement — et que les pays qui sauront s’y adapter en tireront des bénéfices considérables.
Pour le Canada et le Québec, l’enjeu n’est pas de freiner cette dynamique, mais de s’y inscrire pleinement. Car au fond, la question n’est pas de savoir s’il faut plus de milliardaires. La vraie question est : où cette richesse sera-t-elle créée — et surtout, où sera-t-elle investie?


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