NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Devant une trentaine d'adolescents à qui il a raconté son parcours universitaire, un étudiant en médecine leur fait une mise en situation : « Léo, alors qu’il riait avec ses amis à la cafétéria, s’étouffe avec un morceau de poulet. On fait quoi? » Les élèves du secondaire parlent fort et débattent avec enthousiasme pour trouver la bonne réponse.
Les adolescents participent tous à Immersion Campus, un camp d’été gratuit organisé par Cap campus et chapeauté par l’Université de Montréal. Son objectif est d’exposer les jeunes issus de milieux défavorisés aux possibilités de carrières qu'offrent les études supérieures.
Cette semaine, c’est la thématique de la santé qui est à l’honneur, et 124 élèves en tout participent aux activités. Aïcha Seghiri, responsable du programme Cap campus, précise que l’idée, c'est vraiment de permettre aux jeunes d'explorer les différentes perspectives qui s'offrent à eux.
Il peut y avoir des barrières, des mythes à propos des programmes qui ne sont pas accessibles, qui ne sont pas faits pour eux. On vient leur montrer qu’ils ont leur place à l'université.
Deux des animateurs de cette édition, Sayedul Islam et Leen El Bazal, sont des ex-participants des camps d’été de Cap campus. Je me rappelle avoir rencontré une dame qui avait fait deux doctorats. Ça m’avait marqué, dit Sayedul. Ça m’a inspiré à vouloir moi aussi aller à la maîtrise et au doctorat.
Le camp a été mon premier contact avec les professionnels de la santé au Québec, se souvient, de son côté, Leen. Je trouve qu’il manque de ressources pour bien expliquer la transition entre le secondaire et le cégep aux élèves, et c’est quelque chose que j’avais trouvé à Cap campus.

L'animatrice à Cap campus et étudiante en médecine Leen El Bazal répond aux questions de deux élèves de secondaire au sujet de son parcours d'études, dans un corridor de l'Université de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Le passage de Leen et de Sayedul à Cap campus a eu une incidence sur leur choix de carrière. Leen étudie en médecine et Sayedul en soins infirmiers, à l’Université de Montréal. Les deux souhaitent maintenant donner au suivant. Je me suis dit qu'il est important pour moi de redonner et d'aider les jeunes qui ont, comme moi, eu des parcours très différents, très variés, explique la première.
Dans cinq ou six ans, on aura peut-être des nouveaux médecins, infirmiers, optométristes, physiothérapeutes qui viennent d'Immersion Campus. Ça serait excellent. Et si j'ai une place là-dedans, je me sentirai très fier.
Pas que de la médecine
Tout au long de la semaine, les activités et les visites se succèdent, histoire d’exposer les élèves à l’éventail des débouchés professionnels dans le domaine de la santé. On ne se concentre pas seulement sur la médecine. On essaie d'inclure autant de professions pour que les jeunes puissent trouver leur vocation.
Les participants du groupe de Sayedul visitent tout d’abord le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. Les jeunes sont guidés de laboratoire en laboratoire par des étudiantes à la maîtrise ou au doctorat qui parlent de leurs travaux.

Des jeunes observent un embryon de souris au microscope, dans un laboratoire du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Vos recherches et tout, c'est pour arriver à quel but? demande candidement Lukenia, une participante. On fait ça pour trouver des nouveaux traitements pour les pathologies, qu'on pourra après appliquer chez l'humain en testant ces traitements-là sur les cellules et sur des souris, répond la postdoctorante Èva.
Vous avez déjà trouvé des nouveaux traitements? poursuit l’adolescente. Alors, j'ai pas développé un nouveau traitement, explique Èva, mais, pendant mon doctorat, j'ai démontré qu’on pouvait appliquer un traitement qui existait déjà pour soigner une autre pathologie que celle qui était initialement prévue pour ce traitement.
Les jeunes repartent, plusieurs visiblement impressionnés par ce qu’ils ont vu et entendu. Le lendemain, le groupe de Sayedul plonge dans la réalité des physiothérapeutes, des ergothérapeutes et aussi des patients de l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.
Les jeunes observent le fonctionnement d’un tapis roulant spécialisé pour la réadaptation. Ils découvrent aussi la rééducation avec une main mécanique et l’entraînement au fauteuil roulant sur un écran de réalité virtuelle.

La jeune Évelyne s'exerce à manœuvrer un fauteuil roulant à l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Puis, le groupe se rassemble pour écouter, dans le plus grand silence, le témoignage de M. Painchaud, amputé à la suite d’un accident de moto, il y a quatre décennies.
Vous avez vu des spécialistes, des scientifiques qui font de la recherche en santé. Moi, je suis le fruit de cette recherche-là, explique-t-il. Aujourd'hui, je peux me lever, je peux marcher, je peux faire ce que je veux. Tout est possible.

Des élèves de Cap campus écoutent le témoignage d'un amputé qui a reçu des soins précieux à l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Vous avez de bonnes questions! dit M. Painchaud, qui devient émotif à quelques reprises pendant l’échange avec les adolescents. À l’issue de la présentation, les questions fusent. Est-ce que ça vous a affecté, le regard des gens? demande un élève. Diriez-vous que la façon dont vous voyez le monde a changé après cet incident? s'enquiert une autre.
Aider aussi les jeunes nouveaux arrivants
Le parcours du jeune Kash, rencontré un autre jour en route vers le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, a, lui aussi, été inattendu. D’origine iranienne, il est arrivé à Montréal avec sa famille, il y a un an et demi. Il est en classe d’accueil, et sa progression en français est fulgurante.
Je me sens bien. Bien sûr qu'il y a les difficultés. Le premier jour, je comprends rien, mais, petit à petit, j'essaie d'apprendre, parce que je me dis que c'est ça, ma vie nouvelle.

Le jeune Kash, arrivé depuis peu au Canada, est bien décidé à suivre des études universitaires.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Kash est issu d’une famille d’universitaires, mais avait besoin d’un petit coup de pouce pour mieux visualiser les prochaines étapes de son parcours. Moi, j'aimerais faire le dentiste dans mon futur, être un docteur dentiste.
Il remercie Cap campus d’avoir été sur son chemin. Ils nous montrent le beau monde de l’université. Ils nous présentent les métiers, les professions. Ça aide beaucoup, affirme-t-il, avec un grand sourire.
Aïcha Seghiri explique que, depuis peu, Cap campus intervient dans les classes d’accueil où on trouve de jeunes nouveaux arrivants comme Kash. On leur explique comment fonctionne le système québécois pour qu'ils aient des occasions à la fois de parler français et afin qu’ils soient mieux outillés quand ils seront rendus à faire leur choix d’orientation.
Une question d’égalité des chances
Selon la professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l'Université de Montréal Marie-Odile Magnan, des initiatives comme celles de Cap campus ont le potentiel d’être un vecteur d'égalité des chances.
Elle explique que pour les jeunes dont les revenus des parents sont dans le quintile inférieur, la probabilité d'accès à l'université est de 30 %, selon des chiffres de 2023. Par contre, les enfants issus des familles les plus aisées ont 60 % de chances d'aller à l'université.
De plus, le niveau de scolarité des parents de l'élève est lié à la probabilité que celui-ci fréquente l'université. Les jeunes qui ont des parents très scolarisés et qui sont nés au Québec disposent de toutes les clés pour prendre leur décision d'orientation, tandis qu'un jeune en milieu défavorisé a plus de chances d'avoir moins d'information.
C'est une question de justice. En fait, si le jeune ne souhaite pas aller à l'université, pas de problème. L'injustice, c'est de ne pas avoir toutes les informations pour prendre une décision qui est bonne pour nous-mêmes, pour se développer, développer ses capacités et ses aspirations.

La professeure et chercheuse Marie-Odile Magnan.
Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll
Mme Magnan explique aussi que les changements importants qui seront apportés à la liste des écoles défavorisées, en raison de la mise à jour récente du calcul des indices de défavorisation, auront un effet catastrophique dans certains milieux. Ils causeront, entre autres, la baisse ou la disparition, dans certains cas, du financement de la mesure « Une école montréalaise pour tous ».
Cette mesure offre notamment de l’accompagnement aux enseignants en milieux défavorisés et est nécessaire pour, notamment, expliquer que l’école doit s'adapter à l’élève et non pas le contraire. Quand on perd ce financement-là, on perd toute cette formation qui est très importante pour déconstruire les préjugés.
Des défis financiers et une demande en hausse
C’est vendredi, c’est bruyant, c’est la fin du camp, avec le grand jeu-questionnaire et les présentations du projet de la semaine. Chacun des quatre groupes devait imaginer un hôpital.
Trois projets portent sur des préoccupations sociales d’accessibilité financière, dont celui du groupe de Leen, qui remporte les honneurs de la semaine. C’était vraiment touchant. C’est à travers les visites de la semaine qu’ils ont commencé à discuter du fait qu’ils voulaient créer un hôpital inclusif, qui va soigner les personnes à mobilité réduite, les immigrants, les personnes moins bien nanties, les itinérants, explique la jeune femme.
L’animateur Sayedul, lui, dresse aussi un bilan très positif de la semaine. Il trouve que les jeunes ont évolué au fil des derniers jours. Beaucoup d’entre eux sont intéressés par l’argent que certains métiers peuvent rapporter en santé. Mais ils ont appris que c’est surtout un domaine où il y a de l’entraide, où on cherche le bien-être des autres, que ça demande des années d’études, de recherches. Ça a ouvert les yeux des élèves.
En effet, la réflexion a fait son chemin pour certains, dont Naila. Au début, je voulais devenir dentiste à cause du salaire. Mais avec tout ce que j'ai vu, je reviens sur ma première idée de devenir médecin, déclare l’adolescente avec verve.
J’ai compris cette semaine que ce n'était pas l'argent qui faisait le bonheur. Tant que vous êtes à l'aise avec votre travail. Puis, j'ai vu ce qu'il fallait pour devenir médecin et je me suis dit que je suis capable de devenir pédiatre!
Et Sofia, qui hésitait entre la finance et la santé, semble maintenant pencher vers la deuxième option. J'ai décidé, je pense, d’aller en santé dans le futur. J’ai plein d'idées dans ma tête. Je pense que j'aimerais vraiment devenir pharmacienne, dit-elle, tout en reconnaissant avec le sourire qu’elle n’a que 15 ans et qu’elle a encore un peu de temps pour réfléchir à tout ça.
Visiblement, les rencontres, les conférences et les visites vont contribuer à guider bon nombre de ces jeunes. Aïcha Seghiri déplore toutefois ne pas pouvoir répondre aux besoins en constante croissance. C'est difficile de se projeter parce qu’on reste encore très précaires, faute de moyens. Les financements sont réduits, voire coupés, alors que la demande, elle, ne cesse d'augmenter.
Quand on voit les étoiles dans leurs yeux, quand j’entends les cris dans l'amphithéâtre, je me dis qu'un jour, quand ils réfléchiront à l'université, ils ne penseront pas à un bâtiment austère dans lequel ils n'osent pas rentrer. Cette mission-là nous porte, c'est pour les jeunes qu'on continue.


4 hour_ago
22



























.jpg)






French (CA)