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London célèbre cette année ses 200 ans d’histoire. Si la ville est aujourd’hui reconnue comme la première Ville créative de la musique de l’UNESCO au Canada, cet héritage s’est construit bien avant cette reconnaissance, grâce à des artistes, à des festivals, à des établissements d’enseignement et à une communauté musicale qui façonnent son identité depuis des générations.
Pour James Reaney, historien local et auteur de London’s Spirit of Music, cette réputation ne s’est pas bâtie du jour au lendemain. Selon lui, les racines musicales de London remontent à la fin du XIXe siècle, lorsque la ville comptait déjà des ensembles réputés, des salles de spectacle et une vie culturelle particulièrement dynamique.
La musique fait partie de l’ADN de London depuis très longtemps.
Aux origines d’une tradition musicale
Selon M. Reaney, plusieurs facteurs expliquent l’essor de la musique à London. Il estime que la prospérité économique de la ville à la fin du XIXe siècle a favorisé la création d’ensembles musicaux, tandis que des familles influentes et des mécènes ont contribué au développement d’une vie culturelle dynamique. Les harmonies, les chorales et les concerts occupent alors une place importante dans la vie culturelle londonienne.

Le chef d’orchestre Guy Lombardo est né à London, en Ontario, le 19 juin 1902. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Canadian Press
Cet environnement favorise l’émergence de musiciens qui font connaître London bien au-delà du sud-ouest de l’Ontario. Selon M. Reaney, le plus célèbre demeure Guy Lombardo, dont l’orchestre a vendu des centaines de millions de disques et fait rayonner le nom de London sur la scène internationale. Pour l’historien, ces pionniers ouvrent la voie à d’autres artistes qui contribueront, à leur tour, au rayonnement musical de la ville.
Guy Lombardo a été le premier grand ambassadeur musical de London.
Originaire de London, Guy Lombardo fonde avec ses frères les Royal Canadians dans les années 1920. L’orchestre connaît rapidement un succès international et devient célèbre pour son interprétation annuelle de Auld Lang Syne, diffusée, chaque année, la veille du Nouvel An. Pour M. Reaney, son succès marque un tournant dans l’histoire musicale de London en faisant connaître la ville à l’échelle internationale.
Une scène musicale en pleine effervescence
À partir des années 1970, la scène musicale londonienne se diversifie. De nouveaux genres s’imposent, des artistes émergents et plusieurs événements contribuent à enrichir la vie culturelle de la ville.
C’est à cette époque que naissent des rendez-vous, comme le Home County Music & Art Festival, fondé en 1974, puis Sunfest, qui élargissent l’offre musicale de London en mettant en valeur aussi bien les artistes locaux que des musiciens d’ailleurs.

Depuis plus de 30 ans, Sunfest fait découvrir à London des artistes de partout dans le monde grâce à une programmation axée sur les musiques du monde. (Photo d’archives)
Photo : Isinumite ng Sunfest
Cette évolution, Laurraine Sigouin en a été témoin. Arrivée à London en 1983 pour étudier à la faculté de musique de l’Université Western, la chanteuse franco-ontarienne dit avoir découvert une scène musicale dynamique, qu’elle a ensuite vue évoluer pendant plus de quatre décennies.
Selon Mme Sigouin, les occasions offertes aux artistes se sont multipliées grâce à l’émergence de nouveaux lieux de diffusion, de festivals et d’organismes voués à la musique. Elle cite notamment l’Aeolian Hall, le London Jazz Association ainsi que plusieurs salles et restaurants qui présentent aujourd’hui des spectacles de musique en direct. Elle estime que cette vitalité repose avant tout sur les personnes qui s’investissent pour faire vivre la scène musicale londonienne.
Cette évolution de la scène musicale mènera finalement à une reconnaissance internationale.
Une reconnaissance internationale
En 2021, London devient la première Ville créative de la musique de l’UNESCO au Canada. Elle demeure aujourd’hui la seule ville canadienne à porter ce titre. Pour Cory Crossman, directeur du London Music Office, cette reconnaissance est avant tout le reflet d’un héritage musical bâti depuis des générations, plutôt qu’un nouveau point de départ.

London fait partie du Réseau des villes créatives de l’UNESCO, qui regroupe aujourd’hui 408 villes réparties dans plus de 100 pays. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Selon M. Crossman, la candidature de London s’est démarquée par la richesse de son écosystème musical. La ville accueille chaque année près de 5000 spectacles de musique en direct, compte plus de 1000 étudiants en musique dans ses établissements postsecondaires et peut s’appuyer sur des festivals établis de longue date, comme Home County et Sunfest.
La désignation de Ville créative de la musique de l’UNESCO est bien plus qu’un titre. C’est un engagement à utiliser la musique pour renforcer la communauté, tant sur le plan social qu’économique.
Depuis l’obtention de cette désignation, M. Crossman affirme que la musique occupe une place plus importante dans les politiques municipales. Il cite notamment l’adoption de nouvelles politiques visant les événements musicaux, ainsi que la création du Paul Seed Fund, qui a investi plus de 610 000 $ dans la scène musicale locale afin de soutenir les artistes et les spectacles de musique en direct.
Selon M. Crossman, la désignation contribue également à accroître la visibilité internationale de London, favorise les collaborations et attire de nouveaux investissements. À ses yeux, elle place aussi la musique au cœur des stratégies de développement économique, touristique et culturel de la ville.
Place à la relève
Alors que London célèbre son bicentenaire, plusieurs acteurs de la scène musicale estiment que le travail est loin d’être terminé.
Pour M. Crossman, la prochaine étape consiste à créer davantage d’occasions pour la relève. Il souhaite notamment développer l’incubation musicale, soutenir les artistes émergents et favoriser des espaces où musiciens et autres créateurs pourront collaborer.

Les acteurs du milieu estiment que l’avenir de la scène musicale de London reposera autant sur le soutien aux artistes émergents que sur le développement de nouveaux lieux de création et de diffusion. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Mme Sigouin partage cette volonté de voir la scène musicale poursuivre sa croissance, mais elle aimerait aussi voir davantage de lieux spécialisés pour accueillir certains styles musicaux, comme le jazz ou l’opéra, ainsi que plus de mentorat pour accompagner les jeunes artistes.
J’aimerais voir encore plus de places pour jouer de la musique, plus de mentorat pour les jeunes musiciens et davantage d’appui de la Ville et des différents ordres de gouvernement.
Deux siècles après sa fondation, London continue ainsi d’écrire son histoire musicale. Si son héritage est aujourd’hui reconnu à l’échelle internationale, son avenir dépendra de sa capacité à continuer de soutenir les artistes, les organismes et les communautés qui font vivre la musique au quotidien.


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