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L'entreprise Uber est aujourd'hui valorisée à plus de 150 milliards de dollars (129 milliards d'euros). Elle pourrait cependant perdre des milliards en dommages et intérêts prochainement, puisqu'elle fait l'objet d'une plainte collective déposée par des chauffeurs de toute l'Europe auprès du tribunal d'Amsterdam cet été. Ces derniers affirment vivre dans la crainte constante d'un algorithme «dénué d'humanité», utilisé pour fixer les rémunérations et attribuer les courses.
Des chauffeurs du Royaume-Uni, des Pays-Bas et d'autres pays se sont joints à cette action collective, rapporte le quotidien anglais The Guardian. Ils dénoncent un système de rémunération basé sur l'intelligence artificielle (IA), qui enfreindrait les lois sur la protection des données et réduirait leurs revenus.
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L'algorithme d'Uber serait ainsi une véritable «boîte noire», alimentée par des informations sur les chauffeurs permettant de fixer un tarif personnalisé pour chaque course. Les plaignants craignent que celui-ci ne tire les prix vers le bas, jusqu'à la rémunération la plus basse qu'ils seraient prêts à accepter.
Des chauffeurs ont ainsi confié au Guardian que l'algorithme leur avait proposé la même course à des tarifs différents. Celui-ci offrait également une rémunération plus basse pour un retour après un long trajet, car il calculait que les chauffeurs ne voudraient pas rentrer les mains vides. «C'est comme si quelqu'un vous observait constamment et connaissait vos faiblesses: le patron, c'est l'algorithme, déplore Mohammed Shirwa, un chauffeur Uber de 41 ans à Rotterdam. En permanence, l'algorithme apprend à vous connaître et à savoir ce que vous êtes prêt à accepter. Du coup, les prix baissent, mais vous êtes coincé. Il sait que vous avez besoin de ce travail.»
Un véritable «manager virtuel»
De son côté, Kola Oba, chauffeur Uber à Londres, a vécu une expérience similaire. Alors qu'il faisait une pause à Tottenham avec un autre chauffeur, ils se sont vu tous les deux proposer la même course. Seule différence: 27£ pour le premier, et seulement 23£ pour Kola Oba. Les deux hommes soupçonnent que cela soit lié au fait que Kola Oba avait déjà accepté plusieurs courses à bas prix: l'intelligence artificielle aurait donc supposé qu'il accepterait un tarif inférieur. Selon la multinationale, de tels écarts seraient dus à d'autres fonctionnalités de son système, notamment le GPS, la tarification dynamique, les promotions et les tests.
Les modèles d'IA jouent un rôle croissant dans l'attribution du travail aux humains. Grâce à leur puissance grandissante, ils apprennent à connaître les besoins d'une entreprise et le comportement de son personnel, et pourraient ensuite agir comme des «managers virtuels». «C'est effrayant: ils ont toutes mes informations et ils les utilisent contre mon bien-être, explique Kola Oba. Cela détermine mon salaire, mes heures de travail, le temps que je passe avec ma famille et mon temps de repos.»
Cette action en justice historique est menée par Worker Info Exchange, une association dont le fondateur, James Farrar, avait déjà obtenu en 2021 une décision de la Cour suprême britannique reconnaissant aux chauffeurs Uber les droits des travailleurs. La plainte actuelle, qui concerne environ 241.000 chauffeurs dans l'Union européenne et au Royaume-Uni, allègue qu'Uber a utilisé illégalement la prise de décision automatisée, notamment le profilage, pour fixer dynamiquement les rémunérations et répartir le travail.
Les plaignants accusent également l'entreprise d'avoir utilisé illégalement les données des conducteurs pour entraîner ses modèles d'IA et réclament des dommages et intérêts pour les chauffeurs concernés, ainsi qu'une injonction à faire cesser ces pratiques, qu'ils considèrent comme une violation du RGPD. Les chauffeurs affirment qu'Uber pratique la tarification dynamique au Royaume-Uni depuis 2023, ce qui a réduit leurs revenus annuels d'environ 5.815 euros.





























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