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Dans un témoignage partagé sur son blog, un ancien développeur de Google raconte comment le nom de domaine qu’il pensait détenir pour le reste de sa vie lui a échappé, et comment il pourrait finir entre de mauvaises mains.
Neil Fraser est attaché à son nom de domaine, et pour cause.
Cet ancien ingénieur logiciel chez Google, aujourd’hui établi en Suisse, a construit l’immense majorité de sa vie numérique autour de neil.fraser.name : « Ce nom de domaine héberge mon site, mon adresse e‑mail et un serveur pour les API. Il est antérieur à YouTube, Facebook et aux smartphones », raconte‑t‑il dans un billet de blog publié le 3 septembre.
Sûr de sa méthode, il explique d’ailleurs avoir enregistré beverly.fraser.name quelques minutes après la naissance de sa fille, pour qu’elle puisse elle aussi profiter des avantages que lui octroie cette organisation.
Ou plutôt lui octroyait. Devenu viral sur Hacker News, son témoignage raconte comment Neil Fraser va tout perdre d’ici quelques mois.

Un choix, deux raisons
Avant d’entrer dans le cœur du problème, il faut d’abord comprendre ce qui a motivé Neil Fraser à choisir ce nom de domaine il y a près de vingt-cinq ans. L’ingénieur évoque deux raisons principales, la première est technique.
L’extension .name a été conçue, dès son lancement au début des années 2000, comme un espace de noms strictement personnel, organisé en trois niveaux. Au sommet, ce qu’on appelle le TLD (top‑level domain), ici .name ; en dessous, le nom de famille, fraser.name ; et enfin le troisième niveau associé au prénom neil.fraser.name.

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Contrairement à beaucoup d’autres extensions où le troisième niveau est souvent géré par des opérateurs intermédiaires plus ou moins fiables, .name a été pensé pour que chaque adresse de type xxx.yyy.name soit un enregistrement complet, visible dans la base WHOIS.
Pour un particulier, cela signifie une adresse stable, lisible, directement liée à son identité, utilisable donc comme site personnel, adresse mail longue durée, ou encore point d’ancrage pour des services techniques, tels que des objets connectés.
L’autre raison de son choix est plus personnelle. « (.name) était gérée par Global Name Registry, et non par Verisign. J’avais eu des démêlés avec Verisign et je ne leur faisais pas confiance », explique Neil Fraser.
À l’époque, Global Name Registry est l’opérateur créé spécifiquement pour gérer l’extension .name, avec pour vocation d’offrir un espace de noms dédié aux individus, distinct des grandes extensions commerciales.
Verisign, de son côté, est un acteur central de l’infrastructure internet, surtout connu pour exploiter les registres des extensions .com et .net, sous contrat avec l’ICANN, l’organisme qui coordonne, au niveau mondial, le système des noms de domaine et des adresses IP.

Dix‑huit ans plus tard, la décision qui change tout
En 2008, Verisign rachète Global Name Registry et met mécaniquement la main sur tous les .name.
Pendant plus de 18 ans, rien ne se passe mais voilà que le 15 avril 2026, Verisign dépose auprès de l’ICANN une demande officielle visant à supprimer purement et simplement tout le troisième niveau de la hiérarchie .name, en raison d’une baisse d’usage.
Le 28 juillet 2026, l’ICANN approuve la demande et le développeur apprend la nouvelle lorsque la société chez laquelle il a enregistré son domaine le contacte pour l’informer de sa prochaine résiliation, alors même qu’il l’avait payé jusqu’en 2040.
« En clair, je disparais d’Internet », se résigne le développeur, qui liste les conséquences immédiates sur sa vie numérique : perte de son site web, de son adresse mail personnelle, et de tous les services techniques adossés à ce nom de domaine.
Mais Neil Fraser dénonce aussi les risques annexes en matière de cybersécurité.
En effet, du fait de l’abandon du troisième niveau, il suppose que les noms de second niveau, comme fraser.name, seront considérés comme « vacants » et pourront être rouverts à l’enregistrement :
« Si quelqu’un d’autre que moi s’emparait de fraser.name, il pourrait recréer et contrôler neil.fraser.name. Il pourrait alors pirater des centaines de comptes liés à cette adresse, soumettre du code en mon nom, prendre le contrôle d’objets connectés. C’est impossible de recenser tous les comptes ouverts avec cette adresse mail au cours des vingt-cinq dernières années ».
La bascule devrait avoir lieu en février 2027 et Neil Fraser annonce prendre d’ici là un avocat. Outre lui et sa fille Beverly, ce sont environ 22 000 domaines qui sont concernés par ce chamboulement.
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