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Trois mères de famille partageant une « colère » commune devant les impacts négatifs de l’école à trois vitesses sur le parcours scolaire de nombreux jeunes Québécois unissent leur voix au sein d’un nouveau Collectif pour l’équité scolaire qui n’écarte pas d’avoir recours à la voie juridique pour forcer la province à revoir la structure de son système d’éducation.
« Je pense qu’on a vraiment en commun cette colère-là face au système », lance en entrevue Marie-Anne Marchand, qui administre ce nouveau collectif, présenté en exclusivité au Devoir, aux côtés de Raphaëlle Rinfret-Pilon et de Manuelle Croft.
Toutes trois ont des enfants fréquentant une école secondaire québécoise, où ceux-ci ont été témoins des impacts de « l’école à trois vitesses », qui a pour effet de concentrer les élèves doués — et issus de familles aisées — dans les écoles privées et au sein de programmes pédagogiques particuliers. Un modèle qui a pour effet d’augmenter la concentration d’élèves à besoins particuliers dans les classes régulières du réseau public.
« Le régulier, c’est devenu la dernière option. On est venu concentrer tous les problèmes au même endroit », soupire Mme Marchand, dont le collectif s’est donné comme objectif de documenter les effets des inégalités présentes dans le réseau scolaire pour ensuite forcer Québec à agir pour y mettre fin.
C’est ainsi que la première action prise par ces trois mères engagées sera de recueillir les témoignages d’enfants ayant été refusés d’accès à un programme pédagogique particulier et de leurs parents. Ces refus surviennent parfois parce que les résultats scolaires de l’élève ne sont pas suffisamment élevés, ou encore parce que celui-ci a manqué une rencontre d’information concernant ce programme.
« Ce qu’on voulait, c’est vraiment de porter toutes les histoires des enfants refusés, puis à quel point la ségrégation scolaire, ce n’est pas juste un concept. Ça fait vraiment des ravages », en séparant des élèves de leurs amis et en affectant la qualité de l’éducation offerte dans le secteur régulier, poursuit Marie-Anne Marchand. L’estime personnelle et le parcours de nombreux jeunes écopent ainsi de l’iniquité qu’engendre la structure de notre réseau scolaire, déplore-t-elle.
De possibles « actions judiciaires »
Ces témoignages, une fois compilés et anonymisés, pourraient contribuer à nourrir d’éventuelles actions judiciaires, glisse Manuelle Croft qui, en plus de faire partie de ce collectif, est également membre du conseil d’administration de l’organisme École ensemble.
Des démarches judiciaires — hypothétiques pour l’instant, insistent les mères de famille — qui pourraient par exemple venir questionner le financement public des écoles privées de même que les pratiques de promotion et de sollicitation visant notamment à inciter des élèves à s’inscrire à des programmes pédagogiques particuliers.
« On n’est pas rendu à l’étape d’engager des poursuites, mais c’est sûr que c’est quelque chose qu’on considère sérieusement » afin de « forcer les élus » à agir, ajoute Mme Croft.
Les deux femmes espèrent entre-temps que la création de leur collectif contribuera à ce que l’enjeu de la ségrégation scolaire taille sa place au sein de la prochaine campagne électorale provinciale, cet automne. Le tout dans l’espoir qu’un jour, le réseau de l’éducation favorise réellement « l’égalité des chances », conclut Marie-Anne Marchand.
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