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À quelques jours des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, certaines histoires se dessinent déjà, entre exploits attendus, surprises possibles et enjeux qui dépassent le sport. Tour d’horizon de trois récits qui devraient faire les manchettes.
Sept médailles record en ligne de mire pour le Canada en courte piste
Depuis un peu plus d’un an, les projecteurs sont braqués sur le patinage de vitesse sur courte piste canadien. Résultats, profondeur d’effectif et domination, tout pointe vers un cycle exceptionnel, à l’approche des Jeux olympiques de Milan-Cortina.
À la tête de ce groupe de dix patineurs, Marc Gagnon, entraîneur-chef de l’équipe nationale, sait exactement à quoi ressemble une équipe historique. En 2002, à Salt Lake City, il faisait partie du contingent canadien qui avait récolté six médailles, un sommet jamais égalé depuis en courte piste. Plus de vingt ans plus tard, le Canada vise désormais sept médailles, voire davantage, avec un objectif assumé de faire tomber ce record.
Les personnages principaux sont les suivants : côté masculin, William Dandjinou est devenu, à 24 ans, le visage de cette domination. Le Montréalais natif de Sherbrooke a écrasé le circuit de la Coupe du monde en 2025, mettant la main sur deux globes de cristal et s’imposant comme l’athlète le plus constant de la planète dans la discipline.

William Dandjinou
Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov
À domicile en novembre dernier, à Montréal, Dandjinou a livré une démonstration sans appel, cinq courses, cinq victoires, une performance rarissime à ce niveau.
À Milan-Cortina, il pourrait également viser un quintuplé de médailles olympiques : trois individuelles (500 m, 1000 m, 1500 m), auxquelles s’ajouteraient le relais masculin et le relais mixte. Peu d’athlètes arriveront en Italie avec un potentiel aussi élevé.
Côté féminin, Courtney Sarault incarne cette même montée en puissance. La patineuse néo-brunswickoise a franchi un cap majeur en 2025 en s’adjugeant le globe de cristal, récompensant la patineuse la plus complète du circuit.
Sarault, déjà olympienne en 2022, est devenue une menace sur toutes les distances. Dominante sur 1000 m, redoutable sur 1500 m et toujours présente sur 500 m, elle arrive à Milan comme une athlète capable de multiplier les podiums, autant individuellement qu’en relais. Elle arrive également avec une chance de signer cinq podiums.

La patineuse canadienne Courtney Sarault a décroché le prestigieux globe de cristal féminin en décembre dernier.
Photo : Instagram / Patinage de vitesse Canada
Et derrière ces deux locomotives, le Canada peut compter sur une profondeur inégalée. Steven Dubois, triple médaillé à Pékin en 2022, demeure une valeur sûre sur les distances de 500 m et 1000 m, tandis que Kim Boutin, double médaillée olympique sur 500 m, sera également à surveiller.
À cela s’ajoute Félix Roussel, sérieux prétendant au podium sur 1500 m, dans un programme canadien qui ne repose plus sur un ou deux noms, mais sur une véritable armada.
Collectivement, le Canada a bouclé 2025 en force en remportant le globe de cristal par équipe, remis à la nation la plus dominante sur l’ensemble de la saison.

Le Canada a raflé les trois globes de cristal sur le Circuit mondial de patinage de vitesse sur courte piste.
Photo : Instagram / Patinage de vitesse Canada
Avec des chances de médaille dans chacune des six épreuves individuelles, en plus des trois relais (3000 m féminin, 5000 m masculin et relais mixte), le Canada n’arrive pas à Milan-Cortina avec un simple objectif ambitieux, mais avec une occasion réelle de réécrire l’histoire.
Car le record de six médailles tient depuis plus de vingt ans. Mais dans quelques jours, à portée de lames, il pourrait bien tomber.
Une médaille olympique d'hiver pour le... Brésil?
Aux Jeux d’hiver, les nations du Sud ont longtemps été cantonnées à des rôles de figurantes. On se souvient notamment des apparitions du Ghana ou de la Jamaïque en bobsleigh, perçues davantage comme des moments ludiques ou symboliques que comme de réelles menaces pour le podium.
Mais à Milan-Cortina, un Brésilien pourrait bien bouleverser cette hiérarchie bien établie. Lucas Pinheiro Braathen, skieur alpin de classe mondiale, arrive en Italie avec une occasion historique à portée de skis.
S’il montait sur le podium, il deviendrait le premier athlète à offrir au Brésil une médaille olympique d’hiver, et possiblement l’un des premiers représentants d’un pays du Sud à s’imposer dans une discipline historiquement réservée aux puissances alpines européennes. Hormis l’Australie et la Nouvelle-Zélande, aucun pays du sud de l'équateur n’est jamais monté sur un podium aux Jeux olympiques d’hiver.
Un exploit d’autant plus symbolique pour un pays davantage associé aux plages de Copacabana qu’aux pentes enneigées, et dont les infrastructures de ski sont quasi inexistantes.

Lucas Pinheiro Braathen a offert au Brésil sa première victoire en Coupe du monde, en novembre dernier.
Photo : Getty Images / Christophe Pallot/Agence Zoom
Né en Norvège, ancien membre de l’équipe nationale norvégienne, Braathen a fait le choix audacieux, en 2023, de représenter le Brésil, le pays de sa mère, à la suite d’un différend avec la fédération norvégienne. Un changement de drapeau qui aurait pu passer pour un simple geste symbolique, s’il n’avait pas été accompagné d’un retour au sommet du ski alpin mondial.
Spécialiste des disciplines techniques, le slalomeur figure aujourd’hui parmi les meilleurs de la planète. Vainqueur du slalom de Levi, en Finlande, à l’automne dernier, et auteur de cinq podiums cette saison en slalom et en slalom géant, il occupe le 2e rang du classement général de la Coupe du monde, derrière seulement le Suisse Marco Odermatt, figure dominante du circuit. Braathen trône également au sommet du classement mondial en slalom.
À Milan-Cortina, une médaille de Braathen dépasserait largement le cadre sportif. Elle fait du ski alpin le théâtre d’une histoire que l’on aurait cru impossible il y a quelques années.
Des Jeux sous la menace d'un redoux
Au-delà des performances et des médailles, les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina pourraient être marqués par un enjeu qui dépasse largement le cadre sportif, soit la capacité même des sports d’hiver à s’adapter à un climat en mutation.
Disputés sur plusieurs sites à moyenne altitude, ces Jeux reposent en grande partie sur la neige artificielle, devenue indispensable pour garantir le déroulement des épreuves. Une réalité désormais assumée par les organisateurs, mais qui soulève des questions d’équité, de sécurité et de durabilité.

Le logo des Jeux olympiques et paralympiques Milan-Cortina avec, en arrière-plan, la piste de ski alpin féminin Olympia delle Tofane, à Cortina d'Ampezzo, le 12 décembre 2025.
Photo : Getty Images / STEFANO RELLANDINI / AFP
Bien que cet enjeu puisse sembler familier après les Jeux de Pékin en 2022, disputés à 100 % sur de la neige artificielle, la situation de Milan-Cortina pose une question différente, et peut-être plus fondamentale.
Car si même les Alpes, supposément perçues comme l’eldorado naturel des sports d’hiver, peinent désormais à accueillir des Jeux dans des conditions pleinement hivernales en plein mois de février, qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de cet événement mythique, et pour les régions appelées à l’héberger dans les décennies à venir?
La neige artificielle, plus compacte et plus dure que la neige naturelle, offre également une glisse plus rapide et uniforme, tout en réduisant la marge d’erreur et en accentuant les écarts techniques. Ces conditions, bien que pleinement réglementaires, modifient le contexte dans lequel s’inscrivent les performances et leur comparaison historique.
Selon Climate Central, un organisme indépendant spécialisé dans l’analyse des impacts du réchauffement climatique, les Jeux de 2026 nécessiteront plus de trois millions de mètres cubes de neige artificielle, malgré leur tenue au cœur des Alpes italiennes.

Les canons à neige sont devenus une partie essentielle des Jeux olympiques d'hiver, au cours des dernières années.
Photo : Getty Images / STEFANO RELLANDINI
Depuis que Cortina d’Ampezzo a accueilli les Jeux pour la première fois en 1956, les températures moyennes de février dans la région ont augmenté d’environ 3,6 degrés Celsius, réduisant considérablement les périodes propices à la neige naturelle.
À Milan-Cortina, chaque course pourrait ainsi porter une double lecture.
Celle du résultat sportif, bien sûr, mais aussi celle d’un test grandeur nature pour l’avenir des Jeux d’hiver. Car au-delà de 2026, une question plane désormais sur l’olympisme hivernal : jusqu’où pourra-t-on encore repousser les limites de l’hiver?


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