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Tout le monde croit que le plus haut barrage du monde est en béton : au Tadjikistan, celui de 567 m est tombé d’une montagne en 1911

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À retenir

  • Le barrage Usoi mesure entre 550 et 567 m de haut selon les mesures.
  • Il a été formé par un éboulement déclenché par un séisme le 18 février 1911.
  • Le lac Sarez retenu derrière lui atteint une surface à 3 263 m d’altitude.
  • Le séisme de décembre 2015 n’a pas provoqué de rupture du barrage.

Sommaire

  1. Un barrage sans chantier, sans béton, sans ingénieur
  2. Le lac Sarez, 17 km³ perchés à 3 263 m
  3. 7 décembre 2015 : le test grandeur nature
  4. Le vrai danger se cache dans les versants

Un barrage sans chantier, sans béton, sans ingénieur

Le plus haut barrage du monde n’a jamais connu de chantier. Il culmine jusqu’à 567 m, soit environ 1,7 fois la hauteur de la tour Eiffel, et il est fait de roches tombées d’une montagne du Pamir, au Tadjikistan. Son nom : Usoi, celui d’un village qui n’existe plus.

Tout a basculé le 18 février 1911.

Un séisme de magnitude 7,3 à 7,4 secoue le Pamir. Un pan de montagne d’environ 2 km³ se détache, soit un cube de roche d’un peu plus de 1,2 km d’arête. Il ensevelit le village d’Usoi et barre la rivière Mourghab. Le bilan total avoisine 100 morts.

Le barrage ainsi formé atteint entre 550 et 567 m de haut selon les mesures, soit de 500 à 700 m au-dessus du fond de la vallée. C’est le plus haut du monde, qu’il soit naturel ou construit.

Dans l’imaginaire collectif, le barrage-record reste un mur de béton incurvé, des turbines, des ingénieurs en casque. Usoi contredit chaque élément du tableau. Aucun plan, aucun coulage, aucune inauguration : sa date d’ouverture est celle d’une secousse sismique.

La fourchette de hauteur n’a rien d’une négligence. Un barrage d’éboulis n’a ni parement ni crête tracée à la règle, et les mesures varient selon l’endroit où l’on pose le mètre. Là où un ouvrage de béton répond à des calculs, celui-ci a pris sa forme en un séisme, sous la seule loi de la gravité.

Le lac Sarez, 17 km³ perchés à 3 263 m

Derrière la masse de roches, la vallée se remplit. Le lac Sarez s’étire sur environ 60 km et retient environ 16 à 17 km³ d’eau, soit près de 20 % du volume du Léman. Sa surface se trouve à 3 263 m d’altitude, à environ 68 % de la hauteur du Mont Blanc. Il atteint son niveau actuel en 1920, 9 ans après le séisme.

L’eau ne passe pas par-dessus le barrage : elle s’infiltre à sa base.

Le niveau monte pourtant d’environ 20 cm par an, soit 2 m en 10 ans et près de 20 m en 100 ans. Le lac reçoit donc plus d’eau qu’il n’en laisse filtrer à travers la roche. Or un plan d’eau qui s’élève pèse davantage sur ce qui le retient, ce qui explique l’attention portée à l’ouvrage.

7 décembre 2015 : le test grandeur nature

Le 7 décembre 2015, à 11h50 heure locale, un séisme de Mw 7,2 frappe sous le lac Sarez. La secousse est du même ordre que celle de 1911 : 7,2 contre 7,3 à 7,4. Elle fait 2 morts et plus de 14 blessés. Au moins 237 maisons sont détruites et 598 endommagées.

Le gouvernement fait survoler le barrage et les rives du lac. Le 13 décembre, 6 jours après la secousse, aucun effondrement majeur des rives dans le lac n’est constaté, et le barrage a tenu.

Mais un glissement pouvant atteindre 20 millions de m³ a été réactivé sur la rive gauche. C’est environ 1 % du volume de l’éboulement de 1911. Une étude de la Banque mondiale de 2004 jugeait déjà le barrage stable, 11 ans avant cette épreuve, et la secousse de 2015 n’a pas démenti ce diagnostic.

Le vrai danger se cache dans les versants

Le risque principal ne vient pas de la rupture du barrage lui-même. Il tient à un glissement de terrain qui tomberait dans le lac et provoquerait une vague passant par-dessus l’ouvrage.

Le scénario n’exige donc aucune cassure. Il suffit qu’une masse de versant plonge dans l’eau : comme un galet jeté dans une bassine, le volume déplacé doit aller quelque part, ici vers la crête. Les 20 millions de m³ de la rive gauche représentent moins de 0,2 % du volume du lac, mais c’est la vitesse et le lieu de la chute, plus que le volume seul, qui décideraient de la hauteur d’une éventuelle vague.

Environ 5,5 millions de personnes vivent en aval, d’après les estimations.

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Sources : usgs.gov | en.wikipedia.org

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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