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Tous unis à Magog pour sauver le martinet ramoneur

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Les martinets ramoneurs, qui ont vu 90 % de leur population s’éteindre depuis les années 1970, pétillent de joie à Magog. La vieille cheminée de la rue Saint-Luc qui leur servait de dortoir depuis des décennies a été remplacée par une toute nouvelle, érigée à quelques mètres de leur ancienne demeure.

Au crépuscule, durant à peu près 25 minutes, on va voir entrer près d'une centaine de martinets. Une semaine, j'en ai compté 129, s’émerveille l'ornithologue amateur Bernard Jolicoeur.

Une espèce protégée

L’histoire débute en 2023 avec le projet de démolir un ancien bâtiment industriel décrépit dans le quartier des Tisserands. Des promoteurs envisagent d’y construire un immeuble à logements, mais, surprise, avant même de songer à démolir l’édifice datant du début du 20e siècle, ils doivent obligatoirement s’assurer d’aménager une nouvelle résidence pour les martinets ramoneurs.

Un vieux bâtiment.

Le vieux bâtiment industriel en décrépitude et sa cheminée seront éventuellement démolis.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Pourquoi? Parce que cette espèce est protégée par la Loi sur les oiseaux migrateurs, mais aussi par la Loi sur les espèces en péril. La perte des habitats et des milieux humides ainsi que la diminution du nombre d'insectes attribuable à l’usage des pesticides ont contribué à son déclin.

En Estrie, 200 cheminées sont utilisées par les martinets ramoneurs comme sites de nidification, mais seule une dizaine d'entre elles, comme celle de Magog, servent de lieux-dortoirs.

Il devenait impératif pour les promoteurs, exposés à des amendes très sévères, mais aussi pour la Ville de Magog, de penser à une mesure compensatoire pour préserver l’un des rares lieux-dortoirs de la région. En 2025, seuls neuf sites du genre ont été répertoriés.

Tout le monde s'est concerté pour protéger l'espèce. L'option qui a été rapidement mise en avant, c'était de refaire une cheminée autoportante dans l'Espace Saint-Luc, explique Marilyne Guillemette, agente de projets en environnement à la Ville de Magog.

Une femme pose devant une cheminée.

La cheminée fait plus de 10 mètres de hauteur.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

L'initiative est ambitieuse pour des néophytes en la matière. C’est pourquoi le groupe fait appel à la coordonnatrice en conservation au Zoo de Granby, Chelsey Paquette, pour le guider dans la conception du nouvel habitat.

L'une de ses spécialités est justement le martinet ramoneur, et elle a travaillé en 2019 à Granby à l’érection d’une cheminée de nidification qui s’est avérée un succès. On collecte beaucoup de données sur l’espèce et son habitat, on a une grande expertise, raconte la biologiste.

En ce moment, on conseille plusieurs municipalités partout au Québec pour la construction de ce genre de cheminées.

Mais pourquoi investir 120 000 dollars de fonds publics et privés en parts égales pour une œuvre de maçonnerie servant de dortoir et de nichoir à quelques centaines de créatures ailées? C’est tellement important, insiste Chelsey Paquette. Dès qu'on enlève un individu de l'écosystème, il y a des impacts.

Une femme devant une cheminée.

Chelsey Paquette, biologiste et coordonnatrice en conservation au Zoo de Granby

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

L’un de ces impacts est la diminution du nombre des insectes que le martinet avale en plein vol, sans jamais se poser, durant toute la journée. À la nuit tombée, l'oiseau plonge dans la cheminée pour y passer la nuit. C’est un lieu-dortoir qu’il a adopté avec le temps à mesure que les chicots des forêts urbaines se raréfiaient.

La cheminée est un lieu de rassemblement essentiel à la migration de l'espèce, qui passe les hivers en Amérique du Sud et en Amérique centrale.

Le soin du détail

La conception de la cheminée a fait l’objet de toutes les attentions. Chelsey Paquette s’est inspirée de plans de cheminées-dortoirs conçus ailleurs, par exemple au Manitoba, afin de rassembler les bonnes façons de faire.

Une cheminée.

La nouvelle cheminée de l'Espace Saint-Luc

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Je savais déjà que, pour que ça fonctionne, il fallait qu’elle soit haute et large, explique-t-elle. Cela offre une capacité thermique beaucoup plus élevée, plus de stabilité et moins d’humidité. Il y a de l'espace pour plus d'oiseaux.

Le fait qu’une partie de la cheminée soit enfouie dans le sol permet aussi de chauffer l’espace de manière naturelle, ajoute la biologiste.

On l'a bâtie pour être capables de mettre des caméras, de faire de la recherche scientifique aussi à l'intérieur. On a donc prévu l'électricité et une porte d'accès pour nous permettre d'entrer.

Pour l’un des promoteurs, Constructions Morin, c’était un peu comme un saut dans le vide dans la mesure où le succès de l’opération était loin d’être garanti, se souvient l’associée et directrice développement des affaires Jessie Kendall. Je nous revois en train de regarder les plans et d'expliquer ça à nos équipes. C'était quand même particulier.

Je pense que c'est un beau message qu'on lance aux autres entrepreneurs. On a aussi une responsabilité dans la préservation de la biodiversité.

Une porte dans une cheminée.

Une porte a été prévue pour permettre aux spécialistes d'avoir accès à la structure.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

L’une des particularités du projet était que les maçons devaient texturer les murs intérieurs de la structure composée de briques et de blocs de béton afin de permettre aux oiseaux de s’y accrocher. Même le design a été pensé pour rappeler le passé industriel de Magog, mentionne Marilyne Guillemette.

Dans sa forme, on est allé chercher un design qui crée un lien historique, une continuité avec le quartier à vocation industrielle. On s'est inspiré de la cheminée d'origine, évidemment, mais aussi des premières cheminées de la Dominion Textile. On peut voir qu'il y a une légère forme d'obélisque à la base, fait-elle remarquer.

Une étape décisive

Au-delà des considérations esthétiques et architecturales, rien ne garantissait que les martinets soient tentés de quitter l’ancienne cheminée pour la nouvelle. Une fois la cheminée construite, à la fin de 2024, l’année 2025 a servi de période de test.

Deux cheminées.

L'ancienne cheminée, à gauche, et la nouvelle, à droite

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Avant que l'on condamne définitivement l’ancienne, les deux structures ont coexisté côte à côte, permettant aux martinets de prendre leurs aises. Chelsey Paquette raconte qu’on a même fait jouer des chants de martinets venant de la nouvelle cheminée pour les attirer au cours de la période de transition.

En 2025, les oiseaux ont plus utilisé la cheminée d'origine, mais ils voyaient l'autre et ils volaient vraiment proche. Ils y sont entrés quelques fois; ça leur a permis de découvrir ce site-là sans être forcés de l'utiliser.

Le printemps 2026 a constitué la phase décisive, puisque l’accès à la vieille structure a été condamné.

On a beau vouloir tout prévoir, on ne savait pas si le martinet serait séduit par son nouveau domicile au point de l’adopter de façon définitive. Les dernières semaines ont permis de confirmer que c’est mission accomplie.

Des martinets ramoneurs plongent dans une cheminée.

Les martinets ramoneurs ont adopté la nouvelle cheminée construite pour eux à Magog.

Photo : photo fournie par Chelsey Paqeuette

Pour vrai, c'est incroyable, s’extasie la spécialiste du martinet ramoneur Chelsey Paquette. C'est la première fois qu’une cheminée de cette dimension est construite au Québec pour remplacer un site de dortoir connu, un site hautement utilisé par l'espèce.

Assurément, la structure haute de plus de 10 mètres aménagée par les promoteurs dans l’Espace Saint-Luc servira de mesure étalon pour inspirer la construction d'autres structures du genre ailleurs dans la province, puisque celle de Magog semble fonctionner à merveille.

Honnêtement, je pense que ce n'est pas nécessairement les projets les plus simples, mais, quand on réunit tous les intervenants autour de la table, il y a vraiment une collaboration qui s'installe, se réjouit Jessie Kendall.

La cheminée des martinets à l'Espace Saint-Luc.

L'Espace Saint-Luc, un lieu de fraîcheur aménagé par la Ville de Magog, sera l'hôte d'une activité éducative sur le martinet ramoneur en collaboration avec le Zoo de Granby, le dimanche 30 août.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

En fin de compte, les martinets ramoneurs sont les grands gagnants de cette collaboration fructueuse, au grand bonheur de Marilyne Guillemette.

On est vraiment contents. C'est une aventure réussie du début à la fin. On vient de franchir la dernière étape, ce qui fait du projet un succès.

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