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Tour: Paul Seixas au pied de la haute montagne

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Tour: Paul Seixas au pied de la haute montagne

La France a cédé à la « Seixas mania »

 Paul Seixas au pied de la haute montagne Paul Seixas lors de la 14e étape du tour de France entre Mulhouse et Le Markstein, 18 juillet, 2026 © Shutterstock/SIPA

La France le tient enfin, son champion cycliste bleu-blanc-rouge ! Il est le plus jeune coureur engagé sur le Tour de France, depuis 1937. Il n’aura que 20 ans le 24 septembre prochain. Et c’est même sa première course de trois semaines…


Au classement, Paul Seixas est 4ᵉ à 7’11’’ de l’impérial et invincible Tadej Pogačar, 27 ans, dit « l’ogre slovène ». Surtout, il est à la lutte avec l’autre prodige, l’étonnant Mexicain Isaac del Toro, 22 ans, pour le maillot blanc attribué au meilleur des moins de 25 ans.

Ce dernier, dont c’est aussi la première participation au Tour, le devance de 20’’. Mais mardi, sur l’exigeant chrono de 26,1 km entre Évian et Thonon-les-Bains, c’est lui, Paul Seixas, qui a pris l’avantage sur le Sud-Américain de 5’’ — en somme, un quasi-match nul. En outre, la troisième marche du podium se jouera probablement entre eux. Leur rival, l’Allemand Florian Lipowitz, 25 ans et 5ᵉ au général, a été contraint à l’abandon sur chute (fracture de la clavicule) à 2 km de l’arrivée de ce contre-la-montre. À la veille du jour de repos, lundi, les trois se tenaient dans un mouchoir de poche de 50’’.

La victoire ne fait plus de doute

Dès lors, c’est dans leur duel que réside désormais l’intérêt de cette 113ᵉ édition de la Grande Boucle, la victoire de Pogačar ne faisant plus de doute après l’abandon sur chute (également une fracture de la clavicule) dimanche, lors de la 15ᵉ étape, de son unique rival, le Danois Jonas Vingegaard, 29 ans, double maillot jaune à Paris et vainqueur du dernier Tour d’Italie (le Giro). Il tentait le doublé sur ces deux plus grandes courses cyclistes du monde. Le Tour d’Espagne (la Vuelta), que Vingegaard a remportée et qui manque au riche palmarès de Pogačar, en est la troisième. Elle se dispute fin août-début septembre et fait souvent office de session de rattrapage pour ceux qui échouent à s’imposer sur les deux autres.

À l’évidence, à l’entame de la troisième semaine, Paul Seixas a confirmé les promesses qu’il a fait naître en ce début de saison, sa première parmi l’élite World Tour. Du jamais-vu pour un pro débutant : il s’est imposé à sept reprises. Il y a un an encore, il pédalait chez les juniors. Il a survolé le très dur Tour du Pays basque en remportant trois victoires d’étape sur cinq. Il n’avait pourtant pas des figurants face à lui ! Il a également terminé premier de la Flèche Wallonne et de la Faun-Ardèche Classic, qui inaugure la saison en France.

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Paradoxalement, ce sont deux places de second — aux Strade Bianche, une course qui emprunte des routes non asphaltées en Italie, et à Liège-Bastogne-Liège, la classique belge, l’un des cinq grands « monuments » du cyclisme — qui l’ont fait connaître du grand public. Celui qui l’a devancé n’était autre que Pogačar, lequel a gagné toutes les épreuves auxquelles il s’est aligné cette année, sauf Paris-Roubaix, « l’enfer du Nord ».

Mais c’est son exploit sur la classique belge qui a déclenché la « Seixas mania » qui se manifeste tout au long du parcours du Tour. Il avait été le seul à tenir tête à Pogačar quand celui-ci a placé, dans la côte de La Redoute (un mur de 1,6 km à 9,4 % où se joue habituellement la course, distante d’une quarantaine de bornes de l’arrivée), son irrésistible démarrage, pareil à celui d’une moto de 125 cm³ quand son pilote met soudain les gaz. Jusqu’au sommet, Seixas, le néophyte de l’épreuve, ne le lâcha pas d’un boyau. Ce n’est que quelques kilomètres plus loin qu’il le laissa partir pour terminer deuxième, en résistant — rien de moins — à un retour de Remco Evenepoel, champion olympique du contre-la-montre.

Successeur de Bernard Hinault

À partir de ce moment, beaucoup ont vu en lui le très possible successeur de Bernard Hinault, dernier Français à monter sur la plus haute marche du podium de la Grande Boucle en 1985, soit il y a 41 ans… une éternité pour les inconditionnels de la Petite Reine hexagonaux. On en saura plus sur ses potentialités à partir de jeudi. Il sera au pied de la haute montagne, où tout se joue. Trois grandes étapes alpestres cruciales l’attendent, avec une double ascension de l’Alpe d’Huez et ses mythiques 21 virages — une route dans la roche, sans abri, vendredi dans un sens, et samedi (à la veille seulement de l’arrivée sur les Champs-Élysées) dans l’autre.

Osera-t-il défier Pogačar ? Prendra-t-il le dessus sur Del Toro, qui a déjà l’expérience d’un Grand Tour ? Ce dernier a failli gagner le Giro l’an dernier. Il a terminé deuxième, dépossédé du maillot rose lors de l’avant-dernière étape de montagne par le Britannique Simon Yates. Le Mexicain aura très certainement comme équipier de luxe le propre maillot jaune, les deux courant sous les couleurs de l’équipe UAE Team Emirates. Comme il l’a déjà fait à deux reprises en lui offrant la victoire lors de la seconde étape Tarragone-Barcelone, puis dimanche en aidant Del Toro à consolider son maillot blanc.

Cette troisième semaine alpestre, où tout pouvait encore être remis en cause sans la chute de Vingegaard, est de fait amputée de la grande explication entre les deux vainqueurs des six dernières éditions. Pogačar, disposant d’une confortable avance de 4’32’’ sur Evenepoel (qui sait, lui, qu’il ne peut rivaliser avec le Slovène dès que ça grimpe raide), peut terminer ce Tour confortablement installé dans un fauteuil, sans faire étalage de sa supériorité. Il pourrait se montrer magnanime envers la jeune pousse mexicaine qu’il considère comme son dauphin, réconfortant ainsi son image de « gendre parfait ».

De son côté, Seixas a couru avec sagesse, à son rythme, faisant preuve d’une maturité précoce. Jusqu’à maintenant, il a démontré qu’il savait garder la tête froide. Il est donc peu probable qu’il se lance dans une aventure qui pourrait s’avérer suicidaire.

« Il faut rester humble et calme, a déclaré au Figaro le directeur de son équipe Decathlon CMA CGM, Mathieu Charpentier. On verra quand on pourra effectivement viser la victoire. Restera-t-on sur 2030 (NDLR : l’état-major de l’équipe avait initialement programmé une première victoire de Seixas à cette date-là, à savoir pour sa 24ᵉ année) ? Je pense que non. On a tous de l’ambition, et Paul a cette ambition en lui. (…) L’année prochaine, effectivement, il aura l’ambition de faire mieux que cette année. » Voilà qui est dit sans circonlocution.

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