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De son propre aveu, Benoit Pinette, mieux connu sous le nom d’artiste Tire le coyote, n’est pas un grand consommateur de musique classique. Autant sur scène que comme spectateur, il a tendance à privilégier les spectacles intimes dans de petites salles aux formules à grand déploiement. C’est dire le vertige qui l’habite alors qu’il s’apprête à monter sur la scène de la Maison symphonique de Montréal avec une quarantaine de musiciens pour livrer le premier de deux spectacles orchestraux. « Je me sens comme un enfant qui découvre quelque chose d’extraordinaire qui lui était étranger jusque-là », raconte-t-il, émerveillé.
Le musicien peut remercier le chef de l’Orchestre symphonique de Drummondville, Julien Proulx, pour cette collaboration qui a démarré en 2024 avec la tenue d’un premier concert dans le Centre-du-Québec. L’expérience a été si galvanisante qu’en sortant de scène, les artistes se sont dit : « Il faut absolument refaire ça. » Parole tenue : la première représentation de Tire le coyote symphonique aura lieu ce vendredi à Montréal. La deuxième suivra le 4 mars au Grand Théâtre de Québec.
L’expérience de jumeler son talent d’auteur, compositeur et interprète à celui d’un orchestre symphonique ainsi qu’à celui de la chanteuse lyrique Elisabeth St-Gelais — qui l’accompagnera sur quelques titres — impressionne et stimule au plus haut point Benoit Pinette. « Quand je découvre quelque chose, j’ai tendance à vérifier si je serais capable de le faire par moi-même, explique-t-il. Dans ce contexte, c’est sûr que non. Je ne pourrais pas plonger dans des arrangements symphoniques, ce sont des connaissances trop éloignées de mes capacités. Ça fait en sorte que je reste un peu spectateur de la chose, même si ce sont mes chansons. »
Joint à quelques jours du concert, le musicien n’avait pas amorcé les répétitions. Mais déjà, la simple écoute des maquettes des arrangements d’une quinzaine de ses chansons conçus par le réputé arrangeur Gabriel Desjardins lui donnait « le motton ». « Il y a des passages musicaux qui deviennent plus grands que nature, exprime-t-il. Sur mes albums, c’est très acoustique — avec basse, drum, guitare électrique et parfois piano — et là, ça devient tellement grandiose. »
À travers sa voix
Tire le coyote est reconnu et célébré pour sa plume sensible et poétique ainsi que pour son interprétation vocale aux intonations tremblantes, qui confère une rare intensité à sa musique. Bien que la présence d’un orchestre symphonique amplifie l’instrumentation de ses chansons, sa voix et ses mots resteront à l’avant-plan. D’ailleurs, pour la première fois de sa carrière, le musicien délaissera sa guitare sur « au moins » la moitié des chansons pour se concentrer pleinement sur son travail d’interprète. Là encore, il y voit l’occasion d’explorer une facette méconnue de son métier. « C’est encore flou de savoir ce que je vais faire de mes mains pendant que je chante, mais je ne pense pas faire de grands “sparages” comme Céline », dit-il en riant.
À l’instar de Dumas, qui a remisé son instrument de prédilection pour sa tournée Piano voix diapos, Benoit Pinette trouve l’expérience vulnérabilisante. « Avant, je n’étais pas conscient d’à quel point la guitare me permet de cacher quelque chose ou, du moins, à quel point c’est un outil important dans ma manière d’être sur scène. Lors du spectacle [avec l’Orchestre symphonique de Drummondville] en 2024, de ne pas l’avoir sur moi me stressait quasiment plus que de chanter. Mais je m’en suis sorti, ça a bien été ! Ça fait en sorte que toute mon énergie et ma sensibilité ne passent qu’à travers ma voix. C’est un état d’esprit très différent. »
Ayant sorti sept albums originaux depuis 2011, Tire le coyote compte un vaste catalogue de chansons dans lequel il a pu puiser pour monter ce concert. Ses plus grands succès, dont Le ciel est backorder et Calfeutrer les failles — « des chansons que je fais à chaque spectacle » —, seront de la partie, mais aussi quelques perles rares rarement livrées sur scène. « À chaque tournée, je laisse des chansons de côté, dit-il. Pas que je les renie, mais vient un moment où en pratiquant avec le band, la sauce ne prend pas. Les arrangements symphoniques leur permettent de trouver leur place. »
Il cite en exemple Comment te dire, de l’album Désherbage, dont le propos résonne particulièrement dans sa version orchestrale. Justement, comment redécouvre-t-il ses propres chansons dans cette formule ? « J’ai de la misère à l’expliquer techniquement, mais d’un point de vue émotif, je suis renversé par la capacité d’en faire beaucoup à partir d’une matière première qui est tout de même simple, comme de prendre une chanson à quatre ou cinq accords en sol, puis d’en élargir le spectre à travers tous les instruments, de réfléchir à quel moment les cuivres arrivent, à quel moment les cordes embarquent… C’est fascinant. » Il emploie le même adjectif pour décrire l’expérience d’être « soutenu et propulsé par autant de musiciens ». De quoi donner une ampleur inégalée à son répertoire folk qui puise du côté du country, du blues et de l’americana.


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