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À l’Assemblée nationale, Thomas Portes ne s’exprime pas, il récite une litanie idéologique. Une litanie répétée, martelée, vidée de tout contact avec le réel, mais chargée d’un objectif clair : rendre l’ordre illégitime, rendre l’autorité honteuse, rendre la contrainte impossible. Ce n’est pas un débat, ce n’est pas une controverse, ce n’est même pas une critique structurée. C’est une attaque frontale contre ce qui tient encore, contre ceux qui empêchent la désagrégation complète, contre la police en tant que dernier rempart visible.
Il faut comprendre la logique profonde de ce discours. Quand Portes parle, il ne s’adresse pas aux policiers, ni même aux citoyens. Il s’adresse à son camp. Il valide une grille de lecture où la violence n’existe jamais là où elle est commise, mais toujours là où elle est contenue. Dans ce monde inversé, la brutalité réelle disparaît derrière des concepts, tandis que l’usage de la force légitime devient le mal absolu. Peu importe les faits, peu importe les chiffres, peu importe l’explosion des agressions, des vols violents, des attaques contre les institutions. Le réel est un obstacle à l’idéologie, donc il est nié.
Chaque prise de parole repose sur le même schéma. D’abord l’effacement des causes. On ne parle jamais de la montée de la criminalité, des zones abandonnées, des quartiers verrouillés par la peur. Ensuite la personnalisation de la faute. Le policier devient l’incarnation du mal, le visage commode sur lequel on projette toute la colère idéologique. Enfin la moralisation. On ne raisonne plus en termes d’ordre ou de sécurité, mais de symboles, d’émotions, de ressentis. La politique devient un tribunal moral permanent.
Quand Portes exige des poursuites en cascade contre les forces de l’ordre, il ne réclame pas l’application du droit, il réclame la paralysie. Il ne s’agit pas de corriger des dérives ponctuelles, mais d’installer une pression judiciaire constante, un climat de peur professionnelle, une insécurité juridique totale. Le message envoyé est limpide : chaque geste peut vous coûter votre carrière, chaque intervention peut devenir un scandale national, chaque décision peut être réécrite a posteriori par des militants, des éditorialistes et des magistrats engagés. Le policier idéal, dans ce système, est un policier immobile.
Cette stratégie repose sur un mensonge central : celui de la violence systémique. En répétant cette formule, on ne décrit pas une réalité, on fabrique une présomption de culpabilité. La police n’est plus évaluée sur ses actes, mais condamnée sur son existence même. Elle devient une institution suspecte par nature, indépendamment de ce qu’elle fait ou ne fait pas. C’est ainsi qu’on détruit une fonction sans jamais avoir à l’abolir officiellement.
Le discours sur la police de proximité s’inscrit parfaitement dans cette logique. Présentée comme une solution moderne et apaisée, elle est en réalité un outil de dilution. Il ne s’agit pas de rapprocher l’autorité du terrain, mais de la fragmenter. De la rendre dépendante des rapports de force locaux. De soumettre l’action policière à des négociations permanentes avec des acteurs qui n’ont aucun intérêt à l’ordre. Médiateurs autoproclamés, associations militantes, réseaux communautaires, figures locales du désordre deviennent des interlocuteurs incontournables. L’autorité n’est plus verticale, elle est conditionnelle.
Ce modèle n’est pas une invention. Il a déjà été testé, déjà échoué, déjà abandonné, toujours avec les mêmes conséquences : perte de contrôle, montée des violences, sentiment d’abandon pour ceux qui subissent. Mais l’échec n’est pas un problème. Car l’objectif n’est pas l’efficacité. L’objectif est idéologique. Il s’agit de casser la notion même de cadre commun, de dissoudre l’idée qu’une règle puisse s’imposer à tous sans discussion préalable.
Dans ce logiciel, la responsabilité individuelle disparaît complètement. Le délinquant n’est jamais coupable, il est toujours expliqué. Il est le produit d’un environnement, d’un système, d’une société abstraite. Il n’a pas de libre arbitre, pas de choix, pas de responsabilité. À l’inverse, le policier est toujours responsable, toujours conscient, toujours coupable. Il incarne la limite, donc il doit être puni. Cette inversion n’est pas un bug, c’est le cœur du programme.
La judiciarisation permanente de l’action policière devient alors un instrument de gouvernement. Chaque affaire est exploitée jusqu’à l’écœurement. Chaque image est découpée, isolée, sortie de son contexte. Chaque intervention devient une preuve supplémentaire d’un mal supposé structurel. Le terrain n’a plus aucune importance. Seule compte la narration. Et cette narration est toujours à charge.
Les effets sont concrets. Des policiers qui n’osent plus intervenir. Des zones où l’ordre recule. Des populations livrées à elles-mêmes. Mais ces conséquences ne sont jamais assumées par ceux qui les provoquent. Elles sont toujours imputées à autre chose : manque de moyens, héritage du passé, complexité sociale. Jamais au discours qui a méthodiquement sapé l’autorité.
L’hypocrisie atteint son sommet quand ceux qui tiennent ce discours réclament la protection policière dès que leur sécurité personnelle est menacée. Ceux qui passent leur temps à parler de violence institutionnelle n’hésitent jamais à demander une escorte armée. Ceux qui dénoncent l’ordre exigent qu’il s’applique intégralement pour eux. Ce n’est pas une contradiction, c’est une hiérarchie. L’ordre pour l’élite idéologique, l’abandon pour le reste.
Ce qui se joue ici dépasse largement une querelle parlementaire. C’est une attaque contre la continuité. Contre la transmission de règles communes. Contre la possibilité même d’une société structurée. Une civilisation ne tient pas par des discours, elle tient par des limites. Par des interdits clairs. Par une autorité assumée. Quand ces éléments sont systématiquement délégitimés, il ne reste plus qu’un espace ouvert à toutes les violences.
Thomas Portes n’est pas une anomalie, il est un symptôme. Le symptôme d’un camp politique qui a rompu avec toute idée de maintien, de durée, de stabilité. Un camp qui prospère sur la rupture permanente, la conflictualité, la destruction des repères. Là où l’ordre subsiste, ils attaquent. Là où l’autorité s’exerce, ils crient au scandale. Là où une limite est posée, ils parlent d’oppression.
Cette stratégie est cohérente. Elle est répétitive. Elle est assumée. Elle avance par couches successives : disqualification morale, pression judiciaire, paralysie opérationnelle, recul de l’État. Et à chaque étape, les mêmes visages viennent expliquer que ce recul est en réalité un progrès.
L’histoire montre pourtant toujours la même chose. Quand l’ordre disparaît, il ne laisse pas place à l’harmonie, mais au rapport de force brut. Quand l’autorité est détruite, elle est remplacée par celle des bandes, des clans, des plus violents. Ceux qui applaudissent aujourd’hui cette démolition feindront demain la surprise. Ils parleront d’effets inattendus, de dérives imprévisibles, de situations complexes. Ce sera faux.
Tout est visible. Tout est lisible. Tout est déjà à l’œuvre. La liquidation de l’ordre ne commence jamais par des flammes. Elle commence par des discours, par des accusations, par la désignation de l’ennemi intérieur. Et quand le dernier rempart cède, il est toujours trop tard pour prétendre qu’on ne savait pas.
Viguès Jérôme




























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