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L'exposition des dessins récents de cette artiste née à Wilrijk en 1964 confirme la belle impression laissée de longue date par une créatrice d'une sorte de silence fait art.
Dès l'entrée de l'exposition, pas besoin de mots pour convenir que l'on se trouve face à des paysages qui ciblent au large de tout, parce qu'ils sont frappés d'une sensibilité qui s'accompagne de mises en espace sans redondance, ni ajouts de trop.
Le public ne s'y est pas trompé qui lui a réservé un accueil dont rêve secrètement tout exposant, même si son but en créant est, prioritairement, de se faire plaisir et de mesurer quelles sont ses attentes existentielles.
Présence lumineuse
Pratiquant des prix sans commune mesure avec les efforts et patiences déployés, Stéphanie le Grelle peut être satisfaite de sa présence lumineuse en un lieu habité et pourtant infiniment accueillant avec sa diversité d'objets épatants.
Si des planches plus anciennes – deux ou trois ans tout au plus – témoignent d'un attrait passager pour les architectures naturelles que peuvent être les montagnes érodées, à nu, ses déclinaisons les plus récentes sont toutes en douceur et magie sans éclat.
Très récemment, un voyage en train vers la Suisse l'a persuadée de retenir ce que son œil et son imagination voyaient tout au long du parcours ferroviaire. D'où des paysages en gris délicat et, parfois, un train rouge, qui franchit un viaduc. D'où aussi, trait infiniment précis et nuances au rendez-vous, des bouts de nature enlevés à la pointe du stylet.
Entre présence et disparition, sa mémoire convoyant des prises de vue à l'envolée, Stéphanie le Grelle nous réjouit le cœur et l'esprit en s'attardant, tantôt sur un ou deux arbres, simplement profilés dans un lointain magique, tantôt sur quelque buisson touffu préservant ses mystères.
Point de figures vivantes en ses déclinaisons, pourtant chargées d'âme. Mais, ci et là, sous forme d'une cabane ou d'une assise quelconque, une forme rouge qui traverse l'atmosphère feutrée des évocations d'une femme accroc aux silences révélateurs.
"Un regard en transit", a écrit quelqu'un à propos de l'ouvrage de Stéphanie le Grelle, et c'est bien vu car cette artiste n'est pas du genre à pousser sur le champignon pour avancer. Elle serait, au contraire, celle qui ralentit le pas pour ne rien perdre des félicités entrevues au bout du chemin, en cours de route.
Regard contemplatif
Stéphanie le Grelle: Sans Titre (Mont Cervin), 2022, mine de plomb et crayon sur papier, 56x76cm. ©Stéphanie le Grelle et Galerie Laurentin, BruxellesL'artiste que voici, rare en exposition car son ouvrage est un long et patient chemin entre le souvenir et le rendu, entre le papier et le crayon, entre le regard et l'expression, se donne le temps de peaufiner ses impressions.
Et tout cela est loin d'être simple. Car il faut, regardant ses épures, saisir la tension qui l'habite alors qu'elle couche sur le papier cette perception fugace dont elle témoigne avec une infinie délicatesse. Son regard contemplatif bouscule les attendus, car elle anime ses espaces avec la grâce, la légèreté de qui arpente tout sans se presser, mais non sans regarder des saveurs, des couleurs, des odeurs.
Entre plaines et cimes, entre sommets et lacs (ceux-ci signifiés par une très légère couleur), l'artiste envoûte son compte rendu par une fragilité qui passe, diffuse, retient.
Patience et concentration, l'art de Stéphanie le Grelle exalte le dépouillement pour qu'une vérité soit au rendez-vous qu'elle fixe, en temps voulu, à ceux et celles qui ont de longue date compris de quel bois salvateur elle se chauffait, se nourrissait.
La fragilité du temps qui passe et dont on se souvient, à temps et heure, voilà son propos. Grands arbres tendus vers l'infini du ciel, lumière qui transperce la profondeur des feuillus, des taillis, dépouillement d'une mémoire qui a tout ressenti au profond d'elle, l'ouvrage de Stéphanie le Grelle se déguste en salivant, bouche bée, regard en équilibre à travers tant de non-dits, tant de subtilités.
Stéphanie le Grelle Paysages infinis
Dessin contemporain Où Galerie Antoine Laurentin, 31, rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. www.galerie-laurentin.com et 02.540.87.11 Quand Jusqu'au 27 juin, les jeudis, de 14 à 18h30 ; les vendredis et samedis, de 10h30 à 13h et de 14 à 18h30.
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