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Thomas Morales : «Belmondo, la France et nous»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027, La Cinémathèque française accueillera une exposition consacrée à Jean-Paul Belmondo. L’écrivain, qui est un admirateur inconditionnel, explique pourquoi le souvenir de l’acteur est si fort dans les mémoires.

Thomas Morales est écrivain. Dernier livre paru : Les Tendresses de Zanzibar (Éditions du Rocher, mars 2026).


Il n’y a pas que Céline Dion et le Pape en visite à Paris, cet automne. C’est le grand retour de Jean-Paul Belmondo (1933-2021), Le Magnifique, en majesté, en mondovision, à la Cinémathèque française pour une exposition totem avec visionnage de films héroïques et conférences pédagogiques. Il fallait bien qu’un jour, ça arrive, un Belmondo muséifié, saucissonné par périodes, glorifié dans l’ère de la Nouvelle Vague, honteusement snobé chez Lautner, admiré dans les loges de Roland-Garros, outrageusement bronzé et souriant ; s’imposant, peu à peu, comme la légende d’un cinéma d’aventures et de panache, de coups de feu et de dialogues «vieille France». Un cinéma gamin, décomplexé et libre ; foutrement divertissant et salutaire. Un cinéma théâtral de bons mots et de cascades qui fédère et enchante par sa virtuosité et son sens du second degré. Un cinéma non-victimaire qui dit merde aux dealers d’ennui. Un cinéma faussement viriliste qui traduit, au contraire, un romantisme d’atmosphère.

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De guéret et en guéret, ce cinéma sautille, dérape, ébouriffe, essouffle, il rend tout simplement les hommes et les femmes heureux. Il remplit le vide des politiciens, il comble les failles des mal-aimés ; il est tuteur et constructeur d’un imaginaire fantasque où les truands s’exprimeraient à la manière d’Audiard, où les étudiantes en lettres auraient l’érotisme savant de Jacqueline Bisset et les hôteliers normands, l’ivresse sémantique de Blondin accrochée au revers de leur canadienne. Un cinéma taquin qui fait le pont entre l’action musclée et les nobles sentiments, sans se prendre au sérieux. Un cinéma qui a la décence de ne pas se fourvoyer dans le drame et l’explication sorbonnarde. Peut-être, la plus belle carte postale de la France envoyée à la face du monde, des images d’Épinal par milliers, des instantanés de Trente Glorieuses, un galurin rue Campagne-Première, des copains attablés dans un café de Saint-Germain-des-Prés, un héritier de l’acier, féroce rugbyman au Racing, un escroc à longue écharpe blanche sur la plage de Biarritz ou un voleur de triptyque à Senlis.

Le public n’a jamais fiché Belmondo, il ne l’a jamais compartimenté entre les années Godard, Broca ou Deray. Il l’a pris en bloc. Indivisible.

Thomas Morales

Sans cette gueule cassée, grand frère intrépide et charmeur, fils aimant traînant dans l’atelier paternel de Denfert-Rochereau, déjà star au Conservatoire, auréolé de toutes les facéties, la vie n’aurait pas eu le même goût. Belmondo, c’est l’accélérateur de particules de plusieurs générations. Alors, ne boudons pas notre plaisir de voir les institutions officielles et la presse culturelle reconnaître son aura sur un cinéma chichiteux. Il était temps. Le public l’avait compris depuis un demi-siècle. Enfin, on s’incline, on adoube après avoir raillé le caractère commercial et individualiste de Belmondo. L’acteur en blouson de cuir prenait trop de place dans un milieu étriqué où le brio, l’humilité, la générosité avec ses fans et la camaraderie sont des signes suspects. On se méfie des gens sains. Les tourmentés et les roublards font de l’ombre aux natures éclatantes. Le public n’a jamais fiché Belmondo, il ne l’a jamais compartimenté entre les années Godard, Broca ou Deray. Il l’a pris en bloc. Indivisible.

Belmondo est un tout, une constitution solide, une République en soi, un mille-feuille de tempéraments ; tour à tour, anarchiste narquois, garant de l’ordre, justicier amoureux, publicitaire triste, voleur croquignolesque, flic d’opérette ou dompteur de lion. Il est François Merlin et Bob Saint-Clar, simultanément. Certains cinéphiles obtus n’ont pas compris cette attraction belmondesque pour la comédie policière et la grâce du contournement. Ils sont hermétiques au plaisir. Ils idéologisent par peur d’aimer. Belmondo est un distillateur de plaisirs. On a un plaisir enfantin, gourmand, presque physique à le retrouver sur l’écran, en haut-de-forme ou en caleçon à pois, en Mustang blindée ou en Peugeot 404, à Venise ou à Rio. Il est l’homme fort du XXe siècle et, en même temps, nourri d’une nostalgie, d’une histoire intime, d’un art de la discrétion ; paradoxalement, derrière ses cabrioles, ses excès et ses masques rieurs, c’est sa pudeur qui l’emporte à la fin.

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