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Un documentaire de Jacques Pessis retrace avec force le parcours fulgurant de l’imitateur à la causticité aussi irrésistible que ravageuse.
Passer la publicité« C’était un petit surdoué qui avait une audace… C’était un sale gosse d’une impertinence rare. » Michel Drucker résume bien la personnalité de Thierry Le Luron (1952-1986) qui, en dix-sept ans d’une carrière fulgurante, révolutionne l’imitation en la mettant au service d’un humour dévastateur. L’humoriste savait toujours appuyer là ou cela faisait mal à ceux qu’il prenait pour cible. Qu’ils appartiennent au monde politique ou à celui du show-business, aucun n’était épargné. Le documentaire Le Luron en campagne, réalisé par Jacques Pessis, foisonne de sketchs et de témoignages. Ce film plonge le téléspectateur dans la France des années 1970 et 1980 et lui propose une tranche d’histoire assaisonnée d’innombrables éclats de rire.
Le 10 novembre 1984 marque le sommet de la carrière de l’imitateur satirique. Ce soir-là, dans l’émission « Champs-Élysées » sur Antenne 2, le saltimbanque fait preuve d’une irrévérence inouïe vis-à-vis du pouvoir socialiste. Après avoir annoncé à Michel Drucker, lors de la préparation de l’émission, qu’il allait réserver une chanson surprise aux téléspectateurs, le voilà qui entonne en direct, avec la voix de Gilbert Bécaud, L’emmerdant c’est la rose. « La rose nous pique au sang, la France est au goutte-à-goutte, s’endettant coûte que coûte pour longtemps », assène l’artiste qui fait dans la foulée chanter en chœur le public du pavillon Gabriel situé à deux pas de l’Élysée. « Je me suis dit : est-ce que samedi prochain je serai encore là ? » se souvient Michel Drucker qui ajoute : « Je m’attendais, moi et la chaîne, à un signe de la présidence de la République. Mais pas du tout. » L’animateur ajoute que beaucoup plus tard, François Mitterrand lui a confié qu’il appréciait son émission, « même quand c’était avec Thierry Le Luron ».
Irrévérence tous azimuts
Le trublion s’attaque aux hommes politiques de tous bords. Après s’être fait connaître à la télévision dès 1970 en imitant de façon saisissante Jacques Chaban-Delmas, alors premier ministre, c’est Valéry Giscard d’Estaing, élu président en 1974, qui est malmené. Le sketch dans lequel Le Luron, dans le rôle de VGE, est interviewé par Pierre Desproges est hilarant. Le fameux « bonsoir Madame, bonsoir Mademoiselle, bonsoir Monsieur », dit en caricaturant la prononciation du président, fait d’autant plus mouche que Desproges y répond par le claquement de son index sortant vivement de sa bouche !
Georges Marchais est également étrillé. La séquence durant laquelle l’imitateur se glisse dans la peau du secrétaire général du Parti communiste soumis par Bernard Mabille au « véritomètre », machine à détecter les mensonges, est irrésistible. Surtout quand, à la question : « Le PCF prend-il ses ordres de Moscou ? », l’interviewé demande, paniqué, son joker ! Quant à Jacques Chirac, dont Le Luron était proche politiquement, cela ne l’empêche pas de le caricaturer sans ménagement, tout comme Raymond Barre. En ce qui concerne Jean-Marie Le Pen, l’artiste dénonce implacablement ses idées avec la voix de Serge Lama. Stéphane Guillon confie : « Thierry Le Luron a été le premier humoriste à attaquer Jean-Marie Le Pen et a ouvert une voie que nous avons suivie. » Reste à savoir si l’irrévérence tous azimuts de Le Luron serait encore possible aujourd’hui.


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