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Alex Warren faisait salle comble au Centre Bell mercredi soir, et ce n’était que son second concert à vie à Montréal — son premier dans une salle, lui qui a préalablement chanté en plein milieu d’après-midi l’été dernier pendant le festival Osheaga. Comment expliquer le succès, fulgurant, de cet auteur-compositeur-interprète américain de 25 ans ? Par sa façon de transformer un succès radio, Ordinary, paru en février 2025, en une expérience de scène à la limite de la thérapie de groupe : sa tournée porte d’ailleurs le titre Finding Family on the Road.
Avant même le premier accord de guitare sèche, la foule au Centre Bell nous frappe : certes, le public féminin est majoritaire, mais le jeune Warren a réussi à toucher toutes les tranches d’âges, enfants (à qui il s’excusera d’être vulgaire lorsqu’il jase entre les chansons), ados accros à YouTube, TikTok (ou il s’est d’abord fait remarquer) et Spotify, adultes appréciant sa facture musicale confortable et, mieux encore, l’authenticité du personnage et de ce qu’il raconte dans ses chansons.
Avec son immense rideau qui se lève pour révéler l’orchestre, la scénographie a cette élégance rétro qui dit déjà quelque chose de la simplicité du musicien comme de sa proposition. Les Troubled Waters (lancée avec effets pyrotechniques), Bloodline et The Outside qu’il sert en ouverture naviguent entre pop, rock, folk, avec une touche de country lorsqu’un guitariste gratte sa mandoline — musicalement, Warren n’est pas un innovateur, il navigue des eaux pop maintes fois explorées par le Ed Sheeran des débuts, le Mumford&Sons plus pop, Hozier surtout, qui possède ce même genre de voix ambrée, doucement éraillée.
La présence du musicien est pleine de gratitude et d’humilité durant le premier tiers de ce concert, rehaussé par le travail de son joli orchestre de huit musiciens (deux guitaristes, deux choristes, un violoncelliste, la section rythmique, une claviériste). Il chante pour vrai, ce Warren, et sait bien jouer ensuite de la guitare, on le verra également au piano électrique en milieu de performance, sur la petite scène secondaire, au milieu du parterre. Rien d’original dans la proposition, mais des chansons bien faites, ressenties surtout.
Et c’est là qu’on doit trouver, du moins en partie, la recette du succès d’Alex Warren. À 25 ans, bientôt 26 qu’il atteindra trois semaines après la parution de son second album Wildchild le 28 août prochain, il a déjà une vieille âme. Endurcie par les épreuves, qui seront rappelées durant le concert, dès l’introduction avec la projection de films de famille tournés par son père, décédé du cancer lorsque le jeune Alex n’avait que neuf ans — plusieurs chansons de la première portion du spectacle, Never Be Far, Eternity, semblaient lui être adressées. À 18 ans, sa mère, elle aussi disparue aujourd’hui, le mettait à la porte de la maison ; il y a seulement trois ans, Warren vivait encore dans sa voiture avec sa future épouse.
À Montréal, mercredi soir, Warren, en lice pour le Grammy du Meilleur nouvel artiste en février dernier (Olivia Dean l’a remporté), était dans la dernière ligne droite d’une tournée mondiale d’une quarantaine de dates, dans des arénas aussi importants que le Centre Bell. Le succès durable de sa chanson Ordinary (jouée comme unique rappel), lancée début 2025, lui a tendu la providentielle perche vers une vie plus heureuse. Il a généreusement remercié le public d’être là près de lui en ce mercredi soir, et ces remerciements ne sonnaient pas du tout creux.
Au moins autant que par ses chansons, Alex Warren a noué un lien précieux avec ses fans, nombre d’entre eux ayant écrit des messages à son attention sur des affiches bricolées mains qu’il a pris plaisir à lire durant toute la soirée. Certaines faisaient allusion à leurs histoires d’amours ratées ; pendant l’interprétation acoustique, sur la scène secondaire, de Catch My Breath, composée pour son épouse, un spectateur a demandé sa blonde en mariage. « Je tombe parfois sur les clips TikTok des demandes en mariage qu’on fait durant mes concerts, mais c’est la première fois que j’en voie une, là, devant moi ! », a-t-il commenté, avant d’aller s’enquérir auprès d’une fan qui a dû s’acheter un autre billet après que son ex a plié bagage avec sa place au Centre Bell.
En toute honnêteté, ces échanges avec les fans étaient drôles, sympathiques, parfois touchants (des spectateurs ayant aussi perdu un membre de la famille après une maladie), mais alourdissaient le déroulement de cette soirée qui a enfin trouvé une direction rock dans le dernier droit avec Getaway Car, You Can’t Stop This, l’accrocheuse Carry You Home et, quelques instants plus tard, la nouvelle FEVER DREAM, festive et disco, boule miroir et confettis en prime. Le public, comblé, ne devrait pas attendre trop longtemps avant de revoir Alex Warren sur une scène montréalaise : la sortie du nouvel album, gonflée par le succès des premiers extraits, garantit déjà son retour chez nous.


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