NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Professeur à l’Université d’Ankara, Ali apprend que son poste va être aboli. Peu après, sa mère, malade de longue date, est retrouvée sans vie. Or, Ali soupçonne son père, un homme violent, d’avoir camouflé un meurtre en accident. Au même moment, Ali fait la connaissance de Reza, un jardinier. Ensemble, les deux hommes décident de kidnapper, puis de tuer, le père du premier. La suite s’avère… inusitée. Primé au festival de Sundance et candidat du Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film international, The Things You Kill (Des choses à tuer) voit Alireza Khatami faire une œuvre en partie autofictive. On a discuté avec le cinéaste canado-iranien.
« Un jour, j’écrivais une scène où deux amis échangent dans une orangeraie quand, soudain, j’ai pris conscience que j’étais ces deux personnages, et que ce que je décrivais, c’était une sorte de négociation avec moi-même », explique le scénariste-réalisateur joint à Toronto.
« Ça a été la première image, la première scène de laquelle le reste de l’histoire est né. Et puis mes sœurs sont arrivées dans le récit, suivies par ma mère… À tel point que j’ai dû m’arrêter d’écrire, car je ne pouvais m’imaginer leur montrer ça. »
La réalité imitant la fiction, ou, dans ce cas-ci, l’autofiction, Alireza Khatami se livra à une « négociation avec lui-même ». Devait-il poursuivre, ou non, l’exploration de ces zones d’ombre, de cette « part des ténèbres », pour citer un titre de roman de Stephen King de circonstance ? Qui verra le film comprendra.
Quoiqu’au rayon des influences, The Things You Kill s’apparente davantage à un croisement entre le cinéma de Mohammad Rasoulof (Les graines du figuier sauvage) et celui de David Lynch (Mulholland Drive ; une inspiration revendiquée). Pour autant, le résultat demeure éminemment personnel.
« Tous mes films sont personnels, mais surtout intellectuels, cérébraux. Ce film-ci, je ne me suis pas juste livré à cœur ouvert : j’ai mis mes tripes sur la table. Je n’avais encore jamais fait ça. Et trouver le courage d’être honnête avec moi-même a été difficile, car il n’est pas évident de se confronter à soi-même. »
La Turquie après l’Iran
Évidemment, le volet criminel n’est en rien autobiographique. En fait, Alireza Khatami utilise ces éléments afin d’approfondir les notions de violence transmises de père en fils et de traumatismes transgénérationnels.
« Au fond, c’est l’histoire d’un homme qui a du mal à se regarder en face et qui se demande : “Comment mes traumatismes m’ont-ils façonné, et comment des structures plus larges, comme le patriarcat, ont-elles permis la transmission de cette violence ?” »
Au départ, l’intrigue devait se dérouler en Iran, révèle du même souffle Alireza Khatami.
« Sauf qu’en Iran, il fallait faire approuver le scénario par ce que les gens de cinéma là-bas appellent le bureau de la censure. Et je n’ai pas obtenu cette approbation. On voulait que je retire une vingtaine de pages du scénario et que je change plein de choses. Ce n’est pas mon genre. J’ai donc préféré aller ailleurs. »
Après une pause, le cinéaste précise : « Bien sûr, j’aurais pu tourner illégalement en Iran — plusieurs le font. Mais je suis un cinéphile dans l’âme. La mise en scène compte, les plans et les compositions comptent ; le jeu des acteurs compte… Je ne voulais pas bâcler le tournage. Et puis, à force de réfléchir, j’ai compris que tourner en Iran n’était pas si important, dans la mesure où, au fond, ce film, c’est une histoire père-fils et que, par conséquent, ça s’adapte à n’importe quel endroit. J’ai finalement opté pour la Turquie, un pays possédant de magnifiques paysages. »
Collaborations stratégiques
Fait étonnant considérant l’accueil festivalier dithyrambique, Alireza Khatami s’avoue surpris d’être parvenu à mener le projet à terme. La réussite du film, le cinéaste l’attribue en bonne partie à ses collaborateurs, dont Bartosz Swiniarski, à la direction photo, Meral Aktan, à la direction artistique, et Ange Hubert et Benjamin Laurent, au montage sonore et au mixage sonore, respectivement.
« Avec Bartosz, on s’est entendus qu’avec Ali, la caméra devait rester fixe ou n’effectuer que des mouvements très lents, tandis qu’avec Reza, la caméra devait être nerveuse. À la fin, quand Ali a résolu son duel intérieur, il a désormais droit aux deux types d’approche ; il est momentanément libéré de son carcan. Avec Meral, c’est une complicité telle, que je la consultais même pour le choix des acteurs. Quant à Ange, Benjamin et leur équipe… leur conception sonore est brillante, tout spécialement au début et à la fin du film : si vous écoutez bien, il y a des bruits d’enfants, des aboiements de chien, et toute une myriade de sons en lien avec le récit qui font en sorte que tout le film est contenu dans ces brefs segments sonores. C’est incroyable. »
Une livre de chair
Lorsqu’on lui demande si, au vu de ses tiraillements initiaux, et sachant qu’il se dévoilait comme jamais auparavant, Alireza Khatami est heureux d’avoir persévéré, le cinéaste opine.
« Se regarder dans le miroir peut être terrible, effrayant, et, oui, je suis heureux de m’y être contraint. Cela dit, faire un film comme celui-là, ça laisse des marques, ça laisse des cicatrices. Ça revient à s’arracher un morceau de soi-même, une livre de chair. »
C’est le prix à payer pour une œuvre viscérale, une œuvre pour laquelle on a accepté de « mettre ses tripes sur la table ».
Le film The Things You Kill prend l’affiche le 13 mars.
Ensemble, soutenons la réflexion
Média rigoureux et lucide, Le Devoir ne se contente pas de relater les faits.
Nos journalistes vous offrent les clés pour mieux comprendre l'actualité
d'ici et d'ailleurs. En soutenant notre mission, vous assurez la pérennité
d'un journalisme indépendant, exigeant et engagé.


3 month_ago
21
























.jpg)






French (CA)