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Si le temple hindou géant de BAPS installé à Bussy-Saint-Georges a bien marqué l’actualité, c’est par les polémiques. A l’issue des festivités, la mairie a dû se justifier.
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Par Julia Gualtieri Publié le 14 sept. 2026 à 18h27
La polémique autour de BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha), ce mouvement religieux hindou à l’origine du mandir installé à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), n’en finit pas de secouer la ville. Samedi 12 septembre 2026, la gauche manifestait devant la mairie pour demander des explications. « BAPS est une organisation religieuse problématique. Qu’on lui déroule le tapis rouge à Bussy-Saint-Georges nous interroge », résumait Anass Bettaieb, secrétaire de section du Parti socialiste. Le même jour, dans un discours, le maire de la ville, Yann Dubosc, réaffirmait son soutien et fustigeait ceux qui « en quelques jours seraient devenus des experts BAPS alors que pendant des années personne ne s’est ému de l’arrivée de cette organisation ». Mais le lendemain, la « grande parade » qui devait marquer la fin des festivités commencées le 2 septembre et fêter l’anniversaire du guide spirituel de BAPS a été annulée à la dernière minute. Retour sur une semaine de controverse.
Un tollé international
Si dès les premiers jours de festivités, plusieurs médias s’interrogeaient sur la promotion sans réserve de cette organisation religieuse et soupçonnaient du travail forcé sur le chantier, c’est la visite d’une délégation de moines à la tour Eiffel samedi 5 septembre, lors de laquelle une partie du personnel féminin a été mis à l’écart, qui a mis le feu aux poudres.
Depuis ce tollé aux retentissements internationaux, de nombreux observateurs se sont intéressés à ce mouvement jusque-là peu connu dans l’Hexagone. Et le portrait qui en a été fait n’est pas flatteur : vision conservatrice de la société, défense des castes, rigorisme religieux… Ses opposants hindous qualifient même BAPS de « secte d’extrême droite ».
Qui est BAPS ?
De quoi faire bondir le directeur de cabinet du maire de Bussy, Cédric Tartaud-Gineste. « Quand on me parle de secte, je n’ai qu’un réflexe. Je vais voir le site de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, N.D.L.R.), et le BAPS n’y est pas », tranche-t-il. Il faut dire que ce mouvement était jusque-là peu présent en France.
Mais sa richesse lui permet de faire construire de nombreux temples dans le monde. L’organisation peut aussi compter sur l’appui du premier Ministre nationaliste Narendra Modi, qui a d’ailleurs inauguré le temple à Bussy par visioconférence et qui en a fait un outil de soft-power. « Qu’un temple aussi grand s’installe en l’absence de fidèles témoigne d’une volonté de développement », estime le député écologiste de la circonscription, Arnaud Bonnet. Pour lui, « ce qui s’est passé à la tour Eiffel ne fait que confirmer les alertes (qu’il) avait reçu de la diaspora hindoue ».
Des questions soulevées
Pourquoi la ville a-t-elle validé l’installation de ce temple sur l’Esplanade ? Savait-elle à qui elle avait affaire ? Aujourd’hui, ce sont les questions que posent de nombreux habitants et acteurs de la vie locale. « L’installation de BAPS, tout comme la privatisation de l’espace public pour les festivités posent question. Si la mairie ne savait pas qui ils sont, ça s’appelle de l’incompétence… », résume Anass Bettaieb.
Interrogé, le directeur de cabinet, Cédric Tartaud-Gineste, refait l’historique. « BAPS avait un temple en Grande-Bretagne mais avec le Brexit, ils cherchaient à en créer un autre et ils avaient entendu parler de l’Esplanade des Religions ». On est alors en 2015-2016. L’ancienne édile, Chantal Brunel, n’y était pas favorable – d’après un message qu’elle a partagé sur les réseaux sociaux – mais des élections anticipées surviennent et Yann Dubosc remporte la mairie.
Retour en arrière
« Nous avons procédé avec BAPS comme avec toutes les autres religions qui veulent s’installer », poursuit le directeur de cabinet. La candidature a été soumise à l’association de l’Esplanade des religions et des cultures (ERC) et le foncier a été vu avec l’aménageur EpaMarne. « Notre préoccupation est que les candidats respectent la charte et surtout son premier article : refuser le prosélytisme », explique Philippe bénévole de confession catholique impliqué de longue date dans l’association de l’ERC. BAPS a signé la charte et présidé l’association en 2023.
Même si le bénévole reconnaît « ne pas tout savoir » de BAPS, il revendique : « Je ne sais pas tout de leur organisation, mais je connais les gens que je fréquente depuis près de 10 ans et ce sont des gens qui agissent, qui aident. Vivre côte à côte ne veut pas dire approuver. Laissons la politique en Inde de côté et occupons-nous de monter que vivre ensemble, en France, c’est possible ». Le but de l’Esplanade est de favoriser les échanges pour une compréhension mutuelle, rappelle Philippe.
Des opinions divergentes
Quant à la mairie ? Yann Dubosc l’a dit et écrit, il est très fier d’avoir aidé à la réalisation de ce temple et à l’agrandissement de l’Esplanade. Il juge cependant les événements de la tour Eiffel « inacceptables », mais estime que BAPS est victime d’un « emballement médiatique » qui tend à caricaturer le mouvement.
Il poursuit : « Il me revient en tête une anecdote. En 2023 nous avions reçu une délégation de moines. […] Jamais il ne nous a été demandé de déplacer qui que ce soit et notamment le personnel féminin. […] Je ne l’aurais accepté. » Concernant la tour Eiffel, pour la mairie, le problème vient moins de la demande qu’a faite la délégation que de la société d’exploitation, qui y a accédé.
Ce qui est problématique pour Anass Bettaieb : « La mairie se focalise sur la visite à la tour Eiffel et ne s’offusque pas des valeurs que porte le BAPS. Ce sont les chercheurs, qui travaillent sur ce mouvement depuis longtemps, qui parlent de radicalisme. Pour nous, elles sont incompatibles avec la République ». Le directeur de cabinet préfère, lui, juger sur les gens qu’il a fréquenté : « Nous échangeons avec les représentants depuis neuf ans sans problème. Ils ont construit des temples partout dans le monde et il n’y a jamais eu un tel déferlement. C’est un soufflé qui va retomber », balaie-t-il.
Soulignant n’avoir jamais eu d’alerte d’une autre communauté hindoue et avoir toujours travaillé en « transparence », le maire a par ailleurs plusieurs fois insisté : « Pendant des années personne ne s’est ému de l’arrivée de cette organisation » a-t-il taclé en visant les « détracteurs » des réseaux sociaux. Une phrase qui a fait réagir puisqu’aucune consultation n’a eu lieu sur ce projet, pour lequel par ailleurs, le nom de BAPS n’est apparu que récemment.
Quoi qu’il en soit, après un démarrage dans un déluge de couleurs, de danses et de fleurs en présence de Valérie Pécresse, la présidente de la Région Île-de-France, les festivités du mandir se sont terminées sans grande parade, sous la grande tente mise en place pour l’occasion. D’après la mairie, BAPS a préféré l’annuler de peur de voir des débordements survenir après cette semaine de polémiques.
Contacté, le BAPS n’a pas donné suite à nos sollicitations.
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