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  • « Je regarde plusieurs fois par jour » : la météo en période de canicule est devenue ...

Les sites et applications météo enregistrent des pics de fréquentation pendant les périodes de canicule. Les fortes chaleurs, qui mettent sous tension nos organismes, poussent bon nombre de Français à s’informer plus fréquemment, avec l’espoir d’en entrevoir la fin.

Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Météo-France a enregistré 111 millions de visites sur ses applications lors de la canicule de juin. Photo d’illustration Sipa/Pierre Teyssot Météo-France a enregistré 111 millions de visites sur ses applications lors de la canicule de juin. Photo d’illustration Sipa/Pierre Teyssot

Depuis le début de la canicule, Yves, 66 ans, consulte « au moins 10 fois par jour » la météo « à l’affût du moindre et minime changement ». « L’attente d’une bonne amélioration devient sans fin », écrit le Savoyard qui a répondu à notre appel à témoignages. La France suffoque depuis maintenant plusieurs semaines : après une canicule à l’intensité « exceptionnelle » fin juin, les températures sont de nouveau remontées en flèche ces derniers jours. Vingt-quatre départements ont été placés en vigilance rouge canicule pour la journée de ce samedi. Météo-France prévoit des températures pouvant aller jusqu’à 40 °C.

Dans ce contexte, il devient difficile de se détacher des prévisions météo, alors que nos organismes sont mis à rude épreuve par la chaleur. « La canicule prend une place importante dans mon quotidien », reconnaît Maxence, 39 ans, père de deux enfants en bas âge. « Je consulte l’application de Météo-France dès mon réveil pour connaître l‘évolution des prévisions d’un jour à l’autre. Je la consulte plusieurs fois par jour, et sur Facebook, je suis inondé de publications de pages météo amateurs ou professionnelles, sans doute à force de m’y intéresser », détaille-t-il depuis Marlenheim (Bas-Rhin).

Hausse de fréquentation des sites météo

Avec la canicule de juin, Météo-France a constaté une hausse de fréquentation de son site internet et de son application mobile. En juin, environ 111 millions de consultations des applications Météo-France ont été recensées, contre 105 millions sur le même mois en 2025, indique l’organisme au groupe EBRA (dont fait partie notre journal). La fréquentation du site meteofrance.com est elle aussi en hausse : 86 millions de visites ont été enregistrées en juin 2026, contre 65 millions en juin 2025.

Guillaume Séchet, météorologue et fondateur de meteo-villes.com, constate également « que les gens consultent davantage, notamment pour s’informer de la température actuelle et des dernières prévisions de températures ». « Sur mon site internet, la température actuelle est réactualisée toutes les minutes, c’est un atout majeur. Nous réactualisons les prévisions toutes les six heures, ce qui explique sans doute un trafic plus important », analyse le météorologue. Il observe aussi ce phénomène « pendant les périodes de grand froid, tempête, neige, orages ». « En revanche, lorsqu’il fait doux en hiver, c’est le calme plat », note-t-il.

La manifestation d’un « sentiment d’impuissance »

« Ce côté obsessionnel est la manifestation d’un sentiment d’impuissance : les personnes font ça parce qu’elles n’ont plus de pouvoir citoyen d’action sur le plan politique et parce qu’elles voient les conséquences de ce qui se passe sur le plan climatique. Les seuls moyens d’action qu’il leur reste, c’est de rester scotchées sur leur téléphone pour voir quelles vont être les prédictions », analyse Emmanuelle Delrieu, psychologue et écopsychologue. « C’est une illusion de maîtrise. Ce qu’on cherche, c’est à avoir le sentiment de savoir qu’à un moment donné, ça va s’arrêter. Il y a aussi un enjeu d’organisation : comment je fais, combien de temps ça va durer et c’est aussi pour aider son corps, son être, à se préparer à endurer l’impossible sur une durée pas certaine, mais qu’on essaye de capter », poursuit la praticienne.

« Je consulte quatre-cinq fois par jour les prévisions de température et les relevés instantanés des stations météo comme celle de Grenoble CEA pour savoir quand ouvrir ou fermer les volets, voire aller dormir en altitude où il fait moins chaud si on annonce une nuit tropicale », confirme Joël, 63 ans. « Je regarde plusieurs fois par jour les prévisions météorologiques, dans l’espoir d’apercevoir la fin de la canicule », abonde Marlène, 42 ans.

Une anxiété liée au réchauffement climatique

Pour beaucoup, avoir un œil constant sur la météo est étroitement lié à l’anxiété qu’ils ressentent vis-à-vis du changement climatique. « Mon obsession pour la météo a commencé avec mon angoisse liée au réchauffement climatique et s’est accrue progressivement ces dernières années », explique ainsi Lili, 47 ans. « Je regarde constamment la météo pour vérifier les températures et j’ai la hantise de mourir de chaud. J’en arrive au point d'éviter Paris où se trouve ma famille car rien n’est climatisé. Je me réfugie à la montagne pour trouver un peu d’air et j’ai même annulé un séjour chez mon père pour rester dans les Alpes », raconte celle qui vit au Vietnam « où la chaleur n’a jamais été réellement traumatisante car la climatisation y est omniprésente ».

« Après un coup de chaleur il y a environ deux semaines lors de la canicule de juin, voilà que je n’arrive pas à ne pas regarder les prévisions », confie également Clément, Parisien de 21 ans. « Depuis ce jour, je fais régulièrement des crises de panique lorsqu’il fait chaud dehors. Je vais un peu mieux mais retourner dehors reste une épreuve où je dois me persuader qu’il ne va rien m’arriver », raconte le jeune homme. « Ça s’appelle l’éco-anxiété. Ce n’est pas une anxiété hors sol, une anxiété malade, c’est une anxiété qui réagit de manière normale à quelque chose qui n’est pas normal. Pour apaiser cette angoisse, les personnes peuvent s’informer pour augmenter la capacité de discernement », explique la psychologue Emmanuelle Delrieu. À l’inverse, ne pas le faire, c’est risquer de « rester dans son isolement, sans reprendre un pouvoir d’action ».

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