Série : Shopping, l’addiction à bas prix [1/2] - Sur Shein ou Temu, des millions de consommateurs, attirés par des prix dérisoires, basculent dans une consommation parfois excessive. Christine, Nadine et Marion sont devenues des clientes fidèles de ces plateformes. Elles témoignent.

Audrey Vermorel - 07 mai 2026 à 07:15 | mis à jour le 07 mai 2026 à 07:16 - Temps de lecture :

Grâce à des techniques de promotions permanentes et de nouveautés constantes, ces plateformes poussent à l’achat. Photo d'illustration Sipa/Yassine Mahjoub Grâce à des techniques de promotions permanentes et de nouveautés constantes, ces plateformes poussent à l’achat. Photo d'illustration Sipa/Yassine Mahjoub

Depuis qu’elle a découvert la plateforme Temu il y a un an, Christine a bien du mal à retourner en magasin pour faire ses achats. Cette ancienne adepte d’Amazon trouve sur la plateforme chinoise tout ce dont elle a besoin (ou envie) : vêtements, linge de maison, décoration, outils de bricolage… Du couvercle à canette au bac à glaçons en forme de chats, on y trouve de tout et à des prix défiants toute concurrence. C’est ce qui a séduit l’Alsacienne. « J’ai déjà commandé pas mal de vêtements, des draps, des taies d’oreillers, du linge de toilette, de la vaisselle, des accessoires de cuisine, des pinces à linge, des cartes d’anniversaire personnalisées… La qualité est parfois un peu moins bonne, mais je suis rarement déçue, surtout pour le prix », témoigne la septuagénaire.

Une question de prix, mais aussi de praticité pour elle, qui vit entre Strasbourg et une petite commune près d’Haguenau et ne possède pas de voiture. « C’est aussi une question de facilité. Je trouve tout ce dont j’ai besoin et en un clic, je passe commande depuis mon fauteuil », assure-t-elle. Elle est aussi séduite par un service client très réactif. Seul bémol : le temps de livraison, de 15 jours à trois semaines alors que son compte bancaire est débité immédiatement. Un défaut dont s’accommode Christine. Elle passe commande sur Temu une à deux fois par mois, pour des montants allant de 30 à 120 euros. Si elle assure maîtriser son budget et ne pas tomber dans une spirale d’achats compulsifs, elle reconnaît se laisser tenter par des achats pour le plaisir. « J’ai récemment acheté un jogging pour faire du sport, si je vois qu’il y a une promotion pour trois joggings achetés, je me laisse tenter. Ils arrivent à créer le besoin », analyse-t-elle.

Tout pour rendre accro

C’est l’un des rouages de Temu. Comme Shein ou AliExpress, ces plateformes ultra low cost parviennent, grâce à des algorithmes soutenus par l’intelligence artificielle, à analyser le comportement des utilisateurs pour proposer des recommandations personnalisées. Temu propose également de nombreux jeux-concours, promotions et même des articles gratuits. Des offres limitées dans le temps pour agir sur le sentiment d’urgence et de nécessité. « Ils connaissent mes besoins. J’ai toujours des propositions sur l’interface qui collent à mes envies. C’est un site qui peut très vite vous rendre accro. Il y a tellement de choix, et l’interface est pratique », confirme Christine. Sa limite : les produits de beauté et les produits alimentaires, trop risqués. Car elle n’a pas totalement confiance en ces produits “made in China”. Et elle tient à consommer local pour l’alimentation.

Pour le reste, ces plateformes lui facilitent la vie. Si le manque de qualité est l’un des principaux reproches faits à la plateforme, qui vend de nombreux produits dangereux, non conformes aux normes européennes, elle est également pointée du doigt pour des pratiques commerciales trompeuses et une suspicion de recours au travail forcé. « Je comprends, mais des marques comme Nike ou Adidas, bien plus chères, fabriquent elles aussi en Chine, même si ce n’est pas la même qualité », se justifie la septuagénaire. Pour elle, « ce mode de consommation, c’est l’avenir. C’est plus simple que d’aller en magasin et dans les petits commerces où parfois, ce ne sont pas les mêmes prix. C’est désolant, mais c’est la réalité ». Des arguments qui ne réussissent pas à convaincre ses trois petites-filles, adeptes de Vinted, des friperies et de la mode de seconde main, qui refusent tout article venant de ces plateformes.

« Des produits que l’on ne trouve pas ailleurs »

Comme Christine, Nadine est une adepte de Temu. Sur ce site, elle trouve toujours ce dont elle a besoin, et surtout, des pièces parfois introuvables en magasin. « C’est triste à dire, mais je ne trouvais pas la pièce de rechange pour une bonde de lavabo, alors l’enseigne où je suis allée m’a conseillé de changer tout le système. Or, je l’ai trouvé sur Temu à deux euros. Même chose pour mon aspirateur, la marque ne fait plus la brosse aspirante. Je l’ai trouvée sur le site. C’est désolant d’en arriver là, mais je préfère commander, surtout que ce sont des produits que l’on ne trouve pas ailleurs », avoue-t-elle.

Marion, elle, est une adepte de Shein, notamment pour les vêtements. Elle passe environ une commande tous les deux mois pour des montants allant de 80 à 150 euros. « Pour le travail, des tee-shirts à quatre ou cinq euros suffisent largement, sans que la qualité soit forcément mauvaise. J’achète aussi de petits accessoires (organisation de la voiture, rangement, etc.), souvent bien moins chers que sur Amazon. Même si ces sites sont parfois controversés, ils me permettent de faire des économies sur des achats utiles. De plus, je n’habite pas en ville, ce qui est un peu loin pour faire de petits achats », reconnaît-elle.

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