Série : Amitié perdue, chagrin extrême [1/5] - Un adulte perd un bon ami par an, selon un sondage mené aux États-Unis et paru en août 2025. Certaines ruptures amicales peuvent être tout aussi douloureuses qu'un chagrin d'amour. Marie le sait bien. 

Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Marie n'a jamais compris la fin de son amitié. Photo d'illustration Sipa/Michel Gile Marie n'a jamais compris la fin de son amitié. Photo d'illustration Sipa/Michel Gile

« Ça reste totalement inexpliqué », soupire Marie, 74 ans, à propos de la fin, il y a une dizaine d'années, d'une de ses relations amicales. « C'était plutôt brutal. J'ai pris ma retraite et il n'y avait plus moyen de trouver un moment en commun pour se voir. J'ai eu l'impression de ne plus correspondre à ce qu'elle attendait parce que je ne travaillais plus avec elle », détaille la retraitée, qui vit à Nancy (Meurthe-et-Moselle). « Cela fait maintenant 13 ans que je ne lui ai pas parlé, ça me travaille encore. Je voudrais savoir », souligne-t-elle.

Son amitié avec son ancienne collègue naît dans les années 1990 au travail. « Au départ, il y avait une forme de rivalité, parce que j'arrivais dans une entreprise où elle était bien établie, avec de l'expérience et des diplômes. Ensuite, ça a évolué, car on travaillait ensemble et cette aide, ce travail mutuel, c'est devenu une vraie amitié. On sortait ensemble, on faisait des déplacements professionnels, nos maris se sont rencontrés et s'entendaient fort bien. Nous passions d'excellents moments tous les quatre », retrace la septuagénaire. 

« Il ne s'est rien passé »

L'amitié résiste au temps et au déménagement de Marie dans le Midi, en 2011. « On continuait à correspondre, elle m'avait envoyé des cadeaux et je continuais à la voir puisque je rentrais assez souvent à Nancy », détaille Marie. Ce n'est qu'à son retour en Lorraine, en 2013, que la relation s'étiole. « J'ai essuyé deux ou trois refus pour la rencontrer, et je n'ai pas insisté. C'est très bizarre, car il ne s'est rien passé, absolument rien de particulier », remarque-t-elle. Leurs amies communes s'étonnent, elles aussi, de cette rupture, sans parvenir à obtenir d'explications. Le conjoint de Marie ne voit pas non plus ce qui a pu être l'élément déclencheur. « La dernière fois que je l'ai vue, je lui ai demandé, mais je n'ai pas eu de retour, elle évitait le sujet », précise Marie.

« On ne comprend pas. C'est douloureux, car j'y pense régulièrement, il y a plein de choses qui me rappellent cette amitié qui a duré quand même 20 ans », indique Marie. « Ça me manque parce que c'était à la fois amical, intellectuel, professionnel, on avait plein de choses à échanger, on a passé du bon temps ensemble… J'ai appelé ça un chagrin d'amitié, pour la première fois de ma vie », poursuit-elle.

« Il manque un point final » 

Marie a pourtant déjà perdu d'autres connaissances. « On perd des amis parce qu'on déménage, parce qu'on grandit, qu'on change de quartier, qu'on va à la fac… C'est normal. Mais cette amitié a un début, un milieu, mais je ne sais pas si elle a une fin et pourquoi il y a eu une fin. Il y a vraiment quelque chose qui manque, peut-être un point final », détaille-t-elle.

« C'est ça qui est douloureux. C'est comme dans un couple amoureux : quand vous avez un mari qui disparaît du jour au lendemain et que vous ne savez pas pourquoi, c'est douloureux. Je crois que quand on ne sait pas, c'est douloureux », poursuit Marie. Et comme dans un couple amoureux, Marie ne croit plus vraiment en une potentielle réconciliation. « Quand on vous a fait un coup un peu difficile, c'est fêlé. Renouer sur une fêlure, ce n'est jamais bien solide, je ne pense pas que ce soit possible. Par contre, avoir une explication, oui », conclut-elle.

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