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FIGAROVOX/TRIBUNE - La chute vertigineuse de la natalité est un fait social avant d’être biologique, estime Hélène Calas, auteur d’une étude intitulée «La dénatalité française comme choc anthropologique». Selon elle, tant que l’on niera cette réalité, on ne pourra pas relancer la démographie.
Hélène Calas, entrepreneure, est l’auteur d’une étude intitulée «Moins de liens, moins d’enfants ? La dénatalité française comme choc anthropologique».
En France, la natalité est portée pâle : les chiffres de l’Insee (1,56 enfant par femme, le taux le plus bas depuis 1945) étaient attendus avec effroi. Ils n’ont pas déçu. Partout, on cherche des causes. Parmi elles, l’idée selon laquelle l’infertilité progresse.
A ce sujet, fleurissent souvent des explications de comptoir : «Vous savez, ce sont les perturbateurs endocriniens ! Moi-même, j’ai arrêté le déodorant en spray. De toute façon, on va tous mourir d’un cancer». Mais que dit réellement la science ?
En 2017, une étude alarmiste a fait grand bruit (Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis, by Drs. Hagai Levine, Shanna Swann and others). Elle suggérait une baisse mondiale des spermatozoïdes, rapidement interprétée comme l’annonce d’une future crise de l’infertilité. Cette thèse est devenue un quasi-dogme médiatique. Pourtant, elle est loin de faire consensus.
Dans un article de 2023 (Declining Sperm Count: Much More Than You Wanted To Know), le médecin et essayiste scientifique Scott Alexander (rejoint par plusieurs méta-analyses récentes), montre combien les données brandies pour prouver un effondrement mondial des spermatozoïdes sont chaotiques. Elles agrègent des populations très différentes : les pays les plus riches, qui bénéficient d’une meilleure qualité de vie (n’en déplaise aux anti-déodorants en spray), présentent aussi un sperme de meilleure qualité. L’âge, l’origine, la fréquence de l’activité sexuelle (pourtant déterminante) sont mal ou inégalement pris en compte, et les méthodes de collecte varient largement. Aucune étude propre, menée sur plusieurs décennies avec une méthode constante, n’existe à ce jour. En résumé, on compare des choux, des carottes et des brocolis, et l’on en tire une courbe mondiale.
Deuxième point essentiel : la variabilité naturelle du sperme est immense. Le stress, le poids, la saison, la consommation d’alcool ou de tabac, la chaleur, l’activité sexuelle récente : tout cela influe sur la qualité du sperme. Une grande partie des variations observées n’a rien de pathologique. Avoir un sperme de moindre qualité à un moment donné n’est ni anormal, ni forcément problématique pour la fertilité.
La fertilité n’a pas disparu : elle a été repoussée hors du calendrier, reléguée à plus tard, une fois toutes les cases cochées de l’accomplissement personnel.
Hélène CalasTroisième point : au-delà d’un certain seuil (largement atteint dans les pays développés !), avoir plus ou moins de spermatozoïdes ne change presque rien aux chances de concevoir. Des données américaines montrent par exemple que les États où les hommes ont, en moyenne, un sperme plus concentré ne sont pas ceux où l’on fait le plus d’enfants. Plus de spermatozoïdes ne fait pas mécaniquement plus de bébés !
Le contre-exemple africain est, à cet égard, éclairant. Si la chute de la natalité était causée par une crise biologique globale de la fertilité, l’Afrique serait le continent le moins fertile du monde. Or c’est l’inverse. Les hommes y ont, en moyenne, une concentration de spermatozoïdes plus faible qu’en Europe ou en Amérique du Nord. La santé globale y est moins bonne, la pollution locale parfois plus élevée (pensez aux décharges à ciel ouvert de Lagos et d’Abidjan !). Et pourtant, la fécondité y dépasse largement quatre enfants par femme, là où les pays riches, pourtant « biologiquement favorisés », peinent à se maintenir au seuil de remplacement. Ce simple constat suffit à montrer que la biologie n’est pas le facteur limitant central.
Si la qualité du sperme était la clé de la natalité, l’Afrique serait en crise démographique et l’Europe florissante de joyeux chérubins. Alors, qu’est-ce qui bloque vraiment ? Le facteur biologique décisif existe, mais il est beaucoup moins commode à regarder en face. Il s’appelle l’âge.
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La fertilité humaine n’est pas constante. Elle est maximale autour de 25 ans, puis décline après 30 ans, plus nettement encore après 40. Pour les femmes comme pour les hommes. Oui, les deux. Or, dans tous les pays développés, on étudie plus longtemps, on se met en couple plus tard, on retarde l’entrée dans une vie stable, et le premier enfant arrive quand tout est enfin prêt (logement adéquat, carrière lancée, sécurité matérielle, disponibilité mentale). Le paradoxe est cruel : selon l’Ined, le désir d’enfant reste élevé (2,3 enfants par couple en moyenne), mais le calendrier biologique, lui, ne négocie pas.
Les indicateurs globaux confirment ce diagnostic. S’il y avait une catastrophe biologique en cours, on observerait une hausse nette de l’infertilité masculine et un allongement clair du temps nécessaire pour concevoir. Or ce n’est pas le cas. Le temps moyen pour concevoir est resté globalement stable au cours des quinze à vingt dernières années. Les corps fonctionnent. Ce sont nos vies qui coincent. La fertilité n’a pas disparu : elle a été repoussée hors du calendrier, reléguée à plus tard, une fois toutes les cases cochées de l’accomplissement personnel. Tant que la baisse de la natalité sera présentée comme une crise des corps, les réponses resteront médicales, environnementales, marginales… et largement inefficaces. La natalité est un fait social avant d’être un fait biologique. Tant que nous refuserons de l’assumer, nous continuerons à chercher des coupables chimiques à des problèmes profondément collectifs, donc politiques.


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