NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Par Pierre-André Buigues
Le 12 juin 2026 à 15h45
Ajouter Le Figaro
à vos sources préférées
FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que la France se classait en 2022 au deuxième rang européen en matière de criminalité, avec un taux de 12,1 homicides par million d’habitants, les ressources humaines et financières de la justice accusent un sérieux retard, analyse l’économiste.
Pierre-André Buigues est professeur émérite de l’Université de Toulouse et ancien conseiller économique de la Commission européenne.
La France traverse une crise sécuritaire et institutionnelle profonde que viennent de rendre encore plus présente dans le débat public les émeutes à la suite de la victoire du PSG et les défaillances du système judiciaire à la suite du meurtre de la petite Lyhanna. La France est face à un paradoxe flagrant, alors que le pays fait face à une délinquance parmi les plus présentes en Europe, elle y oppose une institution judiciaire totalement sous-dimensionnée par rapport aux autres pays européens. Nous avons comparé dans un ouvrage récent (La France à la loupe européenne, Dunod, 2026) les pays européens sur les plans économiques et sociétaux à partir des données statistiques d’Eurostat. Le constat est accablant.
En matière de criminalité, la France, avec un taux de 12,1 homicides par million d’habitants, se classait en 2022 au deuxième rang européen. C’est bien plus que ses grands voisins comme l’Allemagne (7,4), l’Espagne (6,9) et plus du double que l’Italie (5,5). Cette violence devient diffuse, elle s’enracine dans des territoires de plus en plus nombreux, Marseille avec la guerre des gangs au départ mais le trafic de stupéfiants s’intensifie aussi dans les autres villes comme Nantes. La France vit avec environ trois morts violentes chaque jour. Parallèlement, la délinquance du quotidien explose : la France se classe au 4e rang européen sur 27 pays pour les vols de voitures pour 100 000 habitants, 4 fois plus environ qu’en Espagne ou en Allemagne. Ce climat violent, exacerbé par des émeutes sociales (comme les destructions massives après la mort de Nahel) ou sportives (match du PSG ou coupe du Monde), sature l’espace public.
Comme le souligne la Cour des comptes, (L’organisation du maintien de l’ordre public, 2025), la gestion de ces crises d’ordre public à répétition crée un effet de diversion majeur: les forces de l’ordre, massivement mobilisées pour juguler les violences urbaines, sont détournées de leur cœur de métier, à savoir l’investigation et la lutte contre la délinquance de terrain. Face à cette violence, la justice française souffre d’un sous-financement chronique qui la place en queue de peloton des démocraties occidentales. La France n’alloue que 77,22 € par habitant à sa justice en 2022 (0,20 % de son PIB), là où l’Allemagne investit 136 € et l’Italie et l’Espagne, environ 100 euros.
Il faut en moyenne 333 jours pour trancher un litige civil simple, contre 239 jours en Europe.
Pierre-André BuiguesLa pénurie de personnel de la justice est en France, la plus critique d’Europe : les tribunaux français manquent cruellement de bras. On compte seulement 11,3 juges pour 100 000 habitants en 2022 (contre 24,7 en Allemagne). Le constat est encore plus noir pour les procureurs : avec un ratio de 3 pour 100 000 habitants, la France détient le pire score d’Europe (la moyenne européenne se situant à 12,2). Conséquence directe de cette asphyxie, les délais explosent. Il faut en moyenne 333 jours pour trancher un litige civil simple, contre 239 jours en Europe.
Submergés par un volume d’affaires trois fois supérieur à la médiane européenne, les procureurs français en sont réduits à faire un tri informel et permanent des dossiers. Des affaires sont classées ou abandonnées, non pas par manque de fondement juridique, mais par simple manque de temps et de greffiers pour les traiter. Ce traitement mécanique et ralenti introduit une forme d’arbitraire qui fragilise l’État de droit. Dans son avis de mai 2024 portant sur L’exécution du budget de l’État : mission Justice, la Cour des comptes souligne que l’augmentation massive des crédits financiers se heurte à un «plafond de verre» opérationnel : la capacité de formation des écoles de la magistrature (ENM) et des greffes (ENG) est saturée.
À lire aussi Indépendance de la justice : le Conseil supérieur de la magistrature tire le signal d’alarme
La loi de programmation 2023-2027 tente bien de redresser la barre avec une promesse de 11 milliards d’euros, mais le rapport de la Cour des comptes de 2024 met en garde contre les effets d’annonce, précisant que les recrutements nets affichés intègrent en réalité une part importante de requalifications de personnels administratifs déjà en poste et souligne l’urgence de combler des vacances structurelles de postes. En clair, l’argent est voté, mais le nombre réel de forces de justice opérationnelles supplémentaires sur le terrain augmente beaucoup plus lentement que promis. Dans ce contexte de surchauffe, la confiance des citoyens s’effondre : ils ne sont plus que 54 % à faire confiance à leur appareil judiciaire ! Dans le meurtre de la petite Lyhanna, il y a défaillance de l’appareil judiciaire français, mais il y a aussi défaillance de la France dans le financement et l’organisation de la justice en France.


5 hour_ago
29



























.jpg)






French (CA)