Des dizaines de coquilles vides, rouillées et fendues, alignées face à l’océan comme un décor de série B abandonné. Sur la côte nord de Taïwan, dans le district de Sanzhi, ces maisons en forme de soucoupe volante n’ont jamais accueilli un seul vacancier. Leur construction a débuté en 1978 dans l’idée d’en faire un complexe de vacances, mais le chantier a été abandonné en 1980 et la démolition n’a commencé qu’en 2008, malgré une pétition pour sauver au moins un bâtiment comme musée. Pendant près de trente ans, ces pods colorés ont rouillé sous la pluie tropicale sans qu’aucun client ne franchisse jamais leur porte.
À retenir
- Des dizaines de pods architecturaux jamais habités ont pourri face à l’océan pendant trois décennies
- Une série noire de décès et une légende de malédiction ont scellé le destin du projet dès ses débuts
- Ces ruines photogéniques du futur ont attiré explorateurs urbains et cinéastes avant de disparaître sans laisser de traces
Sommaire
- Un chantier qui tourne mal dès le départ
- La légende de la malédiction
- Trente ans de ruines photogéniques, puis plus rien
- Ce qu’il reste aujourd’hui de Sanzhi
Un chantier qui tourne mal dès le départ
La construction de ces maisons UFO a commencé en 1978, dans une portion de la côte nord adjacente à Tamsui, avec pour cible marketing les officiers militaires américains en poste en Asie de l’Est. Le projet appartenait au groupe Hung Kuo, qui avait misé gros sur ce concept inspiré des maisons Futuro, ces habitations préfabriquées en forme de disque volant imaginées par l’architecte finlandais Matti Suuronen. L’idée séduisait : des bulles compactes, modulables, empilables si la demande grimpait, posées face à la mer avec un parc aquatique en prime.
À la fin des années 1970, tout semblait en place : équipements technologiques, toboggans nautiques, et une région jugée parmi les plus prometteuses économiquement. Puis tout s’est arrêté net. Le projet a été abandonné dès 1980, après des pertes d’investissement et une série d’accidents mortels ainsi que de suicides de travailleurs sur le site. Le promoteur associé, Yu-Chuo, a fait faillite, entraînant Hung Kuo dans sa chute financière.
La légende de la malédiction
Ce qui aurait pu rester une simple affaire de faillite immobilière s’est transformé en légende urbaine tenace. L’abandon du projet est attribué en partie à l’acte jugé de mauvais augure d’avoir scindé en deux une sculpture de dragon chinois située près des grilles du complexe, pour élargir la route menant aux bâtiments. Dans la culture chinoise, casser un dragon, symbole de prospérité et de bonne fortune, n’est jamais un détail anodin. Certains habitants y ont vu la cause directe de la série noire qui a frappé le chantier.
Une autre rumeur, plus sombre encore, circule depuis des décennies. D’autres récits indiquaient que le site aurait été un ancien cimetière de soldats néerlandais, avec des chiffres qui donnent le vertige : certains évoquent jusqu’à 20 000 ossements retrouvés lors des fouilles, une estimation jamais confirmée mais reprise en boucle dans le folklore local. Vrai ou pas, l’effet a été le même : plus personne n’a voulu s’approcher du site pendant des années.
Une tentative de résurrection a bien eu lieu à la fin de la décennie suivante. Après une décennie d’abandon, Tsai Chin-Hsien, président de Haicheng Tien, a approché Hung Kuo en 1989 pour relancer le chantier. Mauvaise pioche : les études ont révélé que la structure en béton renforcée de plastique n’était pas conçue pour résister aux séismes, une donnée problématique sur une île régulièrement secouée. Le projet a de nouveau été abandonné, une fois jugé trop risqué dans une zone à forte activité sismique.
Trente ans de ruines photogéniques, puis plus rien
Faute de vacanciers, Sanzhi a trouvé un autre public : les photographes, les explorateurs urbains et les curieux du monde entier. Ces bâtiments en forme de pod sont devenus une attraction touristique mineure grâce à leur architecture inhabituelle, ont fait l’objet d’un film et ont servi de décor pour des tournages de MTV. Les images de ces coquilles pastel, rongées par la rouille et la végétation, ont circulé sur Internet sous l’étiquette de « ruines du futur », un futur qui n’est jamais arrivé.
Le tournant final survient en fin de décennie 2000. La démolition du site a débuté le 29 décembre 2008, avec l’ambition de reconvertir l’endroit en attraction touristique dotée d’hôtels et d’équipements de plage. Dès 2010, toutes les maisons UFO avaient été rasées et le terrain était en cours de transformation en complexe balnéaire commercial avec parc aquatique. Trente ans après les premiers coups de pelle, la boucle se refermait, presque à l’identique du projet initial.
Ce qu’il reste aujourd’hui de Sanzhi
Il ne subsiste plus aucune trace physique des pods. Après avoir été complètement démoli en 2010, le site ne conserve aujourd’hui aucun vestige. Seules les photographies d’urbex des années 1990 et 2000 témoignent encore de cette architecture d’anticipation, coincée entre optimisme de la guerre froide et superstition locale. L’ironie n’a échappé à personne : une autre société a loué le terrain avec l’intention d’en faire un complexe touristique, ce qui est plutôt ironique puisque c’était déjà l’ambition d’origine.
Reste une question que les guides touristiques de Nouveau Taipei évitent soigneusement : pourquoi personne n’a jamais tenté de préserver ne serait-ce qu’un seul de ces pods, alors que des répliques de maisons Futuro survivent ailleurs dans le monde, de la Finlande aux États-Unis ? À Sanzhi, il n’existe littéralement plus rien à visiter, sinon un parking et des panneaux touristiques qui racontent, sans trace, l’histoire d’un futur qui a fait naufrage avant même de commencer.
Sources : failedarchitecture.com | worldabandoned.com


1 day_ago
40



























.jpg)






French (CA)