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Guillaume Gallienne incarne Fernand Legros, le marchand d’art à l’origine de la plus vaste escroquerie du marché de l’art du XXe siècle.
On ne saura sans doute jamais si le manteau de Fernand Legros était en peau de singe ou pas. Et peu importe, d’ailleurs. Ce mystère-là, s’il en fut, appartient au mythe de soi que ce natif d’Égypte naturalisé américain, à la fois provocateur, marchand d’art véreux, agent supposé de la CIA, danseur de ballet, figure des nuits parisiennes et mythomane, a pris soin de construire, fourvoyant à l’envi tout ce que la jet-set des années 1960 offrait de manipulable, les amateurs d’art en particulier.
« Comment, s’amuse le producteur Olivier Wotling, résister au désir de porter tout ou partie de sa vie à l’écran ? » L’ancien patron de la fiction d’Arte y songeait depuis longtemps, depuis la découverte d’une photo le montrant « tel un roi barbare en costume d’apparat, déguisé, théâtral, cruel et malaisant ». De cette photo est né le projet d’une série dont le tournage, entre Nice, les Alpes-Maritimes et Paris, s’achève ces jours-ci. Créée par Nadine Lamari (À bras-le-corps, C’est ici que je vis) et Mathias Gokalp (L’Établi, Amour fou), également réalisateur, elle raconte la plus vaste escroquerie du marché de l’art du XXe siècle. Des dizaines de fausses toiles de maîtres - Monet, Toulouse-Lautrec, Matisse, Marquet, Picasso… - écoulées pendant vingt ans aux quatre coins du monde, sans qu’aucun ayant droit, aucun expert, aucun historien de l’art, aucun conservateur de musée ne décèle la supercherie.
Le vrai du faux
Jusqu’au premier esclandre, en 1963, bientôt suivi de l’enquête qui le fera chuter et sert de fil rouge à cette histoire. Nous étions sur le tournage. Depuis le balcon surplombant la Méditerranée de la villa somptueuse du domaine Dilecta, un des principaux décors, Olivier Wotling explique le contexte, les contraintes et les choix, tant esthétiques que scénaristiques ou de casting. « L’Homme au manteau de singe n’est pas qu’un biopic. Brosser le portrait d’un personnage réel ou fictif, si flamboyant soit-il, n’offre pas matière à écrire six épisodes. Celui de Fernand Legros permet en revanche de peindre une époque, des mœurs et un monde, celui de l’art, toujours si discret, du fait de l’importance de transactions financières, de la valeur des œuvres, de l’anonymat souhaité par les collectionneurs et parfois des scandales qui pourraient éclater. Saviez-vous que près de 40 % des collections des grands musées internationaux sont composées de faux ? » La question se pose alors aussi de l’équilibre entre réel et fiction, parfois si difficile à respecter dans ce genre de récit. « Elle interroge justement le rapport à la réalité », répond-il avant de préciser que si toutes les situations sont vraies - la vie dissolue du dandy, les exactions du trio qu’il composait avec ses deux faussaires, Elmyr de Hory et Real Lessard -, le personnage de la jeune juge (Pauline Lévêque) jetée en pâture au pied de l’autel des vanités est inventé. Six ou sept magistrats ont couvert l’affaire en réalité. Les rassembler en une seule entité est une belle idée. Elle permet d’offrir au personnage de Legros un contrepoint moral, normal, et de composer autour de ce motif antinomique une intrigue faisant appel à l’humain, au judiciaire, à l’humour et aux mafieux.
Au bas du jardin, près de la piscine, une scène se répète. Il fait plus de 30 °C. En smoking noir et gilet de soi jaune curry, Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie-Française, prend le spectateur en aparté, face caméra. « Lui seul pouvait incarner Legros », murmure le producteur. « J’aurai été navré qu’on ne pense pas à moi pour un rôle pareil », confirme le comédien dont c’est ici la toute première série. Une prise suffit. Elle est géniale.


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