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C'est un roman rempli d'images et de son. Un livre où les notes de jazz et les photos des reporters sont aussi importantes que les mots écrits par Alain Genestar. Une enquête journalistique (et un peu policière) qui crie son amour pour New York, la ville qui ne dort jamais. Un surnom qui n'a jamais été aussi approprié que dans les pages de La femme au manteau de loutre.
Car il faut s'imaginer New York à la tombée de la nuit, quand les hommes d'affaires ont dénoué leur cravate et qu'ils s'encanaillent dans des bars où la musique est reine. C'est dans l'un d'entre eux, le St. Nick's, à Harlem, que se produisent les sœurs Dean. Sarah et Dinah. Deux mezzo-sopranos qui ont fait la promesse à leurs parents de renouer un jour avec leurs racines africaines mais aussi de faire du jazz leur métier.
Jusqu'à ce jour de 2007 où, sur le quai d'une station de la ligne N, Sarah finit sous une rame de métro. S'est-elle suicidée ? L'a-t-on poussée ? Est-elle tombée ? Dans un premier temps, on la surnomme "La femme au manteau de loutre", puisqu'on ignore tout de son identité. Ce n'est qu'un fait divers de plus, un "accident de personne" de plus. Mais il intrigue Joaquin Bartomeu Macarell un jeune journaliste qui vient d'atteindre son graal personnel : travailler pour le New York Times.
Au secours, ils ont balancé des cocktails Molotov contre le GoncourtCharlie Ormos, lui, est un ancien photographe de guerre, qui a côtoyé l'horreur sur tous les terrains minés de la planète. Au New York Time Magazine, il a accepté la charge de la rubrique "Cette photo est votre histoire" (qui aurait dû s'appeler "Chaque photo a son histoire", slogan de… Polka Magazine). Chaque semaine, il commente un cliché de "street photo", un des siens ou celui d'un autre. La chronique a du succès ; Ormos connaît du monde. C'est grâce à lui, à ses contacts et à son intérêt pour le papier de Joaquin que, peu à peu, la lumière va se faire sur la mort de cette jeune femme de 27 ans. Alors que l'affaire, comme tant d'autres, pourrait être classée sans suite, elle va devenir l'obsession du journaliste, son premier reportage, sa première enquête. Car, autour de la disparition de Sarah Dean, nimbée d'un épais brouillard, gravitent des personnages inquiétants, des musiciens séduisants et quelques rares amis.
Bande-son fournie
Créateur et directeur de la revue de photo Polka Magazine, Alain Genestar n'a eu qu'à plonger dans ses archives et dans sa connaissance encyclopédique du milieu de la photo et du journalisme (il a, notamment, été directeur des rédactions du Journal du Dimanche et de Paris Match) pour inventer ses personnages. Quant au jazz, il a l'élégance de nous proposer la bande-son de La femme au manteau de loutre en fin d'ouvrage.
Animatrice de Minitel rose, année confinée, obsession pour les enquêtes : qui est Philippe Jaenada, le nouveau Goncourt ?Outre le plaisir de l'enquête, il y a dans ces pages un portrait de l'Amérique d'avant Trump que Genestar se plaît à faire revivre. Le soir de la mort de Sarah, si personne ne couvre l'accident, c'est que les journalistes couvraient l'actualité "majeure". Soit "une manifestation à Central Park pour la fermeture de Guantanamo, un sit-in devant le consulat israélien de 2000 antisionistes dénonçant la politique du Premier ministre Ehud Olmert". C'était il y a longtemps et c'était hier. C'est un autre des tours de force de ce très beau roman.
⇒ La femme au manteau de loutre | Roman | Alain Genestar | Grasset, 288 pp., 22,10 €, numérique 17 €
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