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Sur HBO Max, les cerises contre le melon

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Visuel du film « Professeur Raoult vs le gang des cerises » (HBO Max).

Au catalogue de HBO Max, on trouve des séries fantastiques comme Game of Thrones. Y figure désormais une série documentaire qui n'est pas moins surréaliste, « Professeur Raoult vs le gang des cerises », du nom d'un collectif de scientifiques et de citoyens devenus lanceurs d'alerte durant la pandémie de Covid-19. En empruntant aussi bien les codes du thriller que ceux de la téléréalité, les coauteurs Caroline Benarrosh et Martin Boudot misent sur le suspense et l'identification pour rendre sensible une quête de vérité scientifique.

Au départ, six personnes qui n'ont pas grand-chose en commun, sinon la rigueur scientifique et une petite addiction à feu Twitter : Magali, Guillaume, Fabrice, Samuel, Frédérique et Alexander. C'est sur ce réseau social, où chacun s'emploie à corriger les intox liées au Covid-19, qu'ils se rencontrent.

Le parti pris est assumé par les protagonistes eux-mêmes. « HBO Max a fait un énorme travail, à la fois de fact-checking mais aussi juridique, pour garantir l'exactitude de ce qui est dit. En même temps, ils ont décidé de faire un “docu-thriller”, avec des cliffhangers, car notre histoire personnelle est assez incroyable », explique à Conspiracy Watch Alexander Samuel, que nous avions reçu dans Les Déconspirateurs l'année dernière. « J'en suis moi-même étonné : je ne m'attendais pas à autant de surprises ».

Tous racontent leur stupeur en découvrant l'étude du Pr Raoult censée démontrer l'efficacité de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19. De la « mal science, de la mauvaise médecine » s'emporte Guillaume Limousin dans le documentaire. Et pour cause : seuls 26 patients ont été testés, un patient décédé a même été écarté de l'étude. Il n'y a en réalité « aucun signe de guérison dans l'étude », conclut quant à elle Magali Carcopino-Tusoli dans la série.

Des alertes inaudibles

Ensemble, ils décident alors de mutualiser leurs compétences pour démontrer les failles de l'étude. Le collectif se baptise « gang des cerises-trottinettes ». Mais ces premières alertes, comme celles d'autres scientifiques à l'époque, restent sans effet. Olivier Véran, alors ministre de la Santé, qui témoigne dans le documentaire tout comme Agnès Buzyn, reconnaît l'espoir gigantesque suscité par l'annonce du protocole de Didier Raoult. Et raconte avoir demandé à Sanofi : « Qui est le labo qui fabrique de l'hydroxychloroquine ? Est-ce que vous avez suffisamment de capacités de production pour l'Europe, pour la planète ? » En mars 2020, Olivier Véran autorise même, par décret, la prescription de l'hydroxychloroquine à l'hôpital, avant de faire marche arrière au mois de mai suivant.

En parallèle de leurs recherches, le documentaire insiste sur l'aventure humaine que vivent les membres du gang des cerises. Face caméra, ils refont le fil de leur rencontre, déclarent leur admiration et s'attardent sur leurs liens, au risque, par moments, de frôler la surenchère émotionnelle. « La réalisatrice a surtout voulu mettre l'accent sur l'aspect humain », confirme à Conspiracy Watch Guillaume Limousin, qui tient aussi à préciser : « Le documentaire se focalise sur nous six, mais plusieurs autres personnes ont œuvré et ont subi les mêmes choses. Je pense particulièrement aux femmes scientifiques et médecins, qui ont été les plus lourdement attaquées pour leur condition de femme ». Les doutes et les omissions de certains d'entre eux constituent de véritables rebondissements dans la série, comme lorsqu'ils découvrent que Magali n'est autre que la fille du professeur marseillais. Depuis des années, les liens avec son père sont rompus.

Sauf que cette identité est révélée anonymement sur les réseaux sociaux et lui vaudra des insultes et des menaces de mort de la part de la complosphère acquise à la cause de Didier Raoult. Dans le documentaire, Magali Carcopino-Tusoli confie même avoir tenté de mettre fin à ses jours. Parmi les comptes à l'origine du harcèlement : « leprofessionnel », qui s'adresse régulièrement à elle durant la pandémie : « Magali, le vilain petit canard, dans une famille de chênes brillants, il y a forcément des glands » ; « tu sais que tu es cocu triple A » ; « tu finiras dans le mépris et l'oubli »

Le compte « leprofessionnel » use de la même syntaxe qu'un certain Éric Chabrière et partage surtout le même numéro de téléphone. Professeur de biochimie à Aix-Marseille Université et ancien proche collaborateur de Didier Raoult à l'IHU Méditerranée Infection, dont il passait pour le « shérif », Chabrière voue une admiration sans borne à son « mentor ». Sur Twitter, où il compte aujourd'hui près de 85 000 abonnés, il a assuré que l'hydroxychloroquine n'était toxique que « pour la spéculation [boursière] » et relayé comme un « dossier brûlant » une tribune anonyme du média conspirationniste FranceSoir qui s'achevait par un appel à guillotiner des médecins et des chercheurs. Il s'est aussi illustré dans le groupe « CIA », une boucle de messagerie sur Twitter où s'organisait la défense du Pr Raoult, soupçonnée de coordonner des campagnes de cyberharcèlement. Parmi ses membres : Xavier Azalbert, le propriétaire de FranceSoir. « Ils discutaient scientifiquement, c'était très intéressant », témoigne Éric Chabrière, tout sourire, dans le documentaire.

La sortie de la série n'a pas altéré son sens de la formule. Sur X, il a accueilli le documentaire d'un « pschitt, pschitt, flop, flop ». « C'est si profond et pertinent, ironise Guillaume Limousin. Ses dizaines d'autres tweets en réaction à la sortie du documentaire sont du même niveau de perspicacité ». Fabrice Franck, lui, résume la réponse de la raoultosphère : « insultes, mensonges, manipulations, menaces et intimidations ». Alexander Samuel regrette quant à lui que le film n'ait pu ni détailler « tous les problèmes de financement de la recherche », ni citer les chercheurs étrangers, Elisabeth Bik, Frits Rosendaal ou Leonid Schneider, qui ont pris leur part du travail.

Face caméra

La série a choisi d'interroger deux figures de la complosphère : après Éric Chabrière, Didier Raoult finit lui aussi par apparaître devant la caméra de la réalisatrice. Il retrace d'abord sa naissance au Sénégal, dans une unité de recherche bâtie par son père, avec au rez-de-chaussée de la maison un laboratoire tenu par sa mère. « On vivait comme des milliardaires, comme vivaient les gens dans les colonies à l'époque », se souvient-il.

Mais l'entretien est parfois laborieux face à l'agressivité de Didier Raoult. Quand on lui demande s'il est vacciné, il répond, lapidaire : « Si vous commencez à me poser des questions sur le vaccin, je vais vous poser des questions sur votre vie sexuelle ». De sa fille, il n'est pas non plus question : « Je ne veux pas en parler, ce n'est pas négociable ». De ses décorations, en revanche, il voulait bien parler.

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