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Stefan Zweig encore : « Le plus génial chez Hitler était sa tactique de tester les eaux petit à petit et d’augmenter sa pression sur une Europe qui, moralement et militairement, s’affaiblissait parfois. Déterminé depuis longtemps l’action contre la liberté d’expression et tout livre indépendant en Allemagne a été réalisée avec la même méthode d’essai préliminaire. Aucune loi n’a été promulguée qui interdise purement et simplement nos livres : cela viendrait deux ans plus tard… Bientôt un petit essai fut organisé pour savoir jusqu’où on pouvait aller…Le national-socialisme, avec sa technique de tromperie sans scrupules, se garde de marquer la radicalité totale de vos objectifs avant d’avoir endurci le monde. De sorte qu’ils utilisaient leurs méthodes avec prudence ; à chaque fois la même chose : une dose, puis une courte pause. Une pilule puis un moment d’attente pour voir si elle n’avait pas été trop forte ou si la conscience du monde en supportait la dose. »

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Extraits du Monde d’hier, ses splendides Mémoires…

Zweig :
« Je considère comme un devoir d’attester de cette vie qui est la nôtre, une vie tendue et dramatiquement pleine de surprises, car je le répète, le monde entier a été témoin de ces gigantesques transformations, tout le monde a été forcé de devenir ce témoin. Pour notre génération, il y avait l’évasion ou la possibilité de rester en dehors du jeu, comme pour les précédentes ; en raison de notre nouvelle organisation de la simultanéité, nous avons toujours vécu inclus dans le temps. Quand les bombes détruisaient les maisons de Shanghai, en Europe on le savait, sans sortir de chez soi, avant même que les blessés soient évacués. Tout ce qui s’est passé à l’autre bout du monde, à des kilomètres de distance, nous a agressés sous la forme d’images vives. Il n’y avait aucune protection ou défense contre le fait que nous étions constamment informés et que nous nous intéressions à ces informations. Il n’y avait aucun pays où fuir et aucune tranquillité d’esprit à acheter ; toujours et partout la main du destin nous rattrape et nous ramène dans son jeu insatiable. »


« Obéissant à une loi irrévocable, l’histoire nie aux contemporains la possibilité de connaître dès ses débuts les grands mouvements qui ont déterminé son temps. »
Ensuite il y a le chaos social et économique qui, bien entretenu (voyez Cerise), mène droit à la dictature :

« Hitler ne réapparut que quelques années plus tard, puis la vague furieuse de mécontentement le souleva tout de suite au sommet. L’inflation, le chômage, les crises politiques et, à un degré moindre, la bêtise étrangère avait réveillé le peuple allemand : pour le peuple allemand, l’ordre a toujours été plus important que la liberté et la loi. Et qui a promis l’ordre (Goethe a dit qu’il préférait une injustice à un désordre) dès le premier instant, point sur lequel il pouvait compter des centaines de milliers d’abonnés. »

« Grâce à Hitler, l’industrie lourde se sentait libérée du cauchemar bolchevique…Les petits commerçants se souvenaient de leur promesse de fermer les grands magasins, leurs concurrents les plus dangereux (une promesse qui ne fut jamais accomplie), et surtout l’armée a célébré l’avènement d’un homme qui a injurié le pacifiste et dont la mentalité était militaire. »
Ceux qui pensent que les militaires vont ramener la liberté en France oublient Pétain, les Bonaparte et le reste. Ils serviront la main qui les nourrit.

« Puis l’incendie du Reichstag a éclaté (rappel : le 27 février 1933), le Parlement a disparu et Goering a lâché ses hordes : tous les droits en Allemagne ont été brisés d’un seul coup. Horrifié, le peuple appris que les camps de concentration existaient en temps de paix et que dans les casernes des chambres secrètes ont été construites où des innocents ont été tués sans procès ni formalités. »

 « Le plus génial chez Hitler était sa tactique de tester les eaux petit à petit et d’augmenter sa pression sur une Europe qui, moralement et militairement, s’affaiblissait parfois. Déterminé depuis longtemps l’action contre la liberté d’expression et tout livre indépendant en Allemagne a été réalisée avec la même méthode d’essai préliminaire. Aucune loi n’a été promulguée qui interdise purement et simplement nos livres : cela viendrait deux ans plus tard… Bientôt un petit essai fut organisé pour savoir jusqu’où on pouvait aller… »

« Le national-socialisme, avec sa technique de tromperie sans scrupules, se garde de marquer la radicalité totale de vos objectifs avant d’avoir endurci le monde. De sorte qu’ils utilisaient leurs méthodes avec prudence ; à chaque fois la même chose : une dose, puis une courte pause. Une pilule puis un moment d’attente pour voir si elle n’avait pas été trop forte ou si la conscience du monde en supportait la dose. Et puisque la conscience européenne – honte à son ignominie – a insisté avec ferveur sur son désintérêt, car ces actes de la violence se sont produits « de l’autre côté des frontières », et les doses ont été de plus en plus fortes, à tel point que finalement toute l’Europe a été victime de tels actes. »

 « C’étaient des groupes secrets, cachés dans leurs bureaux et leurs consortiums, qui profitaient cyniquement de l’idéalisme naïf des jeunes pour leurs ambitions de pouvoir. »

Zweig écrit sur sa mère ces lignes incroyables :

« A son âge, elle avait les jambes faibles et était habituée, pendant sa promenade quotidienne, se reposer sur un banc dans le Ring ou dans le parc tous les cinq ou dix minutes de marche douloureuse. Cela ne faisait même pas huit jours qu’Hitler était devenu maître et Seigneur de la ville (Vienne), qu’il proclama l’ordre interdisant aux Juifs de s’asseoir sur des bancs : était l’une de ces interdictions conçues, de toute évidence, dans le seul et sadique but de martyriser avec malice… »

Sources :
Stephan Zweig – Le Monde d’hier – retraduit ici de l’espagnol

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