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Sous vos pieds, dans vos données, dans vos courses : la chaleur perdue qui pourrait remplacer votre chauffage

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On appelle « chaleur fatale » ou « chaleur de récupération » une chaleur perdue générée par des dispositifs dont la fonction principale n'est pas l'émission de chaleur, comme les égouts ou les appareils électroniques.

Quand nos eaux usées deviennent une source d’énergie

Ça se passe sous nos pieds et il s'agit certainement d'une des innovations des plus étonnantes pour se chauffer : la récupération de chaleur des eaux usées ou riothermie. Les égouts maintiennent une température relativement stable toute l'année, généralement entre 12 et 20 °C et cette chaleur résiduelle peut être captée et récupérée, via des échangeurs thermiques couplés à des pompes à chaleur pour alimenter un bâtiment en chauffage ou climatisation. En effet, l'été, les égouts restent « frais » et l'hiver, « chaud » par rapport aux températures extérieures.

Pompe à chaleur (PAC) devant une maison moderne © Jérôme Rommé, Adobe Stock
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En Belgique, l'opérateur public Vivaqua développe actuellement cette technologie. À Bruxelles, l'immeuble administratif Brucity utilise d'ores et déjà la riothermie pour couvrir 87 % de ses besoins en refroidissement grâce aux eaux usées. À Uccle, cette technologie permet au nouveau centre administratif de récupérer jusqu'à 25 % de ses besoins en chauffage et refroidissement.

La récupération de chaleur des eaux usées ou riothermie expliquée par Vivaqua. © Vivaqua, YouTube 

En France, le centre aquatique d'Arras est chauffé par les eaux usées de la communauté urbaine depuis plus de 10 ans. Dans la métropole lyonnaise, la ZAC de La Saulaie sera pourvue d'une centrale énergétique souterraine qui captera les calories de la station d'épuration de Pierre-Bénite. Elle devrait couvrir, à terme, 42 % des besoins en chauffage, eau chaude sanitaire et rafraîchissement du quartier.

Ces projets restent malheureusement dédiés aux zones urbaines et périurbaines puisqu'elles jouissent de réseaux d'assainissement.

Les centres de données, véritables chaudières numériques

Chaque mail envoyé, chaque vidéo visionnée ou chaque recherche engagée sur un navigateur mobilisent des serveurs qui chauffent considérablement et nécessitent d'être refroidis par des systèmes énergivores. Le coût énergétique s'avère très important et la chaleur fatale s'évapore. Certaines entreprises cherchent désormais à récupérer cette énergie.

Par exemple, Danfoss, entreprise danoise spécialisée dans les solutions énergétiques, développe des unités de récupération de chaleur capables de capter cette énergie perdue et de la réinjecter dans des réseaux de chauffage urbain pour chauffer les immeubles voisins.

Il est déjà possible de récupérer la chaleur des data centers (centres de données) ! © Production Perig, Adobe Stock

En France, depuis les années 2020, Neutral-IT a installé ses centres de données dans des immeubles. Cette entreprise atypique propose des services numériques écologiques dont la quasi-totalité de l’électricité consommée est valorisée sous forme thermique, notamment pour chauffer l'eau des bâtiments ou des piscines. Selon ses chiffres, 96 % de l'électricité consommée par les serveurs du data center est transformée et les émissions de CO₂ ont baissé de 113 %.

À l'heure où l'IA explose, valoriser la chaleur des data centers et développer des solutions capables de décarbonater le numérique permettrait de transformer une contrainte énergétique en un véritable atout bas carbone !

Des centaines de data centers vont être construits en France d'ici 2030. © Karine Durand. Image d'illustration avec IA Image Bing
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Les supermarchés et l’industrie, ces sources inattendues de chaleur

Avez-vous déjà remarqué comme les armoires frigorifiques des supermarchés génèrent, elles aussi de la chaleur ? Elle est généralement expulsée vers l'extérieur et accentue la quantité d'émissions carbone des grandes surfaces - selon les derniers chiffres de 2021 rapportés par La Dépêche, ils s'élevaient à 17 à 34 millions de tonnes de CO₂ par an et par enseigne en France.

La société suédoise Munters - également établie en France - est spécialisée dans le traitement de l'air. Elle conçoit des systèmes permettant de récupérer l'énergie résiduelle des grandes surfaces et des bâtiments industriels pour la réinjecter dans le chauffage du bâtiment ou dans des immeubles voisins.

Danfoss illustre cette même approche dans un supermarché danois : grâce à ce système, le magasin a réduit sa facture de chauffage de 89,7 % et son empreinte carbone de 6,7 tonnes « simplement » en revalorisant l'énergie résiduelle de ses armoires frigorifiques.

Là encore, cette technologie peut s'appliquer dans des zones industrielles, d'activité ou urbaines où les systèmes dégagent de grandes quantités de chaleur fatale qui pourrait être valorisée plutôt que perdue.

De simples armoires réfrigérées ? Pas uniquement... de la chaleur à valoriser ! © bernardbodo, Adobe Stock

Alors que nous subissons de plein fouet la hausse des prix de l'énergie et l'urgence climatique, la valorisation de ces « déchets thermiques » devient une nécessité et non plus une idée loufoque. La smart-city, ville de demain, deviendra-t-elle également une ville qui se chauffe grâce à elle-même ?

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