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Sortir la culture de l’école, par souci d’économie

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Les restrictions budgétaires exigées par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) ont déjà un effet sur les sorties scolaires culturelles. Plusieurs ont été coupées depuis la rentrée. Le programme La culture à l’école, par lequel des artistes vont contaminer par l’art les élèves dans les classes, est aussi touché. Et dans les « mesures d’économie prévues par le MEQ », selon le Rapport du vérificateur général du Québec 2025-2026, il y a celle de « réduire de moitié, à compter de 2027-2028, les sommes alloués » à ces deux programmes.

« La culture québécoise demeurera toujours un élément important du parcours scolaire et un moteur pour favoriser la réussite éducative des élèves, a répondu le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel. Soulignons qu’aucune annonce n’a été faite à ce jour concernant l’exercice budgétaire en cours. »

Les « économies prévues » dans le rapport le sont pour le prochain exercice, soit 2026-2027 : 13 millions de dollars de moins. Pour les trois années suivantes : 26,5 millions. C’est 60 % des montants en moins. Car les sorties scolaires bénéficient cette année (2025-2026) de 38,2 millions de dollars, plus 2,51 millions pour les établissements privés subventionnés. Le programme La culture à l’école coûte 3,1 millions.

Ces deux programmes sont des maillons essentiels de l’alliage de la culture à l’école. Et ils souffrent déjà des coupes que le MEQ impose aux centres de services scolaires (CSS).

En 2025, plusieurs sorties n’ont pas été programmées, ou ont été annulées, selon les témoignages que Le Devoir a recueillis auprès de CSS, de diffuseurs et de leurs regroupements.

Pourtant, en règle générale, l’enveloppe consacrée aux sorties scolaires est protégée. Ses sous ne peuvent servir à d’autres usages. Exceptionnellement cette année, les CSS ont eu le droit d’en utiliser jusqu’à 20 % pour des services directs aux élèves, comme l’a expliqué le MEQ.

Cette consigne n’a pas été claire dès la rentrée. Certains CSS ont mis un holà complet aux sorties culturelles, par précaution financière. D’autres en ont prévu moins. Certains ont conservé leurs habitudes.

Conséquences ? Les élèves du Québec font déjà moins de sorties scolaires. Ils ont moins d’occasions d’apprendre à naviguer entre les œuvres d’un musée, à respecter le silence d’une salle de théâtre, à discuter des œuvres avec les médiateurs, les artistes, leur prof.

Des diffuseurs perdent le contact avec un important public jeunesse, comme Ovascène, à Sainte-Marie, en Beauce. En 2023-2024, le diffuseur a accueilli 3404 élèves du primaire. En 2025-2026, pour les deux représentations scolaires qui ne se donnent qu’à l’automne : 1095 élèves. C’est 68 % moins d’élèves spectateurs qu’il y a deux ans.

« On a travaillé fort pour ne pas annuler de représentations, confie la directrice générale de l’organisation, Marie-Ève Dumas. Mais sérieux, on a fait du harcèlement, quasiment, pour trouver l’école qui nous manquait. »

À la SPEC du Haut-Richelieu, quelque 10 000 billets scolaires de moins que l’an dernier ont été réservés. « Mes salles en scolaire sont emplies à 69 %. L’an dernier, elles étaient à 82 % », illustre Virginie L’Écuyer, conseillère à la programmation jeunesse.

L’effet est domino : Ovascène a dû annuler les trois représentations optionnelles au contrat des producteurs. En d’autres mots, les producteurs vendent moins de spectacles ; autant de cachets perdus pour leurs comédiens et collaborateurs.

« C’est pas du bricolage que je fais, c’est un métier »

Du côté de La culture à l’école, même topo. S’il visite habituellement de 37 à 40 écoles chaque automne, le bédéiste Tristan Demers, père de Gargouille, ne s’est rendu que dans 11 établissements l’automne dernier. « Comme artiste, en classe, je fais un travail pédagogique complémentaire à celui de l’enseignant, mais différent. »

Le programme La culture à l’école a été instauré en 1999, pour faire vivre aux élèves des expériences culturelles « et les amener à développer leur ouverture, leur curiosité, leur esprit critique et leur sens esthétique », selon les mots du gouvernement de l’époque.

En 2022, le gouvernement Legault était fier de rehausser pour la première fois, de 58 %, les honoraires des artistes qui y participent. Ils passaient de 325 $ à 515 $ par jour, pour trois ateliers maximum.

Le gouvernement déclarait alors que « l’accès à la culture tout au long du parcours éducatif est primordial ». Il « stimule la motivation, le sentiment d’appartenance à l’école et, ultimement, la réussite. »

Tristan Demers y croit : « Je suis une bougie d’allumage. Pour le p’tit gars qui n’aime pas écrire, qui n’aime pas le cours de français, et qui, tout d’un coup, par la bédé, pour faire parler son personnage de dragon, pose des questions de narration à son prof. Un prof peut surfer là-dessus ensuite », affirme-t-il. Les visites scolaires constituaient auparavant 65 % de son revenu annuel.

L’artiste visuelle Katy Lemay, elle, fait habituellement de six ou sept ateliers par an avec La culture à l’école, et parfois des résidences longue durée, qui sont tous deux un apport important à son revenu annuel.

« Le collage est une technique qui me permet d’attraper les élèves qui n’aiment pas l’art, ceux qui résistent le plus — surtout les garçons, explique-t-elle. Je vois la lumière qui apparaît d’un coup dans leurs yeux. »

« Ma démarche d’artiste a évolué au contact des enfants. Ils ont la simplicité du geste, des choix de couleurs fabuleux. Pour les profs, j’arrive avec un nouveau souffle. C’est pas du bricolage que je fais. C’est un métier. Et je montre aux élèves que c’est aussi un métier. »

Faire cavalier seul

Le programme des sorties scolaires culturelles était une promesse électorale de François Legault, en 2018 : « Deux sorties culturelles minimum, par enfant, du préscolaire au secondaire, à chaque année. » En 2020-2021, déjà, près de 920 000 élèves en profitaient. Ils faisaient quelque 29 000 sorties.

Sept ans sont passés. En novembre dernier, l’actuel ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, annonçait que pour 2024-2025, la mesure des sorties culturelles scolaires « a été utilisée à plus de 95 %, un niveau jamais atteint jusqu’à maintenant ».

C’était au dévoilement des conclusions du Chantier sur les arts de la scène, commandé par le ministre pour que le milieu des arts vivants nomme des solutions potentielles à la crise des arts que vit le Québec.

Parmi ces recommandations, la toute première était de renforcer les liens entre la culture et l’éducation, en accroissant l’efficacité et la portée des programmes et mesures culturelles du milieu de l’Éducation, et de la mesure de soutien aux sorties scolaires en milieu culturel.

Alain Beauchesne, codirecteur de Théâtres unis enfance jeunesse, dont les membres donnent des spectacles scolaires, affirme qu’ils servent à forger le public de demain. « On sait, chiffres à l’appui, qu’il existe un lien entre le nombre de spectacles vus dans sa jeunesse et le nombre de spectacles auxquels on assiste une fois adulte. Investir dans la jeunesse aujourd’hui, c’est investir pour demain », scande-t-il.

Le cabinet du ministre de la Culture n’a pas voulu faire de commentaires.

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