Ulysse, en salles ce mercredi, est un solaire récit d’apprentissage, dans les pas de la vie hors-norme d'un fils, de la naissance à 18 ans. Laetitia Masson approche le handicap à la mesure de son bel amour maternel. Le film a été projeté en clôture de la section Un certain Regard, au dernier Festival de Cannes.

Nathalie Chifflet - Aujourd'hui à 09:00 - Temps de lecture :

Élodie Bouchez et Alphonse Roberts. Photo ARP Sélection Élodie Bouchez et Alphonse Roberts. Photo ARP Sélection

Dans la mythologie, la guerre de Troie dura 10 ans. Durant son voyage de retour vers Ithaque, Ulysse rencontra de nombreux obstacles, et 10 nouvelles années s’écoulèrent encore avant qu’il ne rentre chez lui. Dans le film de Laetitia Masson, la guerre de l’enfant Ulysse dure longtemps aussi : c’est le combat épique de toute une vie, sans doute, mais plus sûrement de la vie de tous les jours et de chaque instant.

Laetitia Masson connaît bien cette guerre personnelle et intime, puisque c’est la sienne, ses champs de bataille incessants, familiaux pour faire grandir un enfant différent des autres, médicaux face à la maladie génétique de son fils, éducatifs face aux portes fermées sur le handicap, professionnels pour le faire accéder à une certaine autonomie. À l‘écran, le fils dont elle porte la vigoureuse fiction avec une foi éblouissante dans les moyens du cinéma et du récit, pour le faire le plus justement possible, sans pathos, sans dolorisme, n’est pas n’importe quel acteur. C’est son fils, tignasse noire de clown ébouriffé, silhouette penchée au travers burlesque, qui va bien à l’absurdité et au tragicomique de nombre de situations. Dans la chronique du film, Thibaut Mahieux qui incarne Ulysse jeune, est lui aussi formidable.

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Mère et fils de part et d’autre de la caméra

La cinéaste n’avait pas prévu de le faire jouer, mais il s’est imposé à elle, parce que qui d’autre, pour savoir jouer, savoir être, dans cette fiction biographique, ce fils qu’elle raconte de son point de vue à elle, la mère ? L’attachant Alphonse Roberts joue Ulysse, son double très documenté, avec un humour à froid à la fois déconcertant, irrésistible. Il donne le ton de ce film, jamais apitoyé, toujours sûr de son chemin, cette grande petite odyssée entravée par le handicap, lumineusement mis en scène.

La mère, c’est la subtile et fine Élodie Bouchez, qui brille au combat dans ce film qui mobilise ce qu’elle sait le mieux jouer au cinéma, la tendresse, la douceur, la bienveillance. Stanislas Merhar puis Gringe l’entourent bien, mais elle ancre le film, elle lui donne ses appuis, sa solidité et son élan. L’odyssée d’Ulysse avance parce qu’elle propulse cette mère, qu’il serait facile de dire courage, avec une folle espérance. Il faut dire un mot aussi sur l’indispensable Romane Bohringer : elle a un petit rôle dans le film, mais qui lui ressemble, celui d’une espèce de bonne fée, déposant des poussières de joie sur tout ce qu’elle touche.

Ulysse de Laetitia Masson, en salles dès ce mercredi 17 juin. Durée : 1 h 37.

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