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Solarpunk : l’espoir radical comme arme de destruction du cynisme

3 week_ago 15

         

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À la pompe, les chiffres s’affolent. Au supermarché, la facture grimpe sans cesse. Pour se changer les idées et échapper aux actualités anxiogènes, on décide de sortir, de prendre l'air... pour réaliser qu'en ville, tout coûte cher.

Mawuli Campbell, 25 ans, a découvert le mouvement solarpunk étant plus jeune.

Élevé à Rigaud, en banlieue montréalaise, il s'était d'abord passionné pour le cyberpunk, ces futurs sombres, pollués et dirigés par les mégacorporations.

Puis, quelque chose a changé. Plus j'apprenais à quoi ça ressemblerait vraiment d'habiter dans un futur cyberpunk, plus ça m'a introduit au solarpunk, raconte-t-il.

Mawuli Campbell

Mawuli Campbell

Photo : Cam Gauthier

Aujourd'hui, le fondateur de la plateforme Hopamine organise des rassemblements à Montréal pour connecter ingénieurs, juristes, artistes et entrepreneurs autour d'une idée simple : concevoir des solutions centrées sur le bien-être humain plutôt que sur le profit.

Son évènement du 25 avril a réuni une quarantaine de personnes.

L'antithèse du cyberpunk

Dessin qui mèle l'urbain et le végétal.

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Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Apparu sur des blogues autour de 2008, en pleine récession économique, le solarpunk est à la fois un genre littéraire de science-fiction, une esthétique architecturale et un courant social.

Une partie de l'aéroport de Singapour est inspirée de l'imagiaire du solarpunk comme le Vortex de pluie, la cascade intérieure la plus haute du monde.

La chute intérieure a été baptisée Vortex de pluie.

Photo : Reuters / Feline Lim

Il propose l'inverse des récits dystopiques : un avenir désirable, à faible empreinte carbone, où la technologie sert les communautés plutôt que les actionnaires.

Si le solarpunk résonne tant aujourd'hui, c'est parce que les promesses capitalistes des années 1990 et 2000 ont échoué, explique Ariel Kroon, chercheuse indépendante et doctorante en philosophie.

Ariel Kroon

Ariel Kroon

Photo : Cam Gauthier

Elle observe que les nouvelles générations, frappées de plein fouet par la crise du logement, cherchent une porte de sortie à ce sentiment d'impuissance.

Je pense que la raison pour laquelle le solarpunk devient si attrayant et gagne tant de terrain, c'est parce qu'il théorise qu'il peut y avoir une alternative.

Un tantinet anticapitaliste, le mouvement remet en question nos modes d'interaction purement transactionnels. Dans la vision solarpunk, la ville de demain tourne autour de l'éthique du faire soi-même (DIY), fondamentalement liée aux origines des mouvements punk.

Pour Katy Fulfer, professeure associée à l'Université de Waterloo, le punk du solarpunk représente un refus d'accepter le contrôle des entreprises et le statu quo.

Au premier plan des végétaux poussent sur un toit d'immeuble, en arrière-plan on peut voir des gratte--ciels de Toronto.

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VIDÉO | Le solarpunk place l'humain avant le profit

Photo : Radio-Canada / Mathis Cardinal

D'ailleurs, le Manifeste solarpunk (nouvelle fenêtre) déclare que le punk du mouvement parle de rébellion, de contre-culture et de post-capitalisme. Il s’agit de prendre une direction différente de celle du courant dominant, qui s’engage de plus en plus dans une voie inquiétante, peut-on y lire.

Face à une culture dominante axée sur la consommation et l'aliénation, choisir de réparer ses objets, de cultiver sa nourriture ou de partager son énergie à l'échelle locale devient l'un des actes de rébellion les plus puissants que l'on puisse poser.

Notre avenir doit passer par la réutilisation et la création de nouvelles choses à partir de ce dont nous disposons déjà, déclare le manifeste.

Le mouvement ne rejette pas la technologie pour autant. Utilisons la technologie de manière à répondre aux véritables besoins des gens, et non pas juste pour rendre les riches encore plus riches ou contribuer à davantage de dévastation environnementale, plaide Mme Fulfer.

De la théorie au compost : le cas de Mississauga

Dessin qui mèle l'urbain et le végétal.

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Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Pour Katy Fulfer, le sentiment de communauté et de solidarité qu'offre le solarpunk répond définitivement à l'épidémie de solitude à laquelle nous sommes confrontés.

L'idée, c'est de repenser l'urbanisme autour du partage. Être connecté à la terre est bon pour nous. Des choses comme les jardins communautaires sont des espaces multigénérationnels, affirme-t-elle.

Le solarpunk a la capacité de traverser les générations.

Mais l'action citoyenne a besoin d'appuis. En matière d'aménagement urbain, la planification municipale joue un rôle central, rappelle-t-elle.

Katy Fulfer

Katy Fulfer

Photo : Cam Gauthier

À Mississauga, la stratégie d'agriculture urbaine Homegrown (nouvelle fenêtre) semble solarpunk sans le vouloir.

Développée dans le cadre du plan d'action climatique municipal, elle vise à réduire les émissions liées au transport alimentaire tout en renforçant la résilience des communautés.

La stratégie d'agriculture urbaine est beaucoup plus holistique. Il s'agit de créer un sentiment de communauté, explique Diane Zimmerman, gestionnaire de l'environnement pour la Ville.

Pour rejoindre réellement sa population, Mississauga a traduit ses guides de jardinage dans les cinq langues les plus parlées localement. Cultiver de la nourriture rassemble les gens, dit-elle.

Espoir et dopamine

Dessin qui mèle l'urbain et le végétal.

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Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

C'est précisément cette conviction que Mawuli a voulu mettre en action avec Hopamine. Le nom joue sur hope (espoir) et dopamine, une sorte de neurochimie de l'action, selon le jeune créateur.

Il croit que montrer des preuves de concept concrètes, des exemples que ça fonctionne, suffit à enclencher quelque chose de plus grand.

Sa plateforme réunit dans un serveur Discord des ingénieurs, des avocats, des biochimistes et des créateurs pour coconcevoir des solutions accessibles.

L'une des réalisations en cours : un jardin hydroponique vertical dont les schémas sont téléchargeables gratuitement et imprimables en 3D dans les bibliothèques locales. L'objectif est de rendre la souveraineté alimentaire aussi simple qu'appuyer sur un bouton.

Il raconte comment, en sixième année à Rigaud, il avait remporté un concours « Maire d'un jour ».

Il avait utilisé ce pouvoir éphémère pour faire réparer l'infrastructure sportive de l'école, installer des rampes d'accès pour personnes à mobilité réduite et reconstruire le skatepark municipal. Faire confiance au peuple, créer des solutions qui facilitent leur propre vie, dit-il.

C'était déjà, sans le savoir, une pensée solarpunk.

Ça commence avec l'individuel, mais l'individuel ne peut pas travailler sans la communauté et la communauté ne peut pas être facilitée sans l'infrastructure.

Utopie ou illusion ?

Tous ne partagent pas cet optimisme. Pour Christopher De Souza, professeur en planification urbaine à l'Université métropolitaine de Toronto, le mouvement se heurte à des obstacles bien concrets : le coût, le temps, les inégalités d'accès au savoir, la peur de la nature.

Christopher De Souza

Christopher De Souza

Photo : Cam Gauthier

C'est très facile de pointer la Ville du doigt. Mais qu'est-ce que vous faites dans votre vie quotidienne?, questionne-t-il.

Ces conversations s'intensifient toujours en période de crise. Ma crainte, c'est qu'une fois la crise passée, les gens retournent à leurs vieilles habitudes.

Il donne tout de même une valeur au mouvement. Visualiser un futur alternatif nous donne une cible, admet-il. Et si le solarpunk pousse les gens à réfléchir à leurs habitudes, c'est déjà beaucoup.

Dessin qui mèle l'urbain et le végétal.

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Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Mawuli, lui, refuse de croire à la paresse de sa génération. Si les gens arrivent épuisés le soir, explique-t-il, c'est qu'ils ont travaillé fort et cette fatigue mérite d'être respectée.

Ce qu'il faut, c'est leur donner l'information, le savoir-faire, et leur montrer que leur effort sera reçu et partagé à l'échelle de la communauté.

Ailleurs dans le monde, des villes adoptent des logiques solarpunk, parfois par innovation, souvent par nécessité :

  • Vancouver récupère la chaleur de ses eaux usées pour chauffer ses immeubles.

  • Le Royaume-Uni a imposé des panneaux solaires sur les nouvelles habitations en réponse à la flambée du prix des hydrocarbures.

En fin de compte, comme le note Nina Munteanu, autrice de science-fiction associée au mouvement, il y a beaucoup de choses qui sont d'esprit solarpunk qui n'ont pas encore été étiquetées solarpunk.

Un dessin qui montre une ville pleine de verdure.

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Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

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