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Les pompiers entament à partir de ce mardi un mouvement de grève d’un mois et demi pour obtenir des moyens supplémentaires et des solutions de financement pérennes pour les Services départementaux d’incendie et de secours. Profitant de l’attention portée sur eux avec les gigantesques incendies de l’été, ils veulent mettre la pression sur le gouvernement.
Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Ils ne vont évidemment pas arrêter de porter secours aux victimes d’un accident de la route ou refuser d’éteindre un incendie. C’est tout au plus en arborant les mots « En grève » que les pompiers de France vont faire connaître leur ras-le-bol à partir de ce mardi et jusqu’au 20 octobre, dans le cadre d’un mouvement de protestation qui pourrait être massif, après un été dramatique marqué par des incendies gigantesques.
Mi-août, les neuf organisations syndicales de la profession avaient profité du focus médiatique porté sur leur profession par les feux des Landes, de Gironde et du Var - qui ont fait quatre morts dans leurs rangs - pour obtenir de leur ministère de tutelle, place Beauvau, une accélération des réformes nécessaires, inspirées du Beauvau de la Sécurité civile qui s’est tenu entre 2024 et 2025.
« Les incendies de cet été nous ont permis de sortir du bois pour dire tout ce qui ne va pas », résume Sébastien Bouvier, secrétaire fédéral CFDT des Sdis (Services départementaux d’incendie et de secours), assumant d’avoir profité de l’occasion pour porter les revendications des pompiers. « Si on l’avait fait en février, personne ne nous aurait écoutés. » Ce mardi, l’intersyndicale rencontrera Julien Marion, chef de la Sécurité civile, qui doit leur présenter le projet de loi qu’ils attendent. Il doit être « ambitieux », a d’ores et déjà prévenu auprès de notre journal le colonel Jean-Paul Bosland, président de la Fédération nationales des sapeurs-pompiers, forte de ses 280 000 adhérents.
Le mégafeu en Gironde a mis en lumière « un problème »
Et c’est donc pour mettre la pression sur le gouvernement que les syndicats ont choisi cette date comme premier jour de grève, qui doit être appuyée par une grande journée de mobilisation à Paris le 29 septembre. « C’est plus que de l’impatience ou de l’agacement », assure Manuel Coullet, secrétaire général de Sud Sdis. « C’est de la colère, parce que ça fait des années qu’on dit que ça va mal. Et maintenant voilà, on y est. » À ses yeux, le mégafeu de Saumos, cet été, a mis en lumière les carences de l’État. « On a vu qu’il y avait un problème, développe le syndicaliste. On est censé attaquer massivement un feu naissant pour l’éteindre. Or, on a manqué de capacité pour le faire, en raison du manque de véhicules prépositionnés, notamment des camions et des avions. On a envoyé deux Canadair alors qu’il aurait fallu en mettre quatre, et immédiatement. »
« C’est un feu qui a duré 10 jours, et le discours de façade du ministre disant que tout est sous contrôle ne visait qu’à rassurer la population », abonde Guillaume Millet, représentant CFDT au Sdis de Gironde. « Mais au final, si on n’a dû évacuer 250 000 personnes, c’est qu’on n’était pas si serein que ça. » Au-delà du manque de moyens sur cet incendie historique, le syndicaliste girondin pointe aussi le « manque de ressources humaines » au quotidien pour faire face à l’explosion de la charge de travail. « Au Sdis 33, cela fait des années que nous sommes environ 1 900 sapeurs-pompiers professionnels, explique-t-il. Mais on avait 115 000 interventions annuelles en 2017, alors qu’on en aura près de 150 000 en 2026. »
Matériel non remplacé, casernes non rénovées...
Les revendications sont connues de longue date, et portent principalement sur les effectifs - il manque selon les syndicats 20 000 professionnels en plus des 44 300 en service, et quelque 50 000 volontaires sur les 200 000 que l’on compte actuellement - et sur le financement de la Sécurité civile au niveau de l’État mais aussi des Départements, en charge des Sdis. Selon les syndicats, certains seraient désormais en grande souffrance. « Il y en a une dizaine qui ont de sérieuses difficultés financières », compte Sébastien Bouvier. Cela se traduit par du matériel non remplacé, des casernes qui ne sont pas rénovées, ou des manques de pompiers professionnels qui doivent être comblés par les volontaires. Or, « les volontaires n’ont aucune obligation d’être disponibles », rappelle Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale au titre de la FA/SPP-PATS, qui réclame des mesures fortes : « On a été capable de trouver plusieurs milliards d’euros pour l’Armée. Il faut faire la même politique pour la Sécurité civile. »
Les pistes pour renforcer le financement des Sdis ont déjà été identifiées au cours du Beauvau, autour des collectivités territoriales ou encore du secteur de l’assurance, mais elles tardent à se concrétiser dans la loi. Et les syndicats craignent que le volet financier ne soit expédié dans le budget 2027, et finalement jeté aux oubliettes. « À ce jour, on n’a aucun élément », grince Sébastien Bouvier, quand Manuel Coullet suspecte carrément l’exécutif de « jouer la montre pour que rien ne se passe avant la présidentielle ».
Ce que contient le projet de loi qui sera présenté ce mardi
Le gouvernement doit présenter ce mardi aux sapeurs-pompiers professionnels les grandes lignes d’un projet de loi de modernisation des services de secours, qui prévoit de clarifier les contours de leurs missions.
Le projet de loi propose de distinguer désormais « l’urgence à agir », qui doit relever des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), et « l’urgence à transporter », qui doit incomber aux entreprises de transport sanitaire privées. Demande récurrente des sapeurs-pompiers, le document prévoit également la création d’un contrat territorial de secours d’urgence, soit un pilotage au niveau départemental sous l’égide du préfet, qui aura « pour but de coordonner l’action de l’ensemble des acteurs du secours d’urgence afin qu’une réponse graduée soit apportée à chaque situation ». Des « plateformes communes » de réception et de gestion des appels doivent aussi être créées dans un délai de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la loi.
Les mesures liées aux moyens financiers pour les sapeurs-pompiers ne seront pas présentées avant l’échéance de la prochaine loi de finances, dont l’examen est prévu en octobre. Contacté, le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu à nos sollicitations.


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