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Par Carole Dieterich
Publié aujourd’hui à 06h00Article réservé aux abonnés
ReportageDans la péninsule de Jaffna, au nord du pays, l’élevage de l’holothurie, exportée à prix d’or vers l’Asie de l’Est, a sorti de la pauvreté une partie des habitants de cette région meurtrie par la guerre civile. Mais la multiplication anarchique des fermes menace déjà l’équilibre des fonds marins et le gagne-pain des petits pêcheurs.
Dans les eaux turquoise de la péninsule de Jaffna, à la pointe nord du Sri Lanka, les fermes sous-marines s’étendent sur des kilomètres à la ronde, tout le long de la côte. Dans cette lagune à la beauté sauvage, un étrange animal marin a fait la fortune d’une poignée d’habitants au cours de la dernière décennie, au point de susciter un engouement frénétique dans cette province pauvre de l’île.
Le concombre de mer, invertébré visqueux qui ressemble au légume dont il tire le nom, appartient à la famille des échinodermes, comme les étoiles de mer ou les oursins. Prisée dans la gastronomie chinoise et d’Asie de l’Est, sa version séchée, connue sous le nom de bêche-de-mer, s’arrache à des prix exorbitants pouvant, selon les variétés, aller jusqu’à 150 dollars (130 euros) le kilo. Egalement utilisé en médecine chinoise, il posséderait, dit-on, des vertus aphrodisiaques capables de traiter l’impuissance.
Anthonipillai Thananayaham, l’un des pionniers locaux de l’aquaculture du concombre de mer, ignore pourtant tout du goût et des propriétés attribués à l’animal à l’origine de sa prospérité soudaine. La totalité de la production nationale est destinée à l’étranger : en 2025, le pays a exporté plus 310 tonnes de concombres de mer pour près de 8 millions d’euros. Originaire du bucolique village côtier d’Allaipiddy, sur l’île de Velanai, Anthonipillai Thananayaham vend ces drôles de bestioles marines depuis son adolescence. « A l’époque, nous partions avec quelques plongeurs sur des bateaux et les récoltions à la main », se souvient l’homme de 52 ans, aujourd’hui à la tête d’une ferme de 5 hectares.
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