C’est une frustration pour des millions de voyageurs. Vous aimeriez profiter d’un long trajet en voiture ou en bus pour dévorer un bon roman ou répondre à vos emails. Mais à peine avez-vous baissé les yeux sur votre écran ou votre page que l’inconfort s’installe : sueurs froides, vertiges, et cette envie irrépressible de vomir. On appelle cela la cinétose, ou mal des transports. Mais pourquoi notre corps réagit-il de manière si violente à une situation aussi banale ? La réponse la plus sérieuse des biologistes est surprenante : votre cerveau pense que vous avez ingéré une neurotoxine.
Une dispute sensorielle majeure
Pour comprendre l’origine de la nausée, il faut regarder ce qui se passe dans votre tête. Votre équilibre repose sur la collaboration de plusieurs sens, principalement la vue et le système vestibulaire (l’oreille interne). Lorsque vous marchez dans la rue, tout concorde : vos yeux voient le monde défiler et vos oreilles internes sentent le mouvement de votre corps.
Mais lorsque vous lisez en voiture, vous créez une dissonance, un conflit sensoriel. Vos yeux fixent le livre ou le téléphone. Pour eux, tout est immobile. Le signal envoyé au cerveau est : « Nous sommes à l’arrêt ». Votre oreille interne, en revanche, ressent chaque accélération, chaque virage et chaque freinage du véhicule. Le signal envoyé au cerveau est : « Nous bougeons, et vite ». Le cerveau reçoit donc deux informations contradictoires. Dans la nature moderne, nous savons que c’est la voiture. Mais pour notre cerveau, qui n’a pas beaucoup évolué depuis le Pléistocène, la voiture n’existe pas.
Crédit : LENblR/istock
Le vomissement comme mécanisme de survie
Durant 99% de l’histoire de l’évolution humaine, il n’existait qu’une seule cause possible à une telle hallucination sensorielle (voir quelque chose de fixe alors que l’on sent que le monde tourne) : l’empoisonnement. Si un de nos ancêtres mangeait une baie toxique ou un champignon hallucinogène, le premier symptôme était souvent une perturbation des circuits sensoriels.
C’est ce qu’a théorisé le Dr Michel Treisman dans son article fondateur publié dans la revue Science en 1977. Selon cette hypothèse évolutive, face à ce qu’il interprète comme une urgence vitale, le cerveau déclenche son protocole de défense par défaut contre le poison : vider l’estomac immédiatement.
La nausée n’est donc pas une maladie, mais une tentative (malavisée) de votre corps pour vous sauver la vie en expulsant une toxine imaginaire. C’est pour cela que regarder par la fenêtre soulage souvent le mal : en fixant l’horizon qui défile, vous réalignez vos yeux avec votre oreille interne. Le cerveau comprend que le mouvement est réel, conclut qu’il n’est pas empoisonné, et annule l’ordre de vomir.


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