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« Si j’avais piqué dans la caisse, j’aurais assumé » : un policier révoqué dénonce l'hypocrisie d'un système

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Témoignage exclusif d'un ex-policier municipal mis en cause dans une affaire d'heures supplémentaires présumément frauduleuses. Il estime avoir servi de bouc émissaire.

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La police municipale de Châteaubriant (Loire-Atlantique) dispose de nouveaux équipements.

Un ancien cadre d’une police municipale, révoqué pour une affaire d’abus présumé dans la gestion des heures supplémentaires, affirme que les pratiques qu’on lui reproche sont généralisées dans la profession. (©Actu Toulouse/Illustration)

Par Renaud Vilafranca Publié le 17 mars 2026 à 8h40

« Je n’ai jamais détourné d’argent ! » Un ex-policier municipal révoqué lève un peu plus le voile sur l’épineuse question du paiement présumément frauduleux d’heures supplémentaires dans de nombreuses polices municipales à travers la France. Pratiques dénoncées par une partie de la profession et contre laquelle plusieurs procédures judiciaires ont été ouvertes récemment, comme l’a révélé Enquêtes d’actu en janvier 2026.

Depuis des années, certaines collectivités fermeraient les yeux sur la rémunération d’heures supplémentaires et d’astreintes fantômes dans leur police municipale. D’autres encore garantissent à leurs agents un quota d’heures en plus chaque mois, un peu comme un complément de salaire. Ce qui est formellement interdit par la loi, les heures sup’ devant garder un caractère « exceptionnel ». Pour ces communes, l’objectif est d’attirer des recrues, alors que 5 000 postes resteraient à pourvoir dans le pays.

« Payer des heures supplémentaires plutôt que recruter »

« Quand je suis arrivé en poste au milieu des années 2000, la municipalité préférait payer des heures supplémentaires plutôt que recruter », soulève, sous couvert d’anonymat, un ancien policier, révoqué par sa hiérarchie pour une affaire de ce type. Le désormais retraité exerçait depuis près d’une vingtaine d’années comme cadre dans une petite ville de province quand le maire, quelque temps après son élection, a saisi la justice, estimant avoir découvert une fraude au sein de ses services.

Notre interlocuteur s’est fait rémunérer, pendant près de deux décennies, 300 heures supplémentaires par an. Celles-ci étaient lissées tout au long de l’année, alors que la loi en autorise vingt-cinq par mois au maximum.

« En novembre, on pouvait en faire dix par mois car l’activité est faible alors que l’été, ça pouvait monter jusqu’à quatre-vingt, indique-t-il. Je n’étais pas le seul à en profiter. » Le système lui rapportait environ « 600 euros en plus » chaque mois sur sa fiche de paie, venant s’ajouter à son salaire de base tournant autour de 2 500 euros.

Garde à vue, mise à pied, puis fin de carrière : il est encore sous le coup d’une procédure judiciaire. Le préjudice pour la commune dépasserait les 150 000 euros sur une période de six ans.

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« Ces heures, je les ai effectuées »

L’intéressé dénonce l’hypocrisie de son ancien patron. Il a le sentiment d’avoir servi de fusible. « J’ai demandé plusieurs fois que des délibérations soient prises pour régulariser la situation. Personne n’a jamais remis en cause ce système pendant toutes ces années », assure-t-il.

Et de marteler : « Ces heures, je les ai effectuées. J’en ai même effectué bien plus qui n’ont pas été rémunérées. Je me suis usé la santé à travailler comme cela. Si j’avais piqué dans la caisse, en tapant dans les horodateurs comme cela a déjà pu se voir ailleurs, j’aurais assumé. »

Pour l’ancien fonctionnaire qui affiche des états de service sans accroc, l’affaire est d’autant plus incompréhensible que ces heures sup’ auraient été « validées par le directeur général des services et les élus ».

Afin de ne pas trahir l’anonymat de notre source, nous n’avons pas sollicité la municipalité en question. Néanmoins, selon nos informations, la révocation de cet agent n’a pas été soutenue par le conseil de discipline de la fonction publique, instance dans laquelle siège un magistrat, deux maires et deux syndicats. Malgré cet avis défavorable, l’édile a tout de même décidé de se séparer de lui.

Pour cet homme qui a travaillé plus de vingt ans dans différentes polices municipales, ce mode de fonctionnement litigieux autour des heures supplémentaires n’est pas nouveau. Et comme de nombreuses autres sources citées dans notre enquête, il estime qu’il est généralisé dans la profession. « Maintenant, l’autre levier pour attirer des recrues, c’est l’armement létal. Plus grand monde ne veut travailler sans être armé. »

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