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«La FIFA n’en fait pas assez» au regard des risques liés à la chaleur extrême

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Dans les derniers jours, plusieurs matchs de la Coupe du monde de soccer se sont déroulés en pleine canicule dans l’est des États-Unis. Samedi, le match France-Paraguay n’a pas été annulé, malgré une température ressentie atteignant les 40,5 degrés, et s’est déroulé dans des conditions « absolument terribles », qui peuvent avoir des répercussions sur la santé des joueurs ainsi que sur celle des spectateurs. Le Devoir fait le point sur la situation avec des experts.

De nombreux experts ont soulevé des inquiétudes dans les derniers mois concernant les fortes chaleurs pendant les matchs de la Coupe du monde aux États-Unis. D’ailleurs, en mai dernier, 21 chercheurs ont interpellé la FIFA dans une lettre ouverte s’inquiétant de ces conditions météorologiques extrêmes et estimant que les directives de la FIFA en matière de prévention du stress thermique étaient « insuffisantes ».

La Coupe du monde, qui durera jusqu’au 19 juillet, pourrait voir d’autres matchs se dérouler dans des conditions extrêmes. Lundi, le match Portugal-Espagne doit se jouer à Dallas, où des températures pouvant atteindre les 36 degrés sont attendues. Atlanta accueillera le match Argentine-Égypte mardi avec des températures maximales de 33 degrés.

Risques sur la santé des joueurs

Déshydratation, crampes, fatigue, maux de tête ou nausées : n’importe quelle activité sportive prolongée pratiquée sous une chaleur extrême peut comporter des risques.

Dans le cas des joueurs de la Coupe de monde, la plupart d’entre eux ont été préparés en amont pour faire face à ces températures. Plusieurs équipes ont suivi des protocoles d’acclimatation d’une durée de sept à dix jours dans des conditions chaudes et humides pour que leur corps puisse s’adapter, explique Thomas Deshayes, professeur à la Faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke.

Toutefois, même lorsque les joueurs sont préparés, « ça reste un effort physique considérable, car ils vont transpirer abondamment pour tenter d’évacuer la chaleur [de leur corps] », souligne Stephen S. Cheung, professeur émérite au Département de kinésiologie de l’Université de Brock, en Ontario.

D’ailleurs, le coup de chaleur est l’une des principales causes de décès chez les athlètes et nécessite une attention médicale immédiate. « Le coup de chaleur c’est la température corporelle qui dépasse les 40 °C et qui pourrait affecter le système nerveux central », explique M. Deshayes. « C’est vraiment vital. »

Les problèmes cardiaques constituent un autre risque important chez les athlètes de haut niveau, souvent oublié, selon M. Deshayes : « la chaleur fait en sorte que notre cœur bat plus rapidement ».

Il souligne également que, dans un contexte de match, les joueurs ne sont pas forcément à l’écoute des signaux envoyés par leur corps puisqu’ils sont submergés par l’excitation et la motivation de gagner.

Répercussions sur le niveau de performance

En plus des risques pour la santé des joueurs, la chaleur peut également influer sur leur niveau de performance, soutiennent les deux experts interrogés par Le Devoir.

Évoquant des « indicateurs indirects » de performance, M. Deshayes note un nombre de passes réussies plus faible lorsque les joueurs sont dans des conditions de chaleur extrême, mais aussi moins de buts marqués, et une distance parcourue sur le terrain plus faible.

Même son de cloche pour M. Cheung. « L’une des choses qui ont été étudiées et démontrées, c’est que les footballeurs et les pratiquants d’autres sports collectifs, lorsqu’ils jouent, s’entraînent ou participent à des compétitions par forte chaleur, courent moins et courent plus lentement », affirme-t-il. « Ils n’atteignent pas les vitesses maximales dont ils sont habituellement capables. »

Risques pour les spectateurs dans le stade

« Il ne s’agit pas seulement de la santé des joueurs, mais aussi de celle des spectateurs », rappelle M. Cheung. Même s’ils sont passifs et assis pendant la majorité du match, les partisans pâtissent également de la chaleur, particulièrement lorsque le match se déroule dans un stade ouvert non climatisé.

En plus des 90 minutes de jeu, les spectateurs doivent faire le déplacement jusqu’au stade, faire la queue pour entrer, passer les sécurités, puis faire le chemin inverse une fois le match terminé. « Un supporter peut passer au total plus de six heures sous la chaleur pour assister à un match », selon M. Cheung. « Par conséquent, les personnes qui ne disposent pas de la même condition physique que les athlètes sur le terrain peuvent être beaucoup plus mises à rude épreuve par la chaleur extrême. »

Le public s’expose ainsi à des risques de déshydratation, de maux de tête, de coups de soleil, ou encore de coup de chaleur, qui peuvent être exacerbés par une consommation d’alcool ou de drogues.

Les deux professeurs se sont indignés de la décision de la FIFA d’interdire aux partisans d’apporter leur propre bouteille d’eau dans les stades. Après avoir suscité une polémique, l’instance mondiale du soccer a fait marche arrière et a autorisé le public à apporter des bouteilles d’eau jetables lors des matchs de la Coupe du monde.

« La FIFA n’en fait pas assez »

La FIFA prend-elle suffisamment de mesures pour protéger la santé des joueurs et des partisans ? « Non, la FIFA n’en fait clairement pas assez », répond fermement Thomas Deshayes.

Ce dernier évoque l’indice de contrainte thermique (WBGT) qui tient compte de l’humidité, de la vitesse du vent, de l’angle d’incidence du soleil et de la température de l’air. « Théoriquement, toutes les fédérations internationales se basent sur cet indice pour prendre leurs décisions sur les mesures d’adaptation [qui vont jusqu’à l’annulation du match] », explique le professeur. « Étrangement, ce n’est pas ce que fait la FIFA actuellement. »

Selon la NWS, le WBGT se situait entre 32 °C et 33 °C samedi à Philadelphie pendant le match France-Paraguay. À titre de comparaison, depuis décembre 2025, l’ATP qui organise le circuit mondial de tennis masculin interrompt une partie dès que l’indice WBGT atteint un niveau de 32,3 °C.

Pour cette Coupe du monde, la FIFA a rendu obligatoires des « pauses fraîcheur » au milieu de chaque mi-temps des matchs. Bien qu’elle permette aux joueurs de s’hydrater, cette pause de trois minutes n’est pas suffisante pour faire baisser leur température corporelle, soutient M. Deshayes, s’appuyant sur une étude réalisée sur des femmes par plusieurs chercheurs, dont un Québécois, Julien D. Périard.

M. Cheung estime « qu’il s’agit d’une mesure importante et cruciale » pour les joueurs, mais qu’elle ne constitue qu’« un premier pas ».

À plus long terme, les deux professeurs estiment que la FIFA devrait penser à modifier le calendrier de la Coupe du monde, voire sa localisation. « Il faut s’adapter, donc organiser des championnats du monde dans des pays où il fait moins chaud et à des moments de l’année où il fait moins chaud également », affirme M. Deshayes.

« Si les changements climatiques se poursuivent, la FIFA va devoir envisager de mettre en place des règles permettant d’interrompre les matchs en cas de chaleur extrême, voire d’organiser les compétitions uniquement dans des salles climatisées », renchérit M. Cheung.

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